En prévision de son EP, Rossignol, à paraître le 30 mars prochain, j’ai pris un café avec ZhoZhoBlue (prononcé Jojo). Sur ma mousse, une fleur, super banale. Sur la sienne, un lion.


(Je sais que j’arrête pas de montrer des cafés. J’en suis obsédée, depuis que je suis barista. Mais il est fou beau non?)

Bon alors, je regarde son café. Je la regarde, elle. Ses cheveux sont presque de la même couleur que ses yeux. Comme. Ambre. Caramel, oui. À la lumière c’est presque hallucinant. Le serveur a bien choisi son destinataire, mais je sais même pas pourquoi je pense ça.

On ne parle pas d’où elle vient, ni de qui, ni de quand, ni de ce qu’elle fait pendant le jour. S’entretenir avec ZhoZhoBlue, c’est errer quelque part où des images et des souvenirs distincts et obsédants prennent toute la place. Ça et le moment présent. Surtout le moment présent.

“Je ne me souviens de rien du passé, sauf de quelques événements qui ont été marquants.”

Lesquels? Son lover. Leur rencontre. Une histoire de cirque, d’une troupe qui doit partir en tournée et qui, au bout du compte, ne partira jamais. Elle chante, il jongle. Il vient de loin. New York. Sean Blue, son nom. Ils ne se quitteront plus. Elle ira le rejoindre quelques mois aux États-Unis puis, forcée par la douane, devra revenir, avec son ordi et tous ses instruments.

“Mon EP, c’est Sean. Rien de tout ça ne serait arrivé sans notre rencontre, ni sans le fait de vivre parfois loin de lui. Il est mon inspiration première. C’est pour ça que j’ai mis son nom dans le mien.”

Ensemble, ils habiteront une maison centenaire du New Jersey, chez une vieille dame du nom de Lucy.

Elle m’en parle, s’emballe, me montre des photos. J’ai peur. Je lui demande si elle a vraiment vécu dans cette maison là, parce que je la trouve totally creepy. Elle éclate de rire, comprend ce que je veux dire.

“Cette maison a une âme. Je me perdais dedans. Il y a là-bas des meubles d’époque et des coffres avec des vieux vêtements. Je me déguisais et je me faisais prendre en photos. Ces trucs-là appartenaient à la maîtresse du mari de Lucy, Audrey. Lucy savait qu’ils se voyaient. Quand ça a été fini, elle a fait déménager les affaires d’Audrey dans sa maison à elle, parce que c’étaient des cadeaux de son mari. C’est ça qui y rend l’ambiance tellement étrange.”

ZhoZho m’explique qu’elle était hantée par ce lieu pendant l’écriture et l’élaboration de son premier effort. Ça, et Tokyo, où elle est partie l’an dernier avec Sean pour donner une série de concerts. Elle me raconte comment les Japonais l’ont profondément touchée, par leur discrétion, leur classe et leur esprit travaillant.

Et il y a solitude, aussi.

“Je ne suis pas quelqu’un qui se tient dans les événements et les soirées. La présence des gens me rend souvent mal à l’aise. Je suis vraiment dans ma bulle. C’est un peu pour ça que j’ai travaillé seule sur cet album, et que je serai aussi seule sur scène pour le lancement. À part pour Sean, qui viendra me rejoindre dans la deuxième partie du spectacle, pour un numéro de musique/cirque/jonglerie. On part d’ailleurs en tournée le lendemain de l’événement, dans le cadre du Shoebox Tour.”

Ce EP, c’est à la base de l’électro. Très aérien. Très onirique. La voix de ZhoZho a cette particularité, reconnaissable entre toutes, d’être de tessiture colorature. C’est à dire qu’elle est vraiment, vraiment haute. Claire. S’y mêle, en anglais, une langue colorée, bricolée, aux associations et images profondément hétéroclites. Je lui en parle, ne sait pas, ne s’en était pas rendu compte. C’est ça qui est fou, là-dedans. J’ai devant moi la fille la plus belle au monde, à la démarche la plus personnelle, une artiste presque mythique, et ça lui échappe. Moment présent.

ZhoZhoBlue – King Of Now TEASER from ZhoZhoBlue on Vimeo.

Lancement: 30 mars à 20h au Jackie & Judy Rococo Bar Spectacle. 6512 ave. du Parc, Montréal.

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