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Les gars aiment ça se vanter de comment ils couchent avec des filles.

Moi, avant 22 ans, ça a presque été la traversée du désert. Mon cégep, au niveau sexuel, c’était les Amours imaginaires (pour le titre, et pour le fait que comme dans le film, il s’est rien passé pantoute).

La vérité, c’est que je voulais pas vraiment coucher avec des filles. Je voulais, j’aurais juste pas voulu qu’elles soient là quand ça se passe.

J’étais nerveux.

Je courais après des filles que je savais inaccessibles, et si par malheur ça se mettait à fonctionner, alors je me désintéressais et me trouvais des raisons pour que ça n’aille jamais plus loin.

J’avais peur.

 

Il y a eu cette fille avec qui j’ai sorti au secondaire. L’opposé d’une gentille fille, mais à sa défense, elle était jolie. On était en secondaire 5, mais elle avait l’air d’être en première année de Cégep, facile.

Un samedi soir, elle m’a annoncé son plan qu’on passe la nuit à l’hôtel. Quand elle m’a dit ça, j’ai compris ce qu’elle avait en tête (me so smart).

J’étais nerveux.

Quand elle s’est levée du lit pour aller fermer les lumières et qu’elle est revenue avec son sourire inquiétant, je savais que c’était game on. Et j’ai perdu lamentablement. Genre l’équipe adverse score 246 buts pendant que mon équipe mâchouillent leurs bâtons en bavant un peu sur le banc.

 

Dans mon idéal, j’allais lui faire l’amour comme un Dieu, et après qu’elle ait joui des milliers de fois, je laisserais son corps extatique et j’embarquerais dans ma cadillac décapotable pour aller tuer des tyrannosaures à mains nues (mes fantasmes ressemblaient beaucoup à Cadillac et dinosaures).

 

Dans la réalité, ça a plus été :

«Alright man c’est parti. Haha, hein, ton ami qui disait que t’étais juste un loser qui pensait rien qu’à Final Fantasy. Fuck! T’es en train de penser à Final Fantasy pendant ta première fois, y’a p’têt pas tort. Ok, ok, focus. Tiens, enlève sa brassière. Ça serait drôle si c’était comme le cliché du gars pas capable d’enlever la brassière de la fille!

Fuck.
Bon, elle a été obligée d’enlever sa brassière elle-même, là faut queOH MON DIEU TU TOUCHES UN SEIN!!! Ok, focus man ça doit être le temps de mettre un condom right? Ok oui c’est le temps vas-y. Fuck, t’as pu d’érection… C’est quoi ton problème man, t’es tu fif? Haha, non, chu pas fif. Pense donc à Brad Pitt tout nu voir si ça te ramène ton érection. Bon, j’y pense et ça fait rien, tu vois? Fuck man, t’es sur le bord de coucher avec une fille et tu penses à Brad Pitt tout nu, c’est sûr que t’es fif. Ok, man, focus. Ce condom-là est pas bon. Ouin, c’est pour ça que tu réussis pas à le mettre, prends l’autre condom que t’as amené.»

«Ça va?» qu’elle me demande.
«Ouais ouais, je suis fucking dedans beubé».
T’es tellement pas dedans.
«Viens, je vais t’aider»
C’est elle qui faut qui le mette, si ça continue elle va tout faire tout seule. Ok, donne des petits coups. Pourquoi elle a pas l’air d’aimer ça, donc?
«T’es pas dedans.»
Oups. Ok là je suis de-OOOOOOOOOH NON FUCK FUCK FUCK.

Et c’était fini.

 

Elle m’a laissé peu après. Fait que je suis resté avec ce traumatisme de la première fois horrible. Et ça me suivait. Quand ça semblait débloquer avec une fille, je repensais à ça. Et le mal de coeur me pognait, et je me trouvais une bonne raison que ça marche pas.

 

Puis j’ai rencontré LA fille. Celle qui, en plus d’être belle et drôle et intelligente et tout et tout, était patiente. Et Dieu sait qu’elle a dû l’être. Notre première fois, elle a pas été si pire. Parce qu’elle était saoûle. Oui, futurs enfants, si vous lisez ceci, votre mère sentait le cocktail aux canneberges la première fois que Papa et Maman ont fait l’amour.

Elle m’avait invité à sa fête. J’ai passé la soirée à retenir mon envie de vomir, parce que je me doutais de comment la soirée se terminerait, et c’était comme si je me retrouvais tout d’un coup dans cette chambre d’hôtel triste, et que je redevenais cet adolescent honteux qui n’arrivait pas à dormir, tenu éveillé par la déception de sa blonde qui prenait toute la place.

Puis elle est venue chez moi.

Comme elle avait bu, elle a pas dû trop se rendre compte que j’étais terrible.

Je l’étais, mais au moins la barrière psychologique était fracassée (avec toutefois bien peu de vigueur en conviendraient les témoins).

Puis il y a eu la deuxième fois, et la troisième. Et petit à petit, j’ai pris confiance. Et un jour, une chose formidable s’est produite : j’ai arrêté de voir le sexe comme un concours à gagner, comme un high score à atteindre. Je me suis mis à simplement aimer mon amoureuse.

Fait que si t’es un gars qui n’a jamais couché avec personne et qui en est gêné, fais-toi en pas. C’est pas grave. Les choses vont arriver quand elles le devront, et tu seras sûrement terrible. Ça aussi c’est normal. Et au pire, tu t’enfileras une coupe de cocktails à la canneberge, toi aussi.

Si vous prenez de l’alcool, tous vos problèmes seront réglés.

…peut-être que je ne devrais pas essayer de donner de cours d’éducation sexuelle.

 


pierluc01

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

Illustration : Julio Cesar Rodarte

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