Cette semaine je mets une mini-retenue aux madames tout’ nues.

J’étais écoeurée de travailler non-stop fait que je suis allée faire des longueurs à la piscine à côté de chez nous. Juste ça. Glisser dans l’eau. Pas penser à rien de stressant. Me sacrer des courriels que je recevrais dans la prochaine heure. Faire attendre le monde. Arrêter de me ronger les ongles. Pas checker mon compte en banque.

Quand j’étais jeune je nageais dans un club de compétition. J’étais poche. C’est pas grave. J’ai un beau crawl même si je vais pas ben vite. J’suis capable de faire un virage en-dessous de l’eau. J’aime ça porter un casque de bain. Dans le temps, quand j’allais m’entraîner, y avait souvent UNE madame tout’ nue dans la douche. Je viens de la campagne. Personne était tout nu dans la douche, d’où je viens. Sauf les hippies. Ça nous faisait ben peur pis rire en même temps les hippies. Comme du monde à part qui avait l’air de se promener tout nu sans cesse.

Donc cette semaine j’entre dans le vestiaire et surprise, y a là comme six madames tout’ nues en même temps. La première a de la barbe et beaucoup de poils en-dessous des bras. Je me demande si je me suis trompé de bord mais non, elle a des seins. Y en a une qui se met de la crème sur les jambes. Elle est dos à moi, penchée. Imagines-tu la scène? Je vois toutte toutte:

La Femme nue. Rodin.

J’essaie de pas regarder, mais là maudit. Donne-moi une chance. Y en a une autre qui se change à côté de moi. Ça sent pas bon. Elle s’est pas nettoyé les parties je pense. Ça spread vraiment fort. Mal de coeur. Y en a deux-trois vraiment belles, dont une qui se lave les boules frénétiquement. Je les regarde encore plus. Je fais pas par exprès.

Je me change en me cachant dans une cabine. Je dois vraiment avoir l’air freak mais je peux pas sortir ça de moi, ces habitudes-là. C’est comme fort. Ça me tente pas que tout le monde voit comment j’suis sans ma brassière pis mes petites culottes. C’est donc ben bizarre. Pourquoi dans la vraie vie les gens sont pudiques, mais que dans un vestiaire c’est comme si les corps perdaient toute leur importance? Leur caractère précieux, secret? Comme si le vestiaire était un endroit sans convention ni bonne manière ni loi ni tabou ni jugement. Mais tsé. Si je rencontrais la madame penchée pleine de crème à l’épicerie pis qu’on se reconnaissait, ça serait pas un peu étrange? En même temps c’est cool, c’est comme un moment dans une journée de libération sexuelle.

Le vestiaire est un lieu de libération sexuelle.

OK la prochaine fois je me mets tout’ nue, voir.

 

(J’ai fait le tour de mon cercle. Ça a l’air que tout le monde se met tout nu. OK j’suis vraiment freak.)

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