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J’ai 22 ans, comme dans la chanson de Taylor Swift.

La chanson où elle est rendue toute grande, autonome et que sa phase «J’ai l’air d’une annonce de fer à gaufrer» est terminée.

Si tu m’avais personnellement demandé en 2008 où j’en serais dans ma vie d’adulte à 22 ans, j’me serais imaginé dans une relation sérieuse, avec une barbe fournie et une capacité impressionnante à gérer mes impôts.

Les années sont toutefois passées et nul besoin de te cacher que, à ce jour, j’ai encore juste trois patchs de poil dans le cou, ma relation la plus significative est celle que j’entretiens avec la marque Pogo et ma participation à mes finances consiste en un courriel que je transfère annuellement à mes parents avec comme pièce jointe mon T4 et des emojis de poussins.

 

J’ai longtemps essayé de comprendre pourquoi je me sentais quotidiennement comme un insécure Michael Cera dans un monde de grands monsieurs confiants et préparés.

J’ai presque fini l’université, le vrai monde est à ma portée, mais j’ai encore un besoin criant d’envoyer des photos de mon poulet à ma mère avant de le manger pour qu’elle me confirme qu’il est assez cuit et que j’ai aucune chance de mourir d’une salmonellose pendant la nuit.

Taylor, elle ferait jamais ça, right?

Elle est une adulte fonctionnelle, RIGHT?

 

L’autre jour, j’ai décidé que non.

Après remises en question et maintes comparaisons à mes pairs, j’ai fini par tirer une conclusion qui me fait du bien : elle sait probablement pas plus que moi si son poulet est cuit.

 

On nous a juste menti.

 

Taylor Swift m’a menti en pleine face quand elle m’a laissé croire qu’à 22 ans je serais bien sorti de mes années de mauvais choix, d’ambition à temps partiel et de souliers Vans pleins de bouette.

 

Dans les faits, on a tous encore de la misère à garder nos Vans propres et Taylor fait comme si elle était rendue à un point de sa vie où elle sait ce qu’elle fait quand elle se magasine une bouteille de vin à la SAQ alors qu’elle fait comme chacun d’entre nous et choisit juste une belle bouteille en essayant de garder un air diplomate.

 

Ce serait pas bénéfique pour notre estime à tous d’avoir une représentation adéquate de la VRAIE vingtaine dans la culture populaire?

 

Par exemple, moi, quand je me rends compte que ma fréquentation est un gros tout croche dont la zouine a fait le tour de la ville de Montréal, je fais pas juste me dire «Ah ben coup donc. We are never ever ever ever getting back together» pour ensuite aller me pogner un autre membre de One Direction.

Non.

Je le delete sur Instagram, j’braille grassement dans un pita shish taouk coin St-Denis/Mont-Royal à 1h du matin puis je sors avec mon squad sur St-Laurent en demandant du Beyoncé à chaque DJ qui passe sur mon chemin pour me rappeler que mon corps est parfait et que si tu voulais de moi, ben t’avais rien qu’à put a ring on it.

 

Ils sont où les produits culturels qui portent sur notre réalité confuse et pas encore certaine de ses moyens?

Elle est où la toune qui dit «Je suis pauvre, comment me trouver un appart qui est pas situé au métro Monk»?

Il est où le roman à succès ayant un chapitre intitulé «J’ai déjà eu de l’ambition, mais maintenant Gilmore Girls est sur Netflix»?

 

Ils sont nulle part, on est encore une bonne gang de Michael Cera à courir dans les rues de Montréal avec nos moustaches molles et nos belles bouteilles de vin, sans trop savoir où on s’en va (avec ta bouteille de Wallaroo Trail, probablement genre au Eduardo, mais je parle à long terme).

 

En attendant, au moins, une chose est certaine : tu sais où venir manger ton pita à grande charge émotive quand la vingtaine va te rentrer dedans.

On sera deux et on pourra parler d’à quel point Taylor nous a pas préparés pour ça.

 


jfbarrette1À propos de l’auteur :
Jean est l’abeille la plus sassy de la Beyhive. Entre deux articles du Code civil, il aime bien se relaxer avec un vieux Archie fripé et du Crush au raisin. Ses rêves les plus tangibles sont d’ouvrir un Bed&Breakfast pour chiens ou d’être sélectionné dans l’équipe d’Isabelle à La Voix. En attendant d’y arriver, tu peux le trouver chez lui. Il est en train de développer une plaie de lit en apprenant toutes les répliques de Mean Girls par coeur. So Fetch.

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