fuck

Jamais facile de faire volte-face et avouer qu’on a eu tort. J’en suis rendu à ma deuxième Pabst (ne riez pas de mon goût occasionnel pour le cheap) et les mots ne sortent toujours pas comme je le voudrais.

 

Bon. En tout cas.

 

L’an dernier, presque jour pour jour, j’écrivais ça.

 

Je venais d’avoir 24 ans et je maudissais ma nouvelle vie d’adulte.

J’en avais plus précisément contre ses nombreuses incertitudes. Contre la pression sociale qui me dictait où je devais être rendu dans ma vie. Contre la maison que je n’avais pas, contre la vie de couple que je venais de laisser tomber, contre les REER que je n’accumulais pas encore.

Contre, contre, contre, contre.

 

Je ne voulais plus vivre comme un cégépien, mais, en même temps, je me sentais encore tellement loin de la soeur de l’autre qui était enceinte et du collègue qui frottait les planchers de son bungalow fraîchement acquis.

 

En gros, je scandais que la mi-vingtaine, c’était l’âge ingrat. Que c’était le vide intersidéral.

Un grand trou noir où tu es mi-ado, mi-adulte et où tu ne sais foutrement pas où te garrocher.

Bref. Tout ça pour dire qu’il y a un an, assis tout seul dans mon trois et demi devant mon Kraft Dinner, j’ai paniqué.

 

C’est ça.

J’ai paniqué et j’ai écrit le texte mentionné précédemment.

 

 

Eh bien, un an plus tard, je dois avouer que j’ai eu tort.

Ben oui.

 

Dans exactement cinq jours, je vais avoir 25 ans. Et finalement, en dépit de ma situation sociale qui est encore exactement la même, ben maudit, je suis heureux. Je dirais même léger, quitte à déclencher toutes les alarmes à clichés du périmètre.

 

La mi-vingtaine n’est pas si ingrate que ça finalement.

 

Je n’ai toujours pas de condo.

Je n’ai toujours pas de blonde.

Je n’ai toujours pas de REER.

Je ne suis toujours pas un éminent chroniqueur du Devoir.

J’ai de la misère à m’entraîner sur une base régulière et je n’achète toujours pas d’All-Bran.

 

La différence, c’est que tout ça, asteure, je m’en contre-crisse.

 

En l’espace d’un an, je n’ai pas juste réussi à apprivoiser mon incapacité à vivre une vie de monsieur rangé, je me suis mis à l’aimer.

Je me suis rendu compte qu’être encore locataire à 24 ans, ça me permettait de voyager et que le célibat me donnait le temps de mettre sur pied des projets un peu fous.

 

En fait, je me suis rendu compte que le trou de la mi-vingtaine n’était pas si noir que ça.

J’ai appris à le meubler.

À le remplir avec des idées, des niaiseries, des amis, de la famille, des plans ambitieux et un tout petit soupçon de gin.

 

J’ai réalisé que ma vie était peut-être moins rangée que plusieurs à mon âge, mais qu’elle ne valait pas moins pour autant. Ô combien j’ai envié l’existence de certains avant de me rendre compte qu’elle n’était pas meilleure.

Juste différente.

 

Je suis loin de dire que je veux rester célibataire toute ma vie à faire la grasse matinée seul dans mon lit double au 4e étage d’un bloc appartement au centre-ville à dépenser mes payes sans penser à une retraite un peu plus digne que de manger des pogos jusqu’à sa mort à 101 ans.

 

Franchement.

Comme la plupart des gens, j’aspire à fonder une famille et donner des noms wild à mes enfants. Comme Cougar ou Quartz. Ou Cougar-Quartz.

 

Mais mettons que le gars qui a dit pour la première fois quelque part: «chaque chose en son temps» avait pas mal raison.

Tout ça, ça viendra bien un jour. Mais t’sais, je suis pas pressé.

 

Et thank God, d’ici là, je vieillis.

Je gagne du vécu, de l’expérience, je ramasse à la pelle des anecdotes juteuses et je deviens un peu plus sage chaque minute qui passe.

Un genre de sage qui fait des jokes de caca, mais sage pareil. Mettons.

 

Tout ça pour dire qu’en bout de ligne, je n’avais peut-être pas raison de paniquer comme ça l’an dernier. La mi-vingtaine, c’est pas mal cool en fin de compte.

Parce que finalement, il y a de bien meilleurs moyens de s’accomplir à 25 ans que de se faire poser une piscine hors terre derrière son bungalow.

 


raph0001À propos de l’auteur :
Journaliste dans la belle région de Québec, mais pas pour TVA, Raphaël est donc un illustre inconnu du grand public. Après de dures journées à appâter la nouvelle, il aime bien manger des aliments à base de gras et de sucre, écrire des chansons à propos de ses ex et prendre des photos de bâtisses. Sa couleur préférée est le vert, mais il trouve ça laid sur des murs. Son appartement est donc blanc. C’est plus épuré, tsé.

Photo : Shanna

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