Enfant

Dans les questions à ne pas poser lors d’une première date, il y a différents classiques. 

Habituellement, « c’est quoi ton verset préféré de la Bible », « tu pèses combien » et « sur une échelle de 1 à 10, quelle est ton appréciation du concept de la Fistinière » sont des phrases à proscrire, mais, croyez-le ou non, il y en a des pires.

 

Genre le fameux « Ça fait que toi, t’en veux-tu des enfants ».

Ça divise de plus en plus, cet assemblage de mots là.

 

La preuve ? Pas plus tard que la semaine passée, mon nouveau collègue Julien (bienvenue pis toute, Julien) a fait paraître un premier texte ici dans lequel il expliquait pourquoi il ne voulait pas d’enfants. Pis en quelques heures seulement, les Interwebs se sont déchaînés.

Je vous jure.

Sur la forme, sur le fond, tout le monde et sa mère a voulu y mettre son grain de sel.

Est-ce que c’est correct de ne pas vouloir d’enfants? Est-ce que c’est correct d’en vouloir? Ses raisons sont-elles bonnes pour refuser d’enfanter? Des couches, ça vaut tu vraiment la peine de se sacrer le nez là-dedans?

Bref, bref, bref, bref. Pour vous faire un portrait global, il disait grosso modo que d’avoir des enfants, c’était beaucoup de trouble pour pas grand-chose.

 

Certains étaient d’accord avec ce qu’il avançait. Pis d’autres pas.

 

Moi, par exemple.

À la base, j’ai beau avoir 24 ans, être célibataire, travailler trop, gagner pas assez et habiter activement chez moi en moyenne sept heures par jour (le temps de dormir), j’ai la fibre paternelle qui se réveille tranquillement pas vite.

Je suis encore loin d’être rendu là, mais je le sais qu’un jour, je vais en vouloir des enfants. Que ce soit à la mode ou pas, que les amis approuvent ou non, je vais finir par enfanter par procuration avec une éventuelle blonde (t’sais, je suis pas équipé physiquement pour le faire directement).

Et puis, malgré mon statut de gars qui veut éventuellement un fils/une fille/un descendant quelconque, je n’ai rien contre ceux qui pensent différemment de moi et qui préfèrent flyer solo ou duo pour le restant de leurs jours.

Sauf que, s’il y a un truc qui me trouble dans le discours de certains de ceux-ci, ce sont les clichés utilisés pour justifier leur choix.

 

« Les nuits complètes, c’est terminé pour les 18 prochaines années. »

« Je vais être obligé de m’acheter un mini-van. »

« Je ne voyagerai plus jamais ailleurs que dans la région administrative de Lanaudière. »

« Va falloir que j’échange ma collection de vinyles de Radiohead pour 33 CDs de Carmen Campagne. »

« Ma vie sexuelle = kaput. »

 

Come on l’over-dramatisation!

On dirait une version orale de la scène finale du Roi Lion. On parle d’un enfant, pas d’un Alien. Votre blonde ne sera pas défigurée, votre santé mentale non plus d’ailleurs.

 

Je dois l’avouer, je parle à travers mon chapeau. Ça doit faire à peu près dix ans que je n’ai pas manipulé un poupon ou écouté avec un bambin un cours 101 sur les formes et les couleurs (tellement instructif).

En d’autres mots, je sais fuck all de quoi je parle et j’en suis conscient.

Reste que j’ai l’impression que d’avoir un enfant, c’est davantage un beau projet de vie qu’un réseau infini de restrictions et de limitations. C’est l’occasion de partager tout ce qu’on a appris, tout ce qu’on aime. C’est bien plus que d’abandonner éternellement l’ensemble de nos passions.

 

Oui, j’imagine que les premiers mois de vie sont rough et que les nuits sont courtes. Que tu dois te dire une couple de fois par semaine : « ouain, c’était peut-être pas le meilleur moment pour mettre un enfant au monde », accompagné d’un juron bien gras.

 

Sauf que de penser que tu dois laisser tomber tout ce qui fait de toi un être humain unique et numéroté, ça, je n’y crois pas.

 

Le truc, c’est que je me vois voyager à travers le monde avec mes enfants.

Je me vois leur faire découvrir les joies du vieux emo larmoyant, leur apprendre à jouer de la basse, leur acheter une petite caméra cheap pour qu’ils puissent suivre papa pendant qu’il fait de la photo dans Saint-Roch.

Je me vois encore vivre malgré les enfants, calvaire.

Différemment, certes, mais pas moins intensément. Juste… différemment.

 

Tout ça pour dire que c’est correct si t’en veux pas d’enfants. T’as tes raisons, pis moi, j’ai les miennes pour en avoir.

Sauf que tes clichés ne deviendront clairement pas mon quotidien.

T’sais, j’en achèterai pas, de criste de mini-van.

 


raph0001À propos de l’auteur :
Journaliste dans la belle région de Québec, mais pas pour TVA, Raphaël est donc un illustre inconnu du grand public. Après de dures journées à appâter la nouvelle, il aime bien manger des aliments à base de gras et de sucre, écrire des chansons à propos de ses ex et prendre des photos de bâtisses. Sa couleur préférée est le vert, mais il trouve ça laid sur des murs. Son appartement est donc blanc. C’est plus épuré, tsé.

Crédit photo : Kevin Conor Keller

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