3365337619_16ab1c3db5_o

Je suis paresseux.

Depuis que je suis un enfant, bouger est une nécessité, pas un désir. Alors que mes amis passaient leur temps à supplier leurs parents pour aller jouer dehors, moi je me collais la vitre dans la porte patio en espérant que mes parents me laissent rentrer.

 

Un jour, pendant que je jouais au Super Nintendo, mon père est venu devant la télé, a fermé la console, et m’a dit: «c’est assez, va jouer dehors».

J’ai fait UN pas dehors, je me suis assis devant la porte et j’ai sorti mon Gameboy.

Il fallait rester proche de l’ombre, parce que la détestable lumière du soleil m’empêchait de bien voir l’écran.

 

Alors c’est un mystère que je ne sois pas obèse morbide.

Ça doit être parce que je mange aussi très peu (le garde-manger est si loin de mon lit).

 

Ce qui n’est pas étonnant, par contre, c’est que j’ai le cardio d’une grand-mère asthmatique au sommet du Mont Everest.

À me voir dans la rue, vous ne diriez pas. Bon, on ne me méprendra pas avec Georges St-Pierre. Mais mon petit ventre se cache bien sous mes t-shirts, j’ai pas l’air trop en mauvaise santé. Mais ce n’est que de la poudre aux yeux.

 

Toutes les excuses sont bonnes.

D’une part, ma génétique fait que je me mets en forme assez facilement.

Pendant un court moment, je me suis entraîné, et les changements se faisaient rapidement: je voyais mon ventre fondre et mes muscles apparaître à un rythme surprenant.

 

Une personne normale aurait été encouragée et aurait décidé de persévérer. Je me suis plutôt dit: «Eh ben, ça veut dire que si jamais je viens vraiment pas en forme, ça sera pas long à renverser.» Et j’ai arrêté d’aller au gym.

 

J’ai aussi essayé de courir dehors, mais j’ai arrêté quand j’ai remarqué que les gens qui me croisaient en auto étaient morts de rire.

Parce que je cours comme si je me remettais d’un choc au cerveau.

On a décrit mon style de course de toutes les façons.

On m’a dit: «Tu cours la tête par en avant, on dirait un bébé chèvre qui essaie de charger», ou «tes genoux plient pas, on dirait un gars qui a pas d’articulation dans les jambes qui essaie de se sauver d’un meurtrier».

 

Alors, je me suis mis à courir la nuit.

Mais courir dans la rue à 1h du matin, t’as plus l’air de te sauver de la police qu’autre chose. Et puis, c’est un peu niaiseux courir tout seul la nuit à 1h du matin pour pas que les gens rient de toi.

 

Mais la vraie raison, c’est que je suis pas assez en forme pour me mettre en forme.

L’autre soir, j’ai sorti du bus un arrêt trop tôt par accident. Je me suis dit que j’allais courir jusque chez moi pour commencer.

Après un coin de rue, j’avais le coeur sur le bord de la bouche, mais surtout, mes jambes ne me supportaient plus.

Je ne courais plus, je trébuchais rapidement.

 

Et là, je sais, vous allez me parler d’histoires inspirantes de gens gravement obèses qui ont su passer par-dessus leur condition et qui sont aujourd’hui des modèles de santé physique.

 

Mais moi j’ai quelque chose de différent. Je suis vraiment, mais vraiment très paresseux.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

Photo : brettlohmeyer

D'autres beaux textes à lire aussi...