Chère toi,

Un jour tu croiseras peut-être sur ta route une personne brisée.

 

Ton réflexe sera de la réparer. De puiser toute ton énergie, toute ton affection et tout ton amour pour remplir son cœur.

 

Le problème avec les personnes brisées, c’est qu’elles, elles n’ont rien à donner à ton cœur. Tout ce qu’elles ont, elles le gardent. C’est comme ça qu’elles survivent.

 

Et quand quelqu’un n’a rien à donner, tout ce que tu demandes est de trop.

 

 

Au début tu ne demanderas rien, et ce sera doux, et bon et chaud.

 

Mais inévitablement, éventuellement, tu demanderas quelque chose. Et alors ce sera froid.

 

Quand tu auras envie de discuter mais pas lui, il s’impatientera, te reprochera d’insister. Alors tu feras un pli sur ta bouche.

 

Il sera ravi que tu encourages ses projets, mais quand tu lui parleras des tiens, il te demandera pourquoi il doit s’intéresser à ça. Alors tu feras un pli sur tes rêves.

 

Quand tu auras envie de faire l’amour mais pas lui, il s’impatientera, te demandera pourquoi tu as besoin de faire l’amour tout le temps. Alors tu feras un pli sur ton corps.

 

Un jour il te dira que tu ne devrais pas avoir besoin de baisers et de caresses à chaque fois que tu le vois, que tu devrais être satisfaite de le voir, simplement. Alors tu feras un pli sur tes bras.

 

Les personnes brisées se protègent; elles n’entendent pas. Quand tu essaieras de parler de ce qui te blesse, il te dira que tu exagères, que tu sur-analyses, que tu le critiques tout le temps. Que tu peux partir si tu n’es pas contente. Alors tu feras un pli sur tes besoins.

 

Tu lui poseras la question qui a pris demeure dans ta tête et il te dira que oui, bien sûr qu’il a envie d’être avec toi, et il se couchera à tes côtés sans te parler, sans te regarder. Alors tu feras un pli sur ton cœur.

 

Tu t’excuseras de demander de son temps, t’excuseras de demander de son attention, t’excuseras de demander de son affection. “Je m’excuse” deviendra la ponctuation de votre relation.

 

Tu te plieras chaque jour un peu plus pour essayer d’être assez petite pour la quantité d’amour qu’il a à donner.

 

Tu te plieras, te plieras, te plieras et un matin tu te lèveras et tu ne te reconnaîtras plus.

 

 

 

N’attends pas ma belle.

 

N’attends pas de pleurer à en avoir mal à la tête.

 

N’attends pas d’être debout sur la balance de la salle de bain à regarder l’aiguille arrêtée 12 livres à gauche d’où elle devrait être parce que tu as une boule dans l’estomac qui t’empêche de manger.

 

N’attends pas d’être réveillée au milieu de la nuit à dresser la liste de tous tes défauts, toutes les parties de toi que tu devrais changer, que tu devrais taire, pendant qu’il dort à tes côtés, cet homme qui ne te voit plus.

 

N’attends pas.

 

Déplie-toi, ma belle, et va-t’en.

 


gabriela_arsenaultÀ propos de l’auteure:
Gabriela Arsenault est une cycliste polie, donc protégée par le World Wildlife Fund. Elle se fait croire qu’elle parle 6 langues, mais en fait elle en parle 3 et en baragouine 3 autres. Facilement séduite par les gens qui dansent bien, elle est aussi facilement turn off par les gens qui disent ne pas aimer quelque chose sans y avoir goûté. Come on!

 

Photo : Matheus Bazzo

D'autres beaux textes à lire aussi...