Photo pere WEB

Ceci n’est pas une histoire de « mon père est plus fort que le tien ».

Ce n’est pas non plus un argumentaire qui explique pourquoi papa est le plus beau, le plus fin, le plus blood.

Ceci est un hommage aux imperfections de nos pères. À tous leurs petits défauts et leurs faiblesses. Et surtout à tout le mal qu’ils se donnent pour nous les cacher.

Parce qu’on s’entend là-dessus, il n’y a pas un père qui est parfait. Malgré tout ce qu’on a pu claironner à l’école primaire, nos géniteurs (pour la plupart) ne sont pas capables de tirer un pick-up avec leur poil de jambe ou de chier un lingot après avoir mangé une poignée de change. Mais, cela dit, ils nous ont toujours aimés assez pour essayer de nous le faire croire.

C’est ça la magie d’un père. Dans les premières années de ta vie, tu le penses vraiment quand tu dis que ton père a des plus gros bras que celui de ton voisin de classe. Et ce n’est pas un problème.

Tu n’as pas besoin de savoir que ton paternel est un être humain comme les autres. Parce que dans la famille, c’est supposé être lui la pierre angulaire. La grosse corde qui amarre le vaisseau quand la mer brasse un peu trop. Mais dans le fond, qu’il le soit ou pas, ça importe pas vraiment quand t’es jeune.

T’as juste besoin d’être convaincu que c’est un vrai tough. Qu’il connait sa job de père et qu’il va être là si des zombies défoncent ta porte de chambre ou qu’un gars pas smath bouscule ta mère à l’épicerie. Se sentir en sécurité quand t’as sept ans, c’est quand même un criste de beau feeling.

Mais bon, le seul hic avec toute cette admiration, c’est qu’un jour ou l’autre, tout le monde finit par prendre son père pour un surhomme. Et pourtant, c’est loin d’être le cas.

Tout le monde a déjà demandé à son vieux de lui construire une maison trois étages dans un arbre qui ne pouvait visiblement pas la soutenir.

Tout le monde s’est déjà mis à genoux dans un Sports Experts pour avoir un manteau qui coûtait trois fois plus cher que l’épicerie de la semaine.

Tout le monde a déjà demandé un lift à 4h du matin (et a vomi dans la voiture sur le chemin du retour).

Pis tout le monde s’est déjà dit que c’était pas grave, parce que ça ne dérangerait pas papa. Anyway, il a rien que ça à faire, lui.

Pourtant, papa avait ses tracas. Comme tout le monde.

Mais ça, on s’en câlissait.

C’est drôle, mais c’est avec le temps qu’on finit par se rendre compte que si nos pères étaient des surhommes à l’époque, c’est surtout parce qu’ils pouvaient nous endurer 365 jours par année. Pis, étonnamment, aimer ça.

En fait, c’est en découvrant leurs faiblesses au cours des années qu’on se rend compte à quel point ils étaient vraiment forts.

Je devais avoir treize ou quatorze ans quand j’ai compris qu’en dehors de son rôle de badass, mon père était un simple mortel. Comme n’importe qui d’autre.

Il venait de perdre le boulot qu’il avait depuis une dizaine d’années. L’entreprise se restructurait et fermait le bureau de Québec. Il avait trouvé autre chose, mais, évidemment, ce n’était pas aussi payant, glorifiant, stimulant. Tout le kit. Mais bon, il s’en faisait pas à outrance. Ou du moins, je le voyais pas. Il faisait bien sa job de paternel.

Sauf qu’un soir, il a reçu une lettre recommandée de l’ancien boulot. Et des lettres recommandées, c’est jamais bon signe.

Comme de fait, l’employeur lui réclamait une couple de milles pour des commissions versées en trop, ou de quoi du genre. Une erreur de leur part, mais que mon père devait visiblement payer pour.

Ce que j’ai vu ce soir-là, ce n’est pas un surhomme, mais un gars qui n’avait pas la couple de milles. Un gars tellement découragé qui ne comprenait pas pourquoi le sort s’acharnait sur lui. Un gars qui demande « qu’est-ce qu’on va faire ? » à sa femme parce qu’il sait vraiment fuck all ce qu’il va faire.

C’est fou comme à ce moment-là, ta perception de ton père change. Tu comprends que, parfois, c’est lui qui a besoin de toi. Et que dans ces moments-là, il faut que tu sois prêt.

Parce que ça, il ne te le dira jamais.

Il veut rester le surhomme qu’il a toujours été. Et c’est très bien comme ça.

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