L’autre matin, je me suis réveillée en chantant « À véli, véli véli vélo »… Tu sais pas c’est quoi? C’est clairement pas un nouveau hit de CKOI ; c’est une comptine de jeux de mains, qu’on chantait au primaire. Je sais pas pourquoi je me suis réveillée avec ça dans la tête. Au début, j’avais de la misère à me rappeler du reste des paroles. Jusqu’à ce qu’avec horreur et étonnement, je me rende compte qu’on chantait : « Partons pour un voyage, ce sera rigolo, de voir les petites négresses jouer avec leurs tresses »… ATTENDS MINUTE. C’est donc ben raciste. C’est donc ben niaiseux. C’est donc ben drôle. J’en ai parlé à ma blonde. Elle ne se rappelait pas de la comptine, mais elle a déclaré que si son enfant revenait à la maison avec cette chanson-là, elle lui expliquerait deux-trois choses de la vie.

J’ai essayé de me souvenir d’autres comptines. Ça n’allait pas en s’améliorant. La deuxième qui m’est venue en tête, c’est « En Ontario, quand il fait beau, on s’déshabille, on saute dans l’eau, mon père m’a vue/il m’a battue/à coup de bâton/sur les tottons »… QUE-WA!!! Attends minute, encore. C’est quoi ça? Il n’y avait pas de profs pour nous dire que c’était obscène ou dégueu ou pas correct?

Ça m’a amené à penser à une autre comptine, qui elle, avait été bannie de la cour d’école. Là, les profs s’en étaient mêlés. On avait pu le droit de la chanter. Ça doit être parce qu’en plus d’être vulgaire, ça parlait d’école : « C’était dans le temps d’l’école/on s’pitchait des pots de colle/le lendemain, c’était les examens/j’ai eu zéro pour cent/mon père était content/mais la maîtresse/elle m’a chauffé les fesses/oh la maudite cochonne/attends que je la pogne/je l’ai pognée/pis je l’ai pas manquée/j’t’allée chez l’directeur/ça faisait mon bonheur/mais j’ai passé/un très mauvais quart d’heure ». Ouf. Ok.

Faque j’ai décidé d’en parler à ma mère, de lui demander si elle se souvenait de ces chansons-là. Pour la première, elle dit se rappeler des « négresses »… Elle m’a dit « Marie, quand on élève un enfant, faut savoir en laisser passer ». Ouin. J’ai conclu que j’avais fait pire que d’utiliser du slang raciste. N’empêche, ça passait peut-être en 1994, mais 2013 c’est sûr que ça ne passerait pas. J’ai dit ça à ma mère, ce à quoi elle a répondu que cette semaine elle avait entendu du monde de St-Hyacinthe parler de « nègre », le plus sérieusement du monde, sans remords. J’en revenais pas. Ç’a juste contribué à ma haine de St-Hyacinthe (ce sera pour un autre article). On a encore du chemin à faire.

Bon. De retour sur le sujet des comptines, j’ai demandé à maman (salut mom!) si elle se rappelait du battage de tottons à coup de baton (wow, j’aurais jamais pensé écrire ça à quelque part). Elle m’a dit qu’elle se souvenait de la comptine, mais qu’elle est pas mal certaine qu’on changeait les mots. Qu’à l’origine, c’était quelque chose de plus politically correct. Ce qui veut dire qu’on était des petits vicieux. Ben non, c’correct, dans un sens. Tout le monde sait que les enfants aiment l’interdit et les « mauvais mots ». J’espère juste que personne a jamais reçu de coup de bâton sur les tottons (3e fois à plugger cette expression, ding ding ding pour moi!)

Pour terminer, ma mère m’a dit quelque chose de pas mal cute sur la chanson du directeur. Supposément que, quand la chanson a été bannie de l’école, j’en avais parlé à ma mère parce que j’étais un peu dépassée par les évènements. Je lui avais avoué que j’avais fait « dequoi de pas correct » en chantant la fameuse chanson bannie. Cute, j’étais tellement sage et obéissante. Sans doute même pas capable d’envisager ce que « maudite cochonne » voulait dire. Ça, c’était environ en première ou deuxième année. Rendue en cinquième année, j’ai eu à dealer avec mes voisins de pupitre qui traitaient ma meilleure amie et moi de « têtes de plottes ».

Coudonc, c’est trash des enfants. Ou ben c’est moi qui est allée au primaire avec des enfants trash?

Photos : Bervely&Pack et Robert Huffstutter

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