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Quand j’étais petite, je croyais en Dieu. Un jour de mes douze ans, mon grand-frère-génie a décidé de m’expliquer l’existentialisme. Là, j’me suis sentie fourrée par toute l’humanité pis j’ai braillé pendant deux semaines en réalisant que mon chien mort était mort pour toujours. Depuis ce jour-là, je vis dans un néant spirituel.

Pour vrai, mon break-up avec Jésus m’a vraiment traumatisée. J’me suis sentie épaisse. J’haïs ça me sentir épaisse. Fait que pour combattre le sentiment que j’avais de m’être fait niaiser, j’me suis mise à la recherche de preuves d’une entité supérieure. J’ai vraiment essayé fort là : j’ai demandé à mon ami moniteur au « Bible Camp » de me faire un plaidoyer religieux, j’ai attendu sans relâche ma lettre de Poudlard (j’ai même été à King’s Cross pour trouver la voie 9¾), j’ai joué au Ouija en invoquant l’esprit de la femme qui est morte dans chambre de mon frère en 1960, j’ai essayé d’écouter #9 des Beatles à l’envers après m’être fait des tresses sur la salvia, en vain.

Pourquoi, Dieu (Dieu ou Allah ou Bouddha ou Gandalf ou Erzebeth Bathory ou Chuck Norris, j’pas trop r’gardante), POURQUOI y’a pas quelqu’un qui m’a fait un signe ? Jésus il les a montrés à Thomas ses trous de main, sacrament.

Fait que j’ai réagi comme toute bonne préadolescente qui se fait rejeter trop de fois : j’ai boudé. Ça va faire dix ans que j’boude l’au-delà. Y’avait juste à pas me poser 28 lapins. En attendant, que j’vois personne me dire qu’il a parlé à sa grand-mère après qu’elle soit morte parce que j’vais lui rire dans face en espérant qu’il ait de la peine pis qu’il se sente épais.

Mais t’sais à part un esti de shitload de préjugés j’ai rien contre le monde qui vivent bien leur spiritualité.

Cette année j’ai emménagé avec Sarah, une de mes bonnes amies de l’école. Sarah c’est le genre de personne qui décrit la personnalité des gens en employant des mots comme «chakras» ou «aura». Sarah note l’évolution de sa vie en se fiant aux dés de la destinée. Sarah communique avec son guide spirituel. Sarah voyage dans ses vies antérieures. Sarah porte un bracelet avec une roche qui l’aide à se centrer. Sarah se promène en public avec un exemplaire de « Comment développer ses pouvoirs spirituels » ou « Guide pratique du voyage dans les vies antérieures ». Je l’aime Sarah. Ça m’a jamais dérangé son côté funky. À la limite, j’trouvais ça attachant.

Mais récemment, Sarah s’est découvert une nouvelle passion pour le weed. Elle dit que ça la connecte avec ce qu’il y a en haut. Elle a des révélations tous les mercredis soirs. À mon humble avis Sarah aurait eu avantage à écouter une couple d’épisodes de That ’70s Show, mais apparemment c’est pas le cas. Le drame de ma vie, c’est que depuis deux mois, elle a entrepris de partir une secte à l’école de théâtre de St-Hyacinthe (a.k.a. la place où j’étudie). Donc chaque mercredi, y’a une communauté d’adeptes qui se ramassent dans ma cuisine pis qui vivent des affaires en fumant des bats, en se tenant les mains pour faire des chaînes d’énergie pis en mangeant de la fondue au chocolat.

Évidemment, moi j’veux rien savoir pis j’leur crache mon mépris par les yeux. Mais au fond, c’qui m’enrage le plus là-dedans, c’est qu’ils ont l’air salement heureux d’avoir trouvé un sens à leur vie, la gang d’illuminés. Pendant que moé, j’me tappe encore des crises d’angoisse quand j’pense à l’univers. Y’a rien à faire, j’ai la rationalité amère dans l’âme. J’habite avec le Saint-Messie maskoutain de l’ésotérisme pis chus quand même pas foutue de démolir ma barrière de rancœur envers bébé Jésus.

Chus pus capable.

Fait que hier soir, Sarah a laissé ses dés de la destinée sur la table…

2-6-2. « Vous êtes en mesure d’alimenter [l’objet de votre quête], mais il y a un obstacle. Il ne s’agit pas d’un manque d’aptitudes mais plutôt d’un blocage psychologique qui inhibe votre goût d’apprendre et le freine. »

Calice.

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