chambre

Je me demande si un jour je vais avoir une maison dans laquelle je n’entendrai pas mes voisins jouer au hockey sur air, déplacer des futons de 300 livres, ou faire des concours de chants de gorge.

Ok, j’ai jamais entendu de chants de gorge. Mais j’ai entendu ben des affaires. En 10 ans, j’ai habité dans 5 appartements différents, et on dirait que chacun d’entre eux avait des murs en carton.

Dans mon premier appart, mon proprio habitait en-dessous. Précision: mon proprio italien avec sa mamma, dont la chambre était située en-dessous de notre salon, habitaient en-dessous de chez nous. On était au Cégep et on aurait vraiment aimé ça faire des partys. C’était à Montréal-Nord et on était loin des activités Cégepiennes populaires, telles que les pratiquaient nos amis du Cégep du Vieux… Tsé, aller au St-Éli ou au Café Campus et boire à même les pichets des inconnus. Alors, on aurait bien aimé se rabattre sur notre 5 et demi et baptiser notre plancher à la Smirnoff Ice. Une fois, on s’est donné le droit de faire un party. Une fois mémorable, où la vieille mamma s’est pointée sur notre balcon arrière, en robe de chambre, balai à la main, gueulant des insultes en italien. Après, on a filé doux. On voulait quand même finir nos études collégiales sans être expulsées, hey, sans toit drette de même sur le boulevard Langelier.

Dans mon deuxième appart, mon proprio vivait aussi en-dessous (thème récurrent, les proprios-voisins, parce qu’il faut croire que j’aime m’empêcher de vivre). Pour s’assurer de vivre dans un semblant de silence, il avait fait poser du tapis sur le plancher de notre 5 et demi. Punch, pour ceux qui voudraient recourir à cette tactique dans le but d’insonoriser: ça change rien. Pis, surtout, ARK du tapis. Monsieur le proprio venait toujours cogner chez nous, pour nous signaler qu’il nous entendait marcher. Hey, c’est dur la vie quand t’as pas le droit de marcher. Fait à mentionner: je me suis fait voler deux vélos alors que j’habitais dans cet appart-là. Je les ai retrouvés dans une shop de vélos, deux ruelles plus loin. Deux canettes de Bud en échange de ton vélo volé. Anyway. Je sais vraiment pas pourquoi je suis restée dans cet appartement-là.

Dans mon troisième appart, mon proprio habitait à coté. Un mur seulement nous séparait. Je l’entendais ronfler. La seule différence avec mes deux anciens proprios, c’est que le proprio-ronfleur était vraiment gentil. Alors je ne disais pas grand chose. Je donnais des petits coups dans le mur la nuit. Cette fois-ci, ce n’est pas de mon proprio que le trouble est venu, mais plutôt du voisin d’en-dessous. Un jour où je chillais tranquillement avec une amie, ça cogne à la porte. J’ouvre et je me retrouve face à face avec un dude-bro en bédaine qui mange une clémentine (?). Il me dit «C’est quoi le problème, je peux pas fourrer ma blonde, ça fait trop de bruit?» Je pense que j’ai eu le temps de cligner des yeux 10 fois avant qu’il élabore: «T’as pas cogné dans le plancher?» Epelaye. «Non, tu te trompes, merci d’avoir partagé ta vie sexuelle, enjoy ta… clémentine?!» Ark. C’était vraiment ark. Ha, il y a aussi la fois où j’ai entendu la voisine d’en haut vomir et pleurer en même temps, à 4 heures du matin. C’était émouvant. Somme toute, c’était un bel appart dans lequel je suis restée 3 ans. Jusqu’à temps que des hippies louent le rez-de-chaussé et construisent une fucking SERRE dans la cour arrière.

Dans mon quatrième appart, on était vraiment bien, on avait pas vraiment de voisins. Sauf la porte d’à côté, le mur se touchait, je sais pas trop, j’ai jamais compris comment c’était construit exactement. Tout ce que je sais c’est qu’un kid, quand ça court, ça ressemble drôlement à un T-Rex qui joue au basket.

Dans mon cinquième et actuel appartement, j’entends toujours une fille glousser. Ce matin elle gloussait en disant «Faut que je me trouve des bobeeeeettes!» J’ai vraiment ri. J’ai crié «Bonne chance!» Je sais pas si elle m’a entendu. J’entends toute sa vie. Elle habite avec son chum. Le matin, j’entends sa porte de garde-robe glisser, puis là elle parle à son chum de ce qu’elle va porter. Le soir, ils font des petits soupers et ils gloussent à deux. Tantôt, j’essayais de poser un crochet dans le mur, alors j’ai cogné avec un marteau. Trois coups m’ont répondu, de l’autre côté du mur, suivi d’un beuglement «Effrontée, y’est juste 20h!» Esti, que je me suis dit. C’est toi la voisine qui glousse, pis là tu capotes parce que je cloue dans le mur? J’avais vraiment envie de lui crier des conneries, mais à la place, j’ai pris mon speaker, je l’ai collé sur le mur pour blaster du PJ Harvey. Présentement, c’est assez silencieux. J’espère que ça va durer, mais je n’espère pas trop fort. J’ai déjà commencé à me faire des plans pour le week-end: inviter mes amies et glousser en coeur sur trame sonore d’Alegria.

Crédit photo : PuyoDead

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