Salut Mathieu,

Content que tu me lises enfin. Vois-tu, ça fait des années que j’ai la chance de te lire, mais – et c’est assez frustrant – je n’ai pas la possibilité de te répondre.

Étant donné que la plupart des choses que tu dis sont assez flyées merci, ça a toujours pris tout mon p’tit change pour me retenir de te répondre. Plus maintenant!

L’autre jour je lisais ton article (ta chronique? Ton édito? Ton journal intime?) dans lequel tu disais que la laïcité c’est important, mais que le crucifix à l’Assemblée nationale, ça, wô minute, on y touche pas.

Je ne t’apprends rien en t’annonçant que ça sonne exactement comme si tu disais : “Les téléromans c’est MAL! Sauf Virginie parce qu’ils ont fait 8734 saisons et que ça vient d’icitte”.

Par souci pour ton égo, je vais reprendre point par point tes propos, pour t’aider à voir la raison pour laquelle ils ne font aucun sacrament de sens (clin d’oeil religieux ici).

Je préférais ne pas mettre un lien vers ta chronique, parce que chaque clic te donne des sous, mais bon, pour des raisons de rigueur, le voici quand même.

Commençons.

 

«Certes, le catholicisme était étouffant. En 1960, il fallait s’en délivrer. Je ne suis pas de ceux qui enchantent sa mémoire et regrettent son pouvoir. Nuançons notre mémoire : notre catholicisme a eu ses grandeurs et ses misères. On ne saurait rejeter en bloc notre passé et notre héritage catholique, comme on le fait trop souvent.»

Ah-HA! Je t’ai pogné! Tu as fait une faute de logique! Tu insinues que de retirer le crucifix du Salon bleu, c’est rejeter notre héritage catholique. Savais-tu, mon Mathieu, que “se souvenir” n’est pas un synonyme de “célébrer”? C’est pas parce que quelque chose fait partie de notre histoire qu’il faut le crisser sur les murs. C’est la même raison pourquoi je pense pas qu’on devrait changer le nom de la rue Amherst. Arrêtons de glorifier ce qui ne le mérite pas. Ça veut pas dire qu’il faut l’oublier pour autant.

Ah pis aussi, lâche-nous avec ton « héritage », on sait tous que le crucifix a été posé par Duplessis. Fais pas comme si c’était Jacques Cartier qui l’avait posé lui-même après avoir construit l’Assemblée nationale de ses propres main.

 

«Avec raison, notre peuple souhaite aujourd’hui la laïcité. Mais il n’entend pas la retourner contre ce qui lui reste de la part la plus ancienne de son identité. Il entend peut-être même faire la paix avec elle.»

Hey, hey, hey, quessé tu dis-là? Serais-tu en train de tordre plein de mots ensemble pour insinuer que la croix est emblématique parce qu’elle est “la part la plus ancienne de son identité”? Rendu-là, pousse la logique jusqu’au bout! Pourquoi ne pas accrocher deux plaques en pierre avec les 10 commandements gravés dessus à l’Assemblée nationale?

 

«Surtout, inquiétons-nous de la suite : s’il faut retirer le crucifix aujourd’hui de l’Assemblée nationale, faudra-t-il demain effacer la croix du drapeau ?»

On y est! Le paroxysme de la débilité! L’orgasme de la mauvaise foi! La fameuse pente glissante. “Bin là, si on retire le crucifix de l’Assemblée nationale, va-tu falloir demander à Éric Lapointe de ranger son collier en croix bling-bling?” Je retourne la question contre toi, Bock-Côté : s’il faut sévir contre les graffitis, faudra-t-il demain jeter la Joconde aux poubelles?

 

«Les Québécois francophones doivent s’effacer pour permettre à la diversité de s’exprimer. On luttera contre eux tant qu’ils s’entêteront à ne pas disparaître.»

Attends minute. Si je suis un Québécois francophone, mais que je suis contre le crucifix à l’Assemblée nationale, ça voudrait dire que je suis contre mon propre Peuple (avec un grand P) ? Fais attention Matthew (il doit détester se faire appeler comme ça), tu commences à sonner fachi-facho pas mal à mon goût.

 

 

En fait, mon ami, tout ce que je te demande, c’est d’être conséquent avec toi-même.

Tu veux qu’on garde le crucifix à l’Assemblée? Fine. Fais juste pas à semblant d’être pro-laïcité.

Assume-toi en tant que catho-laïque, dis haut et fort que les immigrants te font peur, et range-toi du mauvais côté de l’histoire.

En même temps, je sais que c’est pas facile être pertinent à tous les jours.

En tant que pseudo-intellectuel, tu dois avoir de la misère à formuler des idées claires dans une chronique quotidienne.

Je te demande simplement d’arrêter de jouer ta game. Je t’ai vu, sur les plateaux français, trembler de joie et de fébrilité en partageant l’avis d’un raciste.

Pourquoi ne pas l’assumer ici aussi?

 


À propos de l’auteur
Sydney est un jeune homme au crépuscule de sa vingtaine et c’est vraiment pas grave, j’veux dire, la trentaine ça a l’air cool, hey, vous êtes fatigants, LÂCHEZ-MOI AVEC ÇA. Politologue de formation et procrastinateur de profession, il passe le plus clair de son temps sur Twitter.

 

 

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