Pour toi qui a lu mon article sur Cuba (et pour toi qui l’a pas lu aussi) sache que y a pas juste de la shnoutte de crétins qui est arrivée y a aussi quelque chose d’extraordinaire c’est la rencontre de Mario Rodriguez et de son fils qui habitent Moron (hé hé), un petit village au Nord de l’île:

On marchait tranquillement dans les rues et fuck, on pouvait pas respirer tout le monde nous sautait dessus pour avoir de l’argent. C’est pas grave je leur pardonne ils ont pas grand chose mais en même temps c’est tannant, j’avais envie de me mettre un gros chapeau de paille pis de sacrer mon appareil photo au bout de mes bras comme quand je suis allée au Caire et que j’ai fini par me voiler la tête. Pendant qu’on passait devant une petite maison toute mignonne et qu’on essayait de comprendre l’écriteau accroché devant qui était en espagnol, Mario est sorti et il nous a dit d’entrer, entrer – enfin je pense qu’il a dit ça parce que je comprends jamais rien quand c’est en espagnol. On était pas chauds chauds à l’idée, on dirait qu’on avait peur de se faire encore enfirouaper dans une manigance d’argent, c’est terrible de penser comme ça. Mais bon on est entrés et Mario nous a fait visiter sa maison, c’était un peu comme une maison de chez nous mais avec des trous dans le plafond, des coulisses d’eau sur les murs, un plancher en terre, des fausses fleurs dans des pots et des bibelots d’animaux, mais vraiment je dis ça pis ça a pas l’air vraiment beau mais ça l’était je te le jure. Mario nous a montré une cicatrice sur sa poitrine, on a compris (on pense) qu’il avait été opéré et qu’il cherchait quelqu’un pour louer sa maison parce qu’il pouvait plus s’en occuper. J’avais peur, ça me faisait trop un coeur gonflé de peine de visiter et ensuite de devoir lui dire qu’on louerait pas sa maison.

Après ça Mario nous a emmené dans son jardin, y avait un manguier, un bananier et un goyavier, à part les ferrailles qui trainaient tout partout. Son fils a pris un grand bâton et il a commencé à faire tomber des goyaves à terre, je disais no no gracias mais il m’écoutait pas. Ensuite il nous a dit d’entrer et il a insisté pour qu’on s’assoie autour de la table pendant qu’il rinçait et coupait les goyaves en quartiers. Il nous les a données, et pendant qu’on mangeait pis que c’était full bon, il avait l’air tellement content, c’était louche ça se pouvait pas. Il nous a dit café? et il avait l’air triste quand on a refusé, on a dit qu’on havait to go. Mon père nous a demandé bon combien que je lui donne, on a répondu je sais pas cinq pesos, c’est le cinquième de ce qu’un Cubain moyen gagne en un mois, il serait sûrement content. Mais là Mario il est devenu vraiment mal, il a dit qu’il voulait pas d’argent, qu’il voulait juste des amigos, tiens toi la leçon de vie, c’était comme une grosse claque sur la margoulette. J’avais vraiment un moton dans la gorge et quand j’ai regardé ma soeur, j’ai vu qu’elle pleurait des grosses larmes et quand j’ai regardé mon père qui fait son tough d’habitude, ben c’est lui qui braillait le plus fort et il a même serré Mario dans ses bras très longtemps, et Mario répétait amigo amigo. Il nous a écrit son adresse et un message au stylo rouge pour qu’on revienne dormir chez lui gratos quand on voyagerait encore à Cuba: “Tratamos de ver amigo amigo” “Cuando hay dinero de por medio no hay amigo” “Desculpa muy agradecidor por su visita”.

Je crois que ça veut dire en gros que quand y a de l’argent entre deux personnes y a pas d’amitié mais si quelqu’un est meilleur que moi go for it. Il nous a aussi montré les partitions qu’il écrit à la main et nous a même chanté une chanson.

Mario, tu chantais trop bien.
Je vais jamais t’oublier.

Et je vais bientôt mettre des photos de Moron dans la section photos.

 

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