J’ai toujours été un peu matérialiste, mais avec des affaires cheap.

Quand je me suis éclaté le menton sur un kaboum, un été fatidique de camp de jour, ma mère m’avait demandé ce que je voulais pour me récompenser de m’être fait recoudre le menton sagement. CE QUE JE VOULAIS. Pis j’ai pas hésité une seconde :

« J’peux tu avoir un bracelet-snap? »

 

Y’était blanc, avec des coquillages aux couleurs de l’arc-en-ciel. J’étais folle comme de la marde.

Je m’assurais que tout le monde puisse me voir snapper mon bracelet sur mon poignet, de manière faussement désinvolte.

Je m’imaginais que tout le monde qui me voyait savait que j’avais obtenu ce bracelet-là pour avoir été à l’hôpital.

J’étais une enfant très dramatique.

 

Astheure j’ai pus mon bracelet, mais je mets encore des feelings, des espoirs, des émotions dans des affaires cheap. Mes affaires cheap.

 

J’aime me tisser des mythologies intimes.

Rattacher mes émotions positives à des porte-clés par exemple, à Joël Legendre, aux Jos Louis. Même que c’est souvent pas juste des émotions positives.

Je justifie jusqu’à ma personnalité, jusqu’à mon âme avec ces bebelles-là.

 

Des fois je m’imagine que les bijoux que je porte chaque jour sont chargés d’intrigue.

Même si c’est moi qui me les suis payé pour aucune crisse de raison, pour le fun, pour le glam. (On n’a pas tous des grands-mères légendaires qui décèdent en nous léguant leur joaillerie, ok?)

 

Je fais ça aussi avec l’astrologie.

Pas que j’y crois spécialement, je trouve ça même plutôt lol. Mais j’aime avoir un espèce d’avatar, un guedi qui me donne l’impression que je peux arriver à me comprendre un peu, à m’établir des racines dans mon vide spirituel à moi.

Capricorne ascendant Vierge. Ça s’emboîte bien dans un CV, me semble?

(L’astrologie c’est aussi vraiment hot pour appréhender les gens qui m’entourent. C’est littéralement le patronus de mes compatibilités ou de mes aversions. Sérieux, fuck les Scorpions.)

 

J’ai décidé y’a longtemps que je devais donner un sens aux choses qui m’entourent.

En dépit de mon esprit de famille de marde, de ma méfiance envers la prière depuis que j’ai 7 ans ou de mon scepticisme crasse pour absolument tout ce qui relève un peu du mystère. Ça m’évite de la job et des angoisses existentielles. La majorité du temps.

 

Parce que mon dark side est jamais très loin. Pis mes pensées positives sont non seulement rares, mais elles sont aussi friables. Elles glissent des mains.

Alors je prends mes gugusses pis j’en fais des pierres, moyennement lourdes, pour écraser ces affaires-là qui partent au vent. Je m’invente des touch-base de toute pièce. Rester ici, rester droite, rester là.

En attendant.

 


À propos de l’auteure:
À 23 ans, Alex a déjà réalisé son rêve de devenir réceptionniste. Cette passive-agressive au cœur tendre aime entre autres les chats persans, pleurer à chaudes larmes et le magasinage en pharmacie. Elle possède aussi sa propre chaîne YouTube, Grand-Mère Grunge, une bonne excuse pour parler de mode, de maquillage et se pogner les boules devant une caméra. En union civile avec son vibrateur, elle tarde encore à rencontrer la personne qui lui fera finalement l’amour dans une piscine de gâteaux Vachon.

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