Il y a 3 semaines, j’ai perdu ma carte Opus. J’étais dans un party vraiment l’fun, tout le monde dansait tout le monde buvait (LQGR song), bref, je me suis bien amusée. Il n’y avait pas de vestiaire, alors j’ai mis mon manteau dans un endroit que j’avais jugé safe (en dessous d’une table au bout d’un couloir). Je suis rentrée chez moi à pied, pas mal contente de ma soirée.

Le lendemain, je cherche ma carte Opus pour aller prendre le métro. Elle n’est pas dans ma poche de manteau, son endroit habituel. Elle n’est pas dans mon sac à dos. Elle n’est pas dans mon portefeuille. Elle est PERDUE ! Je me rends à l’évidence : ma cachette de manteau n’était pas si safe que ça.

Après un bref moment de panique (crier, pleurer, chialer, déchirer les coussins du divan, verser le contenu de ma sacoche à terre 2-3 fois ben comme il faut, gratter la doublure de mes poches de manteau, froncer les sourcils, appeler ma mère), je décide de prendre action. Ma carte Opus, c’est ma vie. J’en ai besoin tous les jours.

J’écris à la fille qui a organisé le party. Pas de réponse. Tout le monde doit lui avoir écrit pour cause de carte débit perdue, lunettes brisées, clés volées, vie brisées. Vraiment frue, je refuse de me racheter une carte Opus. On est le 15, la moitié du mois. J’ai déjà dépensé 77$ sur cette carte, il est hors de question que je mette une cenne de plus sur le transport en commun.

Lundi arrive, il faut que j’aille à l’école. Je décide de marcher. J’arrive à l’école la face par en bas, pas contente d’avoir marché 40 minutes. Il faut que je trouve une solution. C’est à ce moment qu’une amie gentille m’informe qu’on peut enregistrer nos cartes Opus et récupérer ce qu’il y a dessus si on la perd. C’est à ce moment que j’imite le bonhomme Fuck That Shit. Une fois calmée, je cherche encore une solution. Je ne veux pas me rendre à l’évidence, une évidence qui me coûterait un autre 77$, plus des frais de 6$ pour la carte elle-même.

Plus tard dans la journée, je glisse ma Visa dans la machine orange de la STM et j’achète 4 billets. Pourquoi 4 ? Un chiffre de même, tiens. Je me rends compte qu’il va me falloir clairement plus que 4 passages pour terminer mon mois. La face frue, je marche d’un pas décidé, j’arrive au tourniquet, je le tire vers moi et je glisse mes fesses de l’autre côté. Là, je réalise que je viens de faire un mauvais coup. Je continue de marcher vite vite vite. Je regarde à gauche à droite, rien. Y’a pas de chiens qui me courent après, pas de police, pas de FBI, même pas Carrie Mathison de Homeland. « Nice », je pense. « Je viens de trouver une solution », je pense.

Je rentre chez moi toute contente, mais avec une petite gêne. Je ne parle pas de ma solution à personne. Pour le reste du mois, ma stratégie consiste à une alternance de mauvais coups, de billets legit en papier et de longues marches.

Finalement, le premier du mois arrive. Bon ! Enfin libre de circuler à ma guise dans le système de transport en commun ! Je suis tellement contente que je songe à faire 3 allers-retours sur la ligne verte, juste pour voir. Je me calme et je vais acheter ma nouvelle carte. Je l’enregistre comme une grande, en disant au préposé « Me ferai pas pogner deux fois! » Il fait une face triste, il compatit, pauvre moi. Après un peu de blabla, yesseur, j’ai ma nouvelle carte, pis si je la perds, checkez moi ben aller l’annuler pour transférer mon forfait.

Je me sens libre. Je me sens légère. J’ai envie de courir vers le tourniquet. C’est à ce moment-là que j’entends un message dans les haut-parleurs: « Le service est interrompu sur toutes les lignes, pour une durée indéterminée. D’autres messages suivront. »

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Je sors dehors et je commence à marcher, carte Opus bien safe au fond de mon portefeuille. « La STM vous souhaite une bonne journée », que je me dis.

La photo est tirée de la page Flickr de Paul Lowry.

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