feministe

Avant de commencer, mesdames, je veux m’excuser. Je sais, encore un gars qui parle de féminisme.

Mais je vous promets que je ne suis pas ici pour vous expliquer quoi que ce soit ou vous dire quoi faire.

 

En fait, je suis ici pour parler aux gars.

À ceux qui, comme moi, ont le chromosome Y qui pendouille dans les culottes. Ceux qui l’ont somme toute facile.

 

Le débat autour du féminisme cette semaine m’a rappelé une anecdote du temps que j’étais au Cégep.

On devait faire un travail de recherche, et on en était au moment de se choisir un sujet.

J’en pouvais plus d’entendre mes collègues me suggérer des sujets du genre «les chars montés». Alors j’ai proposé: «On pourrait parler du féminisme. Se questionner si les étudiantes s’identifient encore comme féministes.»

 

J’ai eu le droit à des éclats de rire, suivis d’un gars qui m’a demandé: «t’es-tu fif?»

Parce qu’apparemment, s’intéresser aux femmes, c’était fif.

La seule façon acceptée d’être un gars qui aime les femmes, apparemment, c’était d’être le genre de gars malaisant qui pogne le cul des serveuses. Ça c’est un gars qui aime les femmes.

Mais s’intéresser à leurs droits, ça c’était juste fif.

 

J’imagine que le gars ne se sentait pas concerné. Après tout, il n’a pas tort. Ce n’est pas notre combat.

Les gars qui se disent féministes pour avoir un prétexte pour encore dire aux filles quoi faire m’agacent. C’est une des raisons pourquoi ce texte pourrait être mal reçu.

 

Mais il faut comprendre. Quand on est oppressés, la dernière chose qu’on a envie, c’est que l’oppresseur vienne nous dire comment mener notre lutte.

Imaginez-vous si pendant le printemps étudiant, Jean Charest était descendu dans une manif pour nous expliquer comment on devrait faire ça, une belle manif propre.

 

D’autant plus que c’est trop facile pour un gars être féministe.

Moi, même si je me dis féministe, personne va venir me dire que j’ai du sable dans mon vagin (ou de la garnotte dans le prépuce, pour récupérer une expression trouvée sur le web).

Personne ne va venir me dire que je suis frustré, que je suis sûrement mal baisé.

Parce qu’on ne dit pas ça aux garçons.

 

Mais nous, qu’est-ce qu’on peut faire pour aider?

Commencer par se rendre compte qu’être un gars, c’est jouer la game de la vie à Easy.

On a tous des problèmes, mais nous on a des outils de plus que les filles ont pas.

Pauline Marois a passé sa carrière à se faire parler de quel foulard elle portait.

J’entends pas grand monde poser des questions à Philippe Couillard sur ses sous-vêtements. (Dieu merci.)

 

Pas convaincu?

Moi ce soir, si je veux, je peux aller prendre une bière tout seul au bar, me faire harceler par personne, revenir chez moi sans me faire agresser même une seule fois (en fait, même en marchant avec mes écouteurs, n’entendant rien et sans le moindre souci), et pourquoi pas écouter un film où le héros sera un homme qui se pogne une fille qui n’est guère plus qu’un vulgaire trophée.

Ça sera pas difficile, c’est l’histoire de 90% des films.

 

Les gars, on peut aussi essayer de faire partie de la solution plutôt que de faire partie du problème.

Comme mettons, pas agresser des filles. Ça parait évident, mais ça l’est pas toujours.

Je pense que tout le monde comprend que sauter sur une fille dans un parc, ça se fait pas.

Mais dire à ta blonde qu’elle est obligée d’avoir envie de coucher avec toi parce que vous êtes en couple, ça non plus ça se fait pas. Et on dirait que ça se fait plus facilement.

 

Et surtout, quand un gars dit que c’est fif être féministe, qu’aimer les femmes, c’est leur pogner le cul, on peut lui dire qu’il est con. Qu’on n’acceptera plus ça.

C’est déjà un p’tit bout de chemin de fait.

 

Et moi de mon côté, je me permets de partager ma tribune en vous suggérant de suivre deux féministes que j’aime particulièrement suivre sur Facebook, soit Lili Boisvert et Judith Lussier. Ça vaut la peine, ne serait-ce que pour réfléchir un peu plus.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

Photo : mikecogh

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