cimetiere

Je vais mourir. Je sais pas quand, mais une bonne fois, ça va arriver. Pis criste, j’ai beau avoir 23 ans, ça m’angoisse déjà.

L’autre jour en sortant de la douche, j’ai remarqué que j’avais comme une petite bosse sur la joue droite. Rien qui déforme au point de ressembler à Steve Buscemi, mais quand même. Une bosse. Sur ma joue.

Pris de panique, j’ai montré l’excroissance à mon coloc qui lui a décrété que c’était probablement un bouton.

– « Ça te gosses-tu, genre ça fait mal un peu ? »
– « Ouais. »
– « Fais-tu longtemps que t’as ça ? »
– « Non, pense pas. »
– « Ben écoute, je pense que tu vas t’en sortir. Ça m’a l’air d’un bouton, man. »

Ah, le soulagement. Pas de cancer de la joue. Tu parles d’une satisfaction. Quand t’es hypocondriaque, te faire démonter ton mal imaginaire, c’est meilleur qu’une bonne game de fesse. T’as le goût de monter sur ta table pis de gueuler aux voisins que tu vas vivre… Jusqu’à ton prochain stress démesuré.

Parce qu’aujourd’hui, c’est pas facile être hypocondriaque. Ça jase de cancers weirds à Canal Vie, de bactéries mangeuses d’hommes à Canal D pis là, on parle même pas des forums médicaux sur Internet. Pour ceux qui connaissent Doctissimo, si tu y cherches n’importe quel symptôme, t’as le sida ou un cancer.

Des rougeurs ? Sida. Des taches sur les ongles ? Cancer. Des spots moins fournis dans ton poil de chest ? Sida. Une envie soudaine d’écouter Les jeunes loups ? Sida, encore une fois. Merci Internet, tu m’aides beaucoup quand je freak out.

Mais bon, au moins quand je regarde en arrière, je me dis que je m’améliore un peu avec les années. Pas que je vais m’en sortir un jour, mais j’ai l’impression que mes années hardcore sont derrière moi.

Tsé…

À cinq ans, j’avais peur des plantes. Je pensais que les fougères allaient se fâcher si je passais trop proche pis qu’elles allaient me cracher du venin végétal en pleine face. Heureusement, j’ai fini par faire la paix avec le poinsettia familial.

À dix ans, je voulais pas prendre mes vitamines Pierrafeu parce que j’étais pas sûr des effets réels. Je les cachais en dessous de ma langue comme un thug pis j’allais les cracher aux toilettes. J’ai fini par me faire pogner.

À 14 ans, je me suis rendu compte un bon matin que les batteries de ma brosse à dents électrique avaient coulé pis que j’avais sûrement du jus de pile dans ‘bouche. Ce jour-là, à l’école secondaire, je pensais vraiment mourir. J’avais même commencé à écrire mon testament dans mon cours de math.

C’était pas chic mon affaire. Mais comme plusieurs vivent l’âge d’or de leur frivolité avant 18 ans, je me dis que c’était peut-être le cas avec mon hypocondrie aussi.

C’est sûr qu’après ça, y’a eu les cancers, le diabète, les dents de sagesse pis les AVC, mais au moins y’avait une certaine logique à tout ça. Pis j’ai aussi appris (un peu) à fermer ma gueule avec ça. C’est pas pire comme truc, t’as l’air un peu moins cave au quotidien.

Quoiqu’avec ma bosse de joue, j’ai peut-être bien eu une petite rechute. Pis une bonne raison d’aller perdre mon temps sur Doctissimo.

Crédit photo : lewismd13

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