Avertissement : Ceci n’est pas un texte sur l’émission La Voix. Ben non, désolé. Dans les prochaines lignes, tu ne découvriras pas le passé trouble d’anciens candidats. Tu ne liras pas de témoignage-choc sur Luc, le gars de Trois-Rivières qui, à 8 ans, a eu une mononucléose exactement en même temps que son père transsexuel a fait une fugue en Louisiane. Bon, nice, en quatre lignes, j’ai perdu toutes les Monique et les Rita du Québec.

 

J’entends des voix.

Vous aussi et c’est normal.

Seulement les fous n’en entendent pas.

Ils n’entendent rien. Aucun son, aucune musique.

Il est éternellement 04h00. Le club est fermé.

C’est écho et vide, comme l’appartement d’un gars de 18 ans.

Alors ils en créent. C’est pour ça qu’ils deviennent fous.

 

Ces voix sont souvent nos alliées, nos conseillères.

Aveugles devant certains problèmes, pour nous, elles se transforment en chiens.

Elles entendent couramment nos prières, mais elles ne sont pas anges.

 

Nos voix aiment expérimenter avec nous.

Elles testent nos émotions, nos choix, notre estime.

Parfois, on perd le contrôle. Ça devient trop chaotique.

Elles gueulent. Elles ne nous écoutent plus.

Il y a tellement de bruit, qu’à notre tour, on n’entend plus rien.

Il est continuellement 23h55. Le club est plein.

La musique est forte. Trop forte. Au sommet de l’échelle de Scoville.

Une coche de plus sur la stéréo et notre tête explose.

 

Nos pensées ne sont pas piétonnières.

Elles circulent à toute vitesse, dans nos crânes, sur des routes convexes.

Errant entre nos tympans, elles se déplacent sans se soucier des limites permises.

 

Elles traversent notre imaginaire, croisent les fantasmes et les idées folles.

Ces véhicules d’idées se promènent, séparés par deux minces lignes jaunes.

Une pleine et une pointillée, une plus fragile.

Carburant aux flashs, aux rêves et aux idées noires, elles changent constamment de sens.

Des fois, même sans avertissement, sans clignotant.

 

Notre conscience s’occupe des douanes.

C’est elle qui décide des pensées qui peuvent sortir du pays imaginaire.

Elle s’assure que nos idées restent terre à terre.

Que nos paroles ne dérapent pas trop, qu’elles tiennent la route.

Que nos réflexions ne percutent pas trop.

Elle élimine les mots, pas de permis avant qu’ils franchissent nos lèvres.

 

C’est là que la mienne échoue complètement.

Souvent, j’ai l’impression que mes pensées sont conduites par une ado pas de temporaire.

Je suis certain que ma conscience s’appelle Roxane.

Je l’imagine avec des lulus et mâchant constamment de la Hubba Bubba.

Ma conscience botche tout. Elle pense juste au Ardène.

Comme un filtre à café mal placé, elle laisse passer plein de morceaux noirs.

 

Mon cerveau n’est pas une bonne personne.

C’est certain qu’elle bitche dans le dos de tous mes organes.

 

Souvent, trop souvent, par peur, je reste en silence.

J’aime mieux rien dire que de prendre la chance d’ouvrir la bouche.

Parce que je connais Roxane. Elle est beaucoup trop chummy avec mes cordes vocales.

Dans mon corps, c’est le pire des duos.

C’est comme si Kaïn et Les Respectables s’associaient pour faire un album.

 

C’est important, quelques fois, de passer l’aspirateur.

De faire un petit ménage dans nos idées.

D’es entretenir. De changer l’huile.

De ramasser les morceaux brisés, les miettes et les poussières.

De temps à autre, ça fait du bien d’aller au garage.

Parfois, un œil extérieur nous ouvre les yeux sur des saletés qu’on ne voyait pas.

 


mik_09À propos de l’auteur :
Mikael Dallaire est un jeune humoriste originaire de la ville de Gatineau et finissant 2012 de l’École nationale de l’humour. Sur scène, ce timide extraverti aime passer du stand up à l’anecdote plus personnelle. Il amuse les foules et déclenche les rires avec un style d’humour très particulier; un mélange de pince-sans-rire, d’ironie et d’absurde. Des fois, il écrit des trucs… Comme là, genre…

Photo : smswigart

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