T’es tu célibataire par choix, ou..?”

-Ah ben j’suis juste vraiment sélective pis difficile…

 

Ta yeule fille. On le sait qu’c’est pas vrai.

T’es célibataire parce que tu fais juste pas partie des filles éligibles sur le marché des girlfriend material. Tu fais pas les bons moves, tu joues pas la bonne game.

 

T’es célibataire parce que tu cultives le célibat cyclique par ta culpabilité.

Le cycle de toujours t’accrocher aux mêmes genres de p’tits gars pour boucler la boucle, pour réparer avec le 5ième les erreurs que t’as fait sur le premier.

Pis dès que ton p’tit gars commence à moins te texter, pis que tu le sais que sa switch est sur le bord d’être à off, la culpabilité remonte à la surface.

 

La culpabilité de l’avoir texté une journée trop tôt pis d’avoir toute gâché, la culpabilité d’avoir eu l’air un instant trop vulnérable, la culpabilité de t’être laisser entraînée dans sa fausse cadence louche de gars qui a l’air parfait sur papiers mais qui dans le fond tu le sais c’est trop beau pour être vrai comme d’habitude.

 

Bref, la culpabilité d’être accrochée à un gars qui veut pu de toi, pis que ça, c’est probablement de ta faute.

 

Mais c’est pas grave, ma belle fille. C’est pas grave, parce que ce sont des histoires qui arrivent souvent, des histoires dont le cycle rusé avale souvent la naïveté de la quête finale, la quête de l’éligibilité amoureuse.

 

Et mon cycle à moi, mon cycle que ma culpabilité rend pas tuable, ça me fait plaisir de te l’étaler ici.

 

Il était une fois, un p’tit gars qui me paraissait grand qui m’a dit: “J’ai été turn off parce que t’étais trop disponible.”

 

Mais, c’est toi qui m’appelais tout le temps…

 

“Ben t’étais pas obligée de répondre.”

 

C’est vrai, j’aurais pu rationaliser son intensité à lui et dompter mon lobe frontal à moi, et ainsi réussir à ignorer un appel pour être assurée d’un deuxième.

 

Mais non, j’ai pas réussi.

 

Subissant les répercussions de cet échec, je me suis alors rabattue sur la force impressionnante de mes paupières à refuser mes larmes, et me suis fait la promesse de toujours suivre la tragique maxime “Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis.”

 

Alors la fois où j’ai réussi à jouer au yoyo avec ma distance sur un p’tit gars attachant que je croyais attaché, il a fini par me dire: “Tu feras en sorte qu’on se croise bientôt!

 

Hein? Faire en sorte? Se croiser?

Même en fuyant on me suivait pas. Mon invalidité à entrer sur le marché était plus grande qu’imaginée.

 

J’ai encore ruminé sur mon sort, tentant de refaire le chemin inverse dans ma tête échauffourée pour retrouver l’erreur précise que j’avais commise, l’erreur qui m’avait encore éloignée de mon admissibilité à être affectionnée.

 

Je me suis donc mise à solidement m’entraîner à ressembler à ces filles que l’on croit parfaites parce que leur célibat n’excède jamais 4 jours.

Je me suis habituée à dégager l’image de la fille douce et simple, cette fille juste assez maternelle dans sa candeur et étonnamment confiante dans sa dépendance affective.

 

J’étais sur le bord de me faire élire par un p’tit gars parfait, jusqu’à ce qu’il me dise: “C’est juste qu’au début tu correspondais vraiment à mon idée de la fille parfaite, mais plus maintenant.

 

Après plusieurs semaines de douleur intolérable, j’ai encore tenté de contrôler les dommages en faisant pivoter de 190 degrés mes croyances désorganisées, en prêchant finalement pour la paroisse de la transparence et de la chasse facile du gars gentil.

 

Mais sans surprise, y’a une fois ce p’tit gars gentil et trop honnête qui m’a dit: “ Faut pas que tu sois trop exigeante, j’suis pas capable de faire plaisir, j’suis pas un gars de même”.

 

Ah, ok.

 

Ca doit être le prix à payer pour s’enticher de ceux qui, c’est vrai, te laisseront pas tomber, mais qui feront rien pour te garder.

 

Le prix. À payer.

Payer un prix pour le comportement d’autrui. Tolérer un maximum pour s’assurer de recevoir un minimum.

 

Devant cette incapacité à rester immobile dans cet univers apathique, j’ai eu le temps de me faire répéter ben des fois : “Arrête de chercher, pis aie du fun dans ton célibat!”.

 

Alors du fun je me suis faite, de fun je me suis étanchée, de fabrication de fun j’ai excellé, jusqu’à ce que de “célibataire qui a du fun” je me fasse désigner, jusqu’à ce qu’un jour, un gars fun dans un bar fun me dise : “Mais t’as eu trop de fun avec trop de gars pour être girlfriend material”!

 

Ah, ben oui.

 

Et c’est de cette ironie si grande que mon cycle a pu s’absoudre.

 

De cette ironie si grande je me suis vue réaliser que les seules erreurs commises dans mon histoire, c’est de m’être sentie coupable pour chacune de mes actions.

 

Plus haut j’ai fait référence au profil stéréotypé de la fille toujours en couple, la décrivant comme honnête dans sa dépendance affective.

 

Et si c’était ça, la porte d’entrée?

 

BEN OUI FILLE! Y’a rien de mal à être dépendante de l’affection de celui de qui tu t’es infatuée, parce que ton cerveau est quand même programmé pour ressentir un vide peu de temps après que quelqu’un soit passé pour faire le plein.

 

Pis dis-toi qu’on est dans une ère où ton p’tit gars il sait pas plus où se mettre, quel rôle il doit jouer, ou même s’il a le droit d’exprimer son incapacité à se hisser au même niveau (raisonnable) que tes attentes.

 

Il préfère se retirer du jeu plutôt que d’admettre que lui non plus, il a jamais été éligible au pays des couples salutaires. Et contrairement à toi, il préfère s’éclipser plutôt que de risquer de se sentir coupable.

 

Et puisque c’est lui-même qui s’est turn off, en étant pas capable de poursuivre la cadence qu’il avait commencée, tu dois dès maintenant te convaincre de l’authenticité de ton lobe frontal qui lui ne fait que répondre à tes désirs.

 

Et ta fucking culpabilité, ta fucking culpabilité qui fait juste emprisonner ton potentiel de pérennité amoureuse derrière les barreaux de tes perceptions, c’est avec elle que ton p’tit gars il se nourrit pour fuir.

Fac ça serait le fun qu’un jour, elle se convertisse en confiance, cette culpabilité, dans la théorie des 4 C.

 


À propos de l’auteure:
La rumeur court que Maude serait vegan, mais plusieurs disent l’avoir vu manger des pogos alors qu’elle était saoule. D’autres disent que c’était des saucisses déjeuner, et que c’est parce qu’elle n’avait pas pris son Concerta. On dit que Maude n’a pas d’âme, car elle ne tolère ni les chiens, ni Céline Dion, et parce qu’elle catégorise les légumes racines par stades freudiens. Si elle n’a pas encore terminé son bac après 9 sessions, c’est parce qu’elle est multidisciplinaire. Sa voix est rauque depuis Cuba 2013.

D'autres beaux textes à lire aussi...