dix-huit roue

Il y a quelques temps, j’ai dû me faire opérer au nez. Pas une histoire de chirurgie esthétique. L’opération est maintenant terminée, et c’est un succès, mais mon nez a toujours l’air d’être dans ma face par accident.

 

Non, c’était une opération pour me faire redresser la cloison nasale.

Depuis que je suis petit, j’ai toujours eu de la difficulté à respirer par le nez.

Il était toujours passablement bouché. Alors je respirais par la bouche.

Je pensais que c’était normal. Dans les cassettes de relaxation, ils disaient toujours: «Prenez une grande inspiration par le nez.» Alors, je me disais que c’était quelque chose qu’on faisait dans les occasions spéciales.

Après tout, ils ne précisaient pas «laissez battre votre coeur» ou «clignez des yeux à intervalle régulier.»

 

Mais j’ai appris que ce n’était pas normal quand j’ai lu sur Internet une discussion où quelqu’un traitait l’autre de «fucking mouthbreather».

Je me suis dit que ce n’était pas un compliment.

D’une part parce qu’il avait mis «fucking» avant, et de l’autre parce que c’était une discussion sur Internet, donc forcément pas très gentil.

 

Et en effet, ce n’était pas normal. Ça expliquait entre autres pourquoi ma blonde me disait que dans la nuit je faisais des bruits qui allaient de celui d’une balayeuse qui tente d’aspirer une poignée de change à celui que fait Harry quand le détraqueur tente d’aspirer son âme.

 

Alors on m’a opéré.

Le docteur m’a dit que je serais arrêté deux semaines de travailler, repos complet, tout le tralala.

Mais moi, dans mon infinie sagesse de gars qui a étudié à l’École de l’humour, je me disais que le médecin savait pas de quoi il parlait. Franchement, deux semaines, pour une p’tite opération au nez.

 

J’étais tellement confiant que la veille de l’opération, je me suis fait une tarte.

Parce que je me disais que clairement dès le lendemain j’aurais l’appétit pour manger une tarte.

Pas besoin de vous dire que ladite tarte s’est retrouvée calissée aux vidanges.

 

Le jour de l’opération, je me présente à l’hôpital et après 5 heures de retard sur l’horaire, on m’amène dans la salle d’opération.

Je suis un peu stressé, pas tant par l’opération que par l’infirmière qui, quand elle a su que j’étais auteur en humour, arrêtait pas d’essayer de me raconter des blagues pendant que j’étais nu dans ma jaquette dans une salle glaciale alors qu’on s’apprêtait à me charcuter le visage.

 

L’anesthésiste m’a injecté un produit dans les veines. Je sais pas c’est quoi, mais c’était froid et bleu.

Je pense qu’elle m’a injecté de la slush.

Elle m’a dit que je m’endormirais d’une seconde à l’autre, mais je me suis dit: «C’est sûr que ça marchera pas, je suis vrai-

 

Je me suis réveillé 2h plus tard.

 

J’avais la sensation que mon crâne était en train de s’effriter, et mon cerveau en train de fondre entre les fissures. Mais surtout, avec l’impression d’avoir fait un blowjob à un marteau-piqueur.

J’essayais de demander à l’infirmière pourquoi j’avais si mal aux dents, mais je ne réussissais pas à parler.

On m’a plus tard dit que c’était à cause du tuyau pour respirer qu’on m’avait inséré. Visiblement à coups de masse.

 

La douleur était telle qu’à un moment donné, la machine à côté de moi s’est mise à émettre un long «Biiiiip» sonore, et j’ai demandé à l’infirmière si j’étais mort.

Elle m’a dit que non. Je pense pas qu’elle savait de quoi elle parlait, elle non plus.

 

Mais le médecin avait bien raison avec le 2 semaines de rémission.

Quand je suis arrivé chez moi, le soir, j’ai voulu rassurer mon père que j’allais bien. Je voulais lui envoyer une photo où j’avais l’air de bien aller. C’est le mieux que j’ai pu faire:

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Notez les larmes.

 

Après une semaine, le médecin m’a enlevé les mèches dans le nez.

Les mèches, c’est comme un tampon, mais qu’on t’enfonce si profond dans la tête que quand il a tiré pour les enlever, ça m’a chatouillé les yeux. Et d’ailleurs, à voir lesdits tampons, on aurait dit que j’avais eu des règles abondantes.

 

Mais j’allais tellement mieux! Comme ma face en témoignait:

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Mais c’est pas grave, quand j’ai mal, maintenant, je peux respirer par le nez. COMME TOUT LE MONDE FAIT TOUT LE TEMPS, APPAREMMENT.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

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