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Aujourd’hui, je donne dans le sérieux.

Parce que je ne suis pas la seule qui care et qui se sent impuissante devant la détresse psychologique de quelqu’un qu’elle aime.

Et parce qu’il n’est pas le seul à souffrir du dedans…

Je te parle de mon bel ami qui struggle avec la dépression.

 

Il lutte solide.

Depuis plusieurs années.

Ce n’est pas facile. Mais il s’accroche.

Est-ce qu’il consulte??? Est-ce qu’il est médicamenté???

Oui.

Oui.

Il a de l’aide. Il est bien entouré. Il est aimé.

 

L’affaire, c’est que la route vers le rétablissement peut être longue. Pour plusieurs raisons…

En ce qui concerne mon ami, il se trouve qu’il a la chimie complexe et que la médication n’est pas facilement ajustable. Genre que tu ne peux pas résoudre l’énigme mystérieuse du rebalancement de ses neurotransmetteurs par une équation du type « SAPRISTI, multipliez sa base x sa hauteur et DIVISEZ LE TOUT PAR DEUX!!! ». Sinon, ça ferait longtemps que je serais allée gueuler la solution dans le cabinet médical, avec fougue et conviction.

Les médecins cherchent, ils évaluent, ils ajustent les doses.

Et pendant ce temps-là, le corps de mon ami est en freestyle. Son moral aussi.

Étant fondamentalement fringant et plein de vie, mon ami est créatif, plein d’humour, plein de talents. Je ne peux pas pluguer ici l’ensemble de ses réalisations parce que je veux préserver son anonymat, mais il fait des choses vraiment audacieuses, vraiment nice.

Genre ce n’est pas cet homme, mais presque :

 

Métaphoriquement, si mon ami était cet homme, il n’aurait plus la force dans les bras pour jongler avec ses pommes et la simple idée de croquer vigoureusement le fruit défendu le drainerait.

Il regarderait son bol de fruits, sa p’tite caméra Panasonic bien placée sur son trépied et penserait à son ambition de devenir le meilleur jongleur-croqueur ever en se disant « À quoi bon? » [over all, on va se le dire, cette question demeure tout de même pertinente dans le contexte].


Sentir que sa p’tite flamme intérieure (celle qui nous allume l’intérêt, qui nous stimule l’espoir) est éteinte, c’est difficile.

Je le trouve fort, mon ami.

Il vivait sa vie dans un speed boat alors que maintenant, il tente de ramer sans trop se fatiguer dans une p’tite barque qui vogue tranquillement. Le temps qu’on répare son moteur, qu’on set sa mécanique, qu’on lui donne un peu de gaz.

Et on va se le dire, se laisser voguer, c’est insécurisant. Surtout dans un contexte social où l’on valorise le ramage fucking intense et/ou le moteur vrombissant qui bat des records pis toute.

 

Être en arrêt paraît improductif.

Le « Oh mon Dieu, il me semble que je n’ai rien fait aujourd’hui!!! » devient une pensée persistante. Avec plein de tendresse, je l’ai dit, à mon ami: « Ce n’est pas parce que tu n’es pas dans le “faire” qu’il ne se passe rien ».

 

En tant qu’être humain évolué, on a une dimension plus profonde, qui se joue bien au-delà de nos actes : l’intériorisation, qui nous permet d’être en contact avec les composantes de notre dedans.

Nos pensées, nos émotions, nos sentiments, notre histoire personnelle, nos deuils, notre besoin de cohérence entre ce que l’on désire et ce que l’on actualise…

 

Il y a l’être et il y a le paraître.

 

Intervenir sur le paraître, c’est easy shit.

Un p’tit kit trendy acheté au H&M, une p’tite coupe de cheveux, un beau statut facebook en nous taguant dans un endroit fancy avec 2878 personnes suivi d’une phrase du type « BEST SOIRÉE EVER » et voélà. CONGRATS!

On a l’air de nager en plein bonheur.

 

Intervenir sur l’être, c’est autre chose.

On ne peut pas camoufler notre mal de vivre avec une p’tite jupe de velours pis un chapeau en feutrine H&M. On ne peut pas chopper notre sentiment d’incompétence ni le teindre en blond doré. On ne peut pas taguer notre solitude en écrivant une phrase du type « BEST ÉPISODE DE DÉPRIME EVER ».

 

Mais ça arrive.

La vie peut être plate. La vie peut être rough.

Ça semble moins triomphant de passer à travers cette phase. Alors on la vit en cachette. Par pudeur, mais aussi, parfois, par honte.

 

Mon ami…

Je veux le mettre en lumière ton combat.

Parce que tu n’as pas à avoir honte de prendre un temps d’arrêt.

Tu n’as pas à avoir honte d’être en train de t’épousseter l’intérieur.

 

Je le sais que t’as souvent pensé à tirer la plug.

T’as déjà essayé.

J’étais là. Je suis encore là. Je serai encore là.

 

Tes plaques tectoniques sont en train de se replacer.

C’est long, mais ça bouge.

Tranquillement.

Aie confiance.

Tu es beau.

Tu es fort.

Bientôt, je le sais, tu t’aimeras autant que les gens qui t’entourent t’aiment et tu croiras en toi autant que nous pouvons le faire.

Et on croit en toi truly, madly, deeply.

xxx

 


julie2À propos de l’auteure :
Un jour, une médium a regardé Julie dans les yeux et lui a dit « Toi, t’as 200 ans ». Depuis, sa vie entière a pris un sens. Légèrement décalée et un peu beaucoup démodée, son investissement relationnel fictif de 1996 avec Maxime des Couche-tôt lui a fait vivre sa plus grande peine d’amour. Elle a travaillé au même cégep que Johanne Blouin, voue un culte à Martine St-Clair et entretient la ferme conviction d’être sur terre pour réaliser le sequel de Watatatow.

Photo : Tons of cats

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