L’autre jour, j’étais chez Winners et au moment de payer, la caissière me demande : « Voulez-vous faire un don de 5$ pour les enfants malades? ».

Ça vous est déjà arrivé ce genre de truc? Parce que moi, à chaque fois que ça m’arrive j’éprouve un immense malaise.

Cette fois-là, c’était la même chose. Je ne m’attendais pas à me faire poser cette question.

Et j’ai dit non.

Ou plutôt, j’ai dit « Non, je veux pas donner 5$ à un enfant malade, même si je suis entrain d’acheter 60$ de bébelles que j’ai pas vraiment besoin ».

Et j’ai pas seulement dit ça à la caissière, je l’ai un peu dit à la madame qui attendait pour payer en arrière de moi. Et peut-être à l’autre madame en arrière de la première madame qui attendait elle aussi d’acheter sa Xe paire de jeans et son moule à gâteau en rabais.

Je n’ai pas vraiment dit ça comme ça, mais mon simple non, un peu détaché, un non qui détourne les yeux, un non « coupable », voulait dire ça.

Et là je me suis posé la question. Est-ce que c’est juste moi que ça rend mal à l’aise?

Parce que je suis habituée de me faire demander de l’argent dans la rue pour une cause quelconque. Le cancer, le sida, Greenpeace, la SPCA, les scouts, Opérations Enfants Soleil, les itinérants, les vétérans, Stéphanie qui ramasse de l’argent pour faire un stage en Bolivie (aka, moi, il y a trois ans), bref, name it.

Ils viennent même cogner à ma porte des fois, avec leur grand sourire, leur cartable à la main, et leur long discours pis sacrament, ça me prend tout mon petit change pour leur dire que je suis pas intéressée, parce que j’haïs ça être pas fine avec du monde. Mais la situation est correcte et j’ai rien contre le fait que des organismes demandant de l’argent et c’est aussi normal que certains donnent et d’autres pas.

Mais là, me faire demander si je veux donner de l’argent pour une cause aussi sérieuse que les enfants malades par une caissière qui, de surcroît, est elle-même pas trop à l’aise de demander ça à ses clients, ça me met dans une position inconfortable.

Je suis pas confortable avec le capital de sympathie que tente de s’accaparer la compagnie en démontrant qu’elle redonne dans sa communauté. Ça a des relents trop forts de « responsabilité sociale d’entreprise ».

Mais surtout, je me questionne sur ceux qui donnent finalement. Comment la compagnie peut-elle s’assurer que les gens donnent parce qu’ils en ont envie, qu’ils comprennent bien où ira leur argent?

Parce que dans le fond, ils s’en tapent peut-être des enfants malades – ou des baleines à bosses, ou du tsunami au Japon. Peut-être que tout ce qu’ils veulent c’est de ne pas se faire juger par la caissière, par la madame en arrière, et peut-être l’autre en arrière en disant « non ».

La photo est de Kevin Dooley.

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