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Il y a environ 10 ans (le temps passe vite, 10 ans vraiment? Ben oui 10! Malade, on est vieux, etc.) j’ai lu un livre vraiment bon, écrit par un gars qui s’appelle Matthieu Simard. Matthieu avec deux T. Ceux qui ont lu le livre vont catcher que c’est son running gag personnel, les deux T. Le problème, c’est que j’ai tellement aimé le livre que je l’ai prêté à mes amies… pour un jour finir par le perdre. Alors, ce que je vais vous dire sur le livre, c’est de mémoire. Ce qui est certain c’est que ça s’appelle Échecs amoureux et autres niaiseries. Ce qui est moins certain: le format et le contenu. Me semble que c’est des nouvelles. Me semble qu’il y a une histoire avec un gars qui rêve de conduire une chenille à neige. Tsé, les machines qui déneigent les trottoirs. Ça. Alors, un jour, le gars voit une chenille sans son conducteur et il pense pas trop trop avant d’embarquer dedans. Dans sa tête, c’est malade, il réalise son rêve. Vroum-vroum. Sauf que là, le gars frappe une petite madame. Oups. En tout cas, vous lirez la suite (anyway je m’en rappelle pas).

Tantôt je suis allée prendre une marche jusqu’au dépanneur. Les gros camions étaient en train de déneiger ma rue. Il y avait une chenille sur le trottoir qui fonçait droit vers moi.

…Il s’est rien passé. J’ai fait un petit détour de courtoisie dans la rue, tout était correct. J’ai pensé à Matthieu.

Mais j’ai aussi pensé à quelque chose de fou, une anecdote que j’avais complètement oubliée jusqu’à maintenant. L’anecdote d’hiver la plus incongrue que j’ai jamais vécue. Genre, je devrais raconter ça à des Français, ça se transformerait peut-être en légende urbaine. En tout cas, ça peut pas être pire que de véhiculer l’idée qu’au Canada, il faut tuer des ours pour se rendre à l’école en sécurité.

Donc, voici la légende de la bataille de chenilles. *Lance la poudre dans le feu de Fais-moi peur*

C’est un soir de méga tempête hivernale. Ma collègue de travail et moi, on ne veut pas rentrer tout de suite à la maison après notre shift. Il est passé 21h, alors on décide qu’il est assez tard pour prendre une bière. On travaille dans une friperie, où l’on emprunte souvent des vêtements. Ce soir-là, on se dit que ce serait logique d’emprunter des manteaux et des chapeaux de fourrure. Alors on s’habille et on commence à marcher avec difficulté sur les trottoirs enneigés de la rue Mont-Royal.

On s’arrête à un premier bar. On commence à parler au barman avec un accent russe et à se trouver vraiment drôle (je sais pas, c’est la fourrure et la neige je pense). On commande des shooters de vodka-pickles. Le barman nous trouve bien drôles lui aussi, ça tombe bien. On continue à lui parler en faux-anglais avec un accent faux-russe. Il nous donne les shooters, gratis. NICE. On décide de pousser la joke plus loin en faisant une tournée des bars sur Mont-Royal, tout en restant dans nos personnages de Russes, question de voir combien de gens vont embarquer (lire: combien de shots on va réussir à se faire payer).

On fait deux autres bars, ça va pas pire bien, si on ignore les PETA qui nous crachent dessus à cause des animaux morts sur notre dos. C’correct, nous on a de la vodka et des pickles. On termine notre épopée Chez Baptiste, en essayant d’expliquer à une fille avec des dreads que nos manteaux sont empruntés pour la soirée, qu’elle doit se calmer les nerfs. Ça marche pas super bien, alors on se sauve dehors.

La neige tombe encore, c’est beau dans notre poil de renard/castor/hermine. Le vrombissement des déneigeuses se fait entendre. Je vois une chenille approcher derrière mon amie. C’est drôle, elle zigzague. Pis elle va pas mal vite à part de ça. Tout à coup, le conducteur de la chenille sort sa tête et crie quelque chose. Je me retourne pour voir ce qu’il se passe dans mon dos: une autre chenille approche à toute vitesse. Mon amie et moi, on se regarde et on crie: «COMBAT DE CHENILLES À NEIGE!!!»

Les deux conducteurs sont fous raides, ils crient et ils font des zigzags. On se tasse juste à temps dans l’entrée d’une boutique, les chenilles à deux pouces de nous rouler sur les bottes. Elles font demi-tour, rappliquent en fonçant l’une vers l’autre, il y a des gens saouls sur le trottoirs, c’est comme le mini-chaos sur Mont-Royal, full plus excitant que la vente trottoir. Ça dure un bout, pas trop, tsé, j’imagine qu’ils avaient des trottoirs à déneiger pour vrai, ensuite tout le monde rentre chez eux.

Heureusement, il n’y a eu aucun blessé. Pas de petite madame happée. Mais, je réitère: il y a deux gars de la Ville qui, un soir d’hiver, ont été payés pour faire une bataille de chenilles à neige.

Crédit photo : Archives Montréal

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