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J’écoute toujours les mêmes films. Donne-moi un accès illimité à tous les films de la Terre, c’est sûr et certain que je vais choisir des films que j’ai déjà vus.

J’ai beau me faire des listes de nouveautés à voir, prendre en note des classiques sur IMDB, mettre des mémos dans mon iPhone, un papier sur mon frigidaire… Nope, je veux encore voir les mêmes films.

Je ne suis pas la seule, je le sais que vous aussi, vous avez pleuré devant Bambi plus qu’une fois. Parce que ça part de loin, le fait de toujours revenir à ses classiques. Je me souviens nettement de mes deux locations préférées au club vidéo quand j’étais petite: La Petite Sirène et La Belle et le Clochard. Parlez-moi pas du Jardin secret ou de La Petite Princesse: j’avais les VHS chez nous, parfait pour les écouter à volonté.

Est-ce que par hasard j’aurais voulu louer, je sais pas moi, Retour vers le futur ou bien La Cloche et l’Idiot? Nope. Jamais. (Note: à ce jour je n’ai toujours pas vu Retour vers le futur, ce qui fait habituellement ca-po-ter les gens.) Moi, je voulais juste regarder des chiens manger du spaghetti, je voulais juste faire du ballet dans le salon sur la musique du Jardin secret.

Même en tant qu’adulte semi-réfléchie, quand je regarde les choix sur Netflix, il y a comme une force irrésistible qui me pousse à peser play pour des films que j’ai vus cent fois. Heathers? Ben oui, pourquoi pas, me semble que ça fait longtemps que j’ai pas entendu «Fuck me gently with a chainsaw». Girl Interrupted? Ben, oui, pourquoi pas, me semble que ça fait longtemps que j’ai pas pleuré en gémissant «Angelina Joliiiiie». Requiem for a dream? Ben oui, pourquoi pas, question d’avoir le goût de me rouler en boule pendant trois jours et ne plus jamais sortir de chez moi. Kill Bill? Ben oui, pourquoi pas, faudrait que je pratique ma five point palm exploding heart technique.

Même chose pour les séries. On pourrait penser que d’avoir regardé les mêmes personnages pendant plusieurs épisodes d’une heure m’aurait suffi, mais non. J’ai regardé plus qu’une fois Orange Is The New Black (ben quoi, je me prépare pour l’arrivée de la saison deux, en juin). J’ai regardé plus qu’une fois The L Word, même la maudite saison six (ben quoi, tout à coup que je déménage à L.A.). J’ai presque écouté deux fois les X-Files au complet mais j’ai pogné l’épisode complètement wack avec les chats et je me suis tannée.

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Le pire, c’est que la majorité de mes films ou séries préférés sont des drames. Des histoires tristes. Bon, c’est une préférence personnelle: en général, je n’aime juste pas vraiment les comédies.

De toute façon, ce qu’il y a de spécial avec tes films préférés, c’est que même s’ils sont infiniment tristes (allo, Gia, la dernière fois que je l’ai écouté j’ai dû appeler un centre de crise), ces films-là sont quand même réconfortants.

D’une certaine manière, les phrases familières, les scènes préférées, la petite face que Christina Ricci fait à 1hr26mns dans Mermaids… sont toutes des choses que je préfère à l’inconnu d’un nouveau film, un film que je n’ai jamais vu. Parce que regarder un film que je n’ai jamais vu, ça implique la possibilité d’être déçue. Et on s’entend sans doute pour dire qu’il y a beaucoup plus de mauvais films que de bons films. Ça, c’est un argument non négligeable dans mon processus de choix de film. C’est comme choisir entre un lit de princesse vraiment beau et nouveau, ou ben ton vieux lit avec ta doudou pis ton oreiller un peu défoncé. T’aimes mieux ton lit, parce qu’il est familier et confortable. Ben pour moi, les mots de Seymour dans Ghost World sont plus confortables que n’importe quel dialogue de comédie romantique avec Julia Roberts.

Tantôt, j’ai ressenti une petite culpabilité après avoir pensé «me semble que je regarderais La Pianiste» (un film que j’ai vu cent fois)… Mais je me suis calmée et je me suis donné la permission. C’est correct, La Pianiste, c’est comme mon lit. Un lit qui fait un peu mal, qui est un peu dur, mais j’ai le droit de dormir dans mon lit, bon.

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