Je pense que je suis nostalgique.

Je ne dis pas ça parce que j’ai fait la file pour avoir un SNES classic en espérant ainsi racheter une partie de mon enfance.

Je ne dis pas ça parce que la majorité de ma garde-robe est composée de t-shirts des Power Rangers et de Buffy contre les vampires.

Pas non plus parce que je me suis acheté Jingle All the Way avec Arnold Schwarzenegger en Blu-Ray (c’est important d’avoir la version avec la meilleure qualité d’image pour ce chef-d’oeuvre.)

 

Je sais que je suis nostalgique parce que quand ça va mal dans ma vie, je me réfugie immédiatement dans mes souvenirs.

Je me dis que si je pouvais ouvrir une brèche temporelle dans mon passé, revenir dans ces soirées calmes en famille à écouter Un gars, une fille, ou peut-être revenir à ces après-midi dans la piscine de ma tante à jouer avec mes cousins et cousines, peut-être que je pourrais retrouver le bonheur.

 

Sauf que c’est une pente dangereuse.

On commet tous cette faute à s’imaginer que notre passé est un paradis perdu, ce qui ne fait que rendre le présent plus infernal.

 

Je parlais avec ma blonde, et je lui disais que j’aimerais revenir un enfant pour ne plus être si anxieux. Elle m’a dit vraiment, tu n’étais pas anxieux quand tu étais plus jeune?

 

Bon, ok, il y a eu cette fois où j’ai écouté les films de Chucky et où je n’ai dormi qu’à moitié pendant des jours parce que j’attendais ma mort.

 

Il y a aussi cette fois, après la tuerie de Columbine, où les journaux ont dit que les meurtriers jouaient beaucoup à Doom, et mon père avait dit en blague ”Ouin, on va t’empêcher de jouer au nintendo!”.

 

Il ne m’en fallait pas plus pour être en crise de panique constante pendant une semaine, terrifié à l’idée que j’étais condamné à devenir un meurtrier, parce que je jouais à Super Mario et que c’était la seule issue possible, m’endormant le soir en pleurant, regardant mes mains en leur demandant pourquoi elles allaient me trahir ainsi et tuer des gens à qui je ne voulais pas de mal.

 

C’est quand je me suis mis à pleurer en déjeunant au centre d’achat que mon père m’a demandé ce qui clochait, et quand je lui ai dit : ”Je veux pas tuer personne!”, il a compris qu’on ne pouvait pas me dire grand chose.

 

Mais sinon, je n’étais pas un enfant très anxieux. Bon, ok, j’ai prié tous les soirs de mes 9 ans jusqu’à temps que j’atteigne l’âge adulte parce que j’avais vu une entrevue à l’émission télé de Paul Arcand avec un prête exorciste qui disait que la seule protection c’était de croire à Jésus. Je me suis mis à acheter des Bibles et à repérer les crucifix, au cas où.

 

Peut-être que finalement j’ai toujours été un peu anxieux. Et que c’est plus utile de jeter un regard optimiste vers demain, au lieu de s’imaginer un passé plus heureux qu’il ne l’a jamais été.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

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