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« Appuanaki! Kaualono! Akiki’lua! … Sans vouloir être offensant madame, je trouve que les noms de vos rues ressemblent à des mots que j’inventais à 6 ans quand j’essayais de parler anglais. »

 

Je me suis retrouvé à Hawaii gratuitement.

Pas parce que j’avais gagné un billet dans un pot d’huile de coconut, mais parce que j’avais obtenu un crédit de la part de Delta l’an dernier.

« We are sorry to announce that our flight to Montreal has been overbooked genre, so we need volunteers pour rester coucher at the Days Inn juste à côté là. We will offer un crédit FARAMINEUX en compensation. »
– Employée de l’aéroport de Detroit qui ressemblait à Oprah physiquement ET cadeaux-giving-wise.

 

Bref.

J’avais choisi Hawaii parce que j’aime les États-Unis et parce que ça fonctionnait avec le montant que j’avais reçu.

 

Oui, je déteste la chaleur et la plage, mais dans mes périples précédents j’avais réussi à apprivoiser ces éléments parce qu’en voyage, c’est pas la vraie vie. On est à l’aventure, c’est temporaire, c’est une pièce de théâtre, on s’amuse, on est entre amis…

 

Sauf que c’est ça; j’étais seul.

Mon premier voyage en solo. Deux semaines.

 

Je voulais l’essayer.

Je voulais élargir mes horizons. Sortir de ma coquille. Porter des tenues exotico-nonchalantes. Être libre. Me réparer le cerveau à coups de roadtrips dans des volcans.

Je voulais y aller à 100%.

Je voulais me retrouver sur le bord d’une plage inconnue, à fraterniser avec des voyageurs de tous les coins du monde, feu de Bengale à la main.

Je voulais être Leonardo Dicaprio dans The Beach.

 

Mais c’est pas comme ça que ça s’est passé.

Dans un premier temps, mes ambitions de sac à dos et de Couchsurfing se sont diluées lorsque j’ai réalisé que les hôtes bronzés aux cheveux bouclés cherchaient à héberger exclusivement des chicks suédoises qui like to have fun.

Pas un gros chat de salon mal à l’aise en maillot.

 

Dans un deuxième temps, sur place, dans les auberges de jeunesse, je me suis rendu compte qu’il était difficile de se faire des amis :

– Moi, à la fille seule avec son ordinateur qui me regarde depuis 25 minutes : « Hi! Are you alone? I’m alone too! Would you like to talk? »

– Elle : « No. I’m working. »

– Moi : « J’vas m’tuer. »

 

Tranquillement, de jour en jour, je faisais le deuil de mes attentes.

– Partir à la marche, à la dérive au centre-ville, pas de soucis en gougounes? Non. Tu as maintenant des ampoules aux pieds. Ça fait mal et le sable rentre dedans.

– Se faire bronzer à la plage? Non. Le soleil est trop puissant pour ta peau blanche tel un beigne poudré. Même avec de la 50, te voilà avec un coup de soleil recouvrant 60% de ton corps.

– Dormir? Non. Cette auberge est en réalité un sauna déguisé en dortoir.

– Manger…? Non. Tu croyais avoir un budget de type «Correct / Je vais pouvoir me payer des activités et aller au resto sans trop m’inquiéter», mais en réalité, avec le taux de change gravissime et les frais imprévus, tu as un budget de type «FAMINE».

 

Sans amis et sans argent pour me la jouer jeune startup-riche faisant des activités tropicales en hélicoptère dans un climat brûlant et humide à 95%, j’ai dû me rabattre sur ce que je connaissais de mieux : les centres d’achat, les Subway et les cinémas.

Va au diable, Hawaii. Laisse-moi te montrer à quel point tu me déplais en allant voir le film des Minions à l’air climatisé.

 

Les seuls moments où j’étais paisible étaient quand je lisais un livre, quand je regardais un film ou quand j’étais dans un commerce. (Et aussi quand on m’a dit qu’il n’y avait aucun serpent sur l’île. Pour quelqu’un qui avait écrit «vérifier insectes/reptiles locaux» sur sa liste pré-départ, j’étais satisfait.)

 

J’avais besoin de m’évader d’Hawaii.

J’avais besoin de prendre des vacances de mes vacances.

Hawaii me mettait en pleine face comment j’étais inapte à l’apprécier.

Elle me complexait.

J’étais embarrassé par mon incapacité à profiter de ce voyage.

Je rentrais à l’auberge en me croisant les doigts pour qu’aucun majestueux globe-trotteur australien ne me demande ce que j’avais fait de ma journée et que j’aie à lui répondre: « J’ai été chez Kmart checker les décorations d’Halloween, toi? »

 

Alors non, je n’ai pas fait de surf.

Je n’ai pas été voir de volcan.

Je n’ai pas flatté de tortue.

Mon voyage se raconte en terme de choses que je n’ai pas faites.

 

Il y a eu quelques bons moments. Comme quand je me suis baigné dans une rivière d’eau tellement fraîche que je l’aurais ingérée, pour ensuite en accoucher et en faire mon enfant. (Je vous le dis, cette eau était satisfaisante as fuck.)

Mais malgré mes intentions de départ, je me suis retrouvé dans un entre-deux sans saveur, à mi-chemin entre le confort d’un tout inclus et l’extase de l’aventure.

Un 5,8 sur 10.

 

Je ne sais pas trop quelle est la morale de mon histoire.

J’espère au moins apaiser le cœur des gens qui, comme moi, ont vécu un voyage 5,8 sur 10.

 

Peut-être que je ne suis tout simplement pas un voyageur?

J’veux dire, est-ce qu’un vrai voyageur parcourrait les rues d’Honolulu les yeux vides en murmurant le nom de sa chatte?

 

Quoi qu’il en soit, lors de mon dernier jour, une illumination m’a été servie avec mon repas.

Quelques heures avant mon retour, j’ai mangé un petit bol de poulet orange avec lequel venait un biscuit chinois.

Le message qu’il contenait était criant de vérité.

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Merci, Panda Express.

La prochaine fois j’irai en Alaska.

 


Sam_59À propos de l’auteur :
Samuel Cyr est cofondateur du blogue Les Populaires. Les thèmes qu’il préfère aborder sont les suivants : les beignes, le Jean Coutu, sa chatte Duchesse et le compte Instagram de Rihanna. S’il était un animal, il serait un raton laveur. Et s’il était un vrai adulte, il ne se ferait pas encore tutoyer chez Couche-Tard, ostifi… Suivez-le sur Twitter please.

 

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