Vieux

Si pour certains vieillir est synonyme d’angoisse, tristesse et maison mobile à Miami, j’ai pour ma part toujours affiché une certaine quiétude à ajouter une chandelle de plus sur mon traditionnel gâteau mousse.

Je suis peut-être encore jeune, loin des prostates difformes et de l’envie irrésistible de mettre des bas blancs dans mes sandales à velcro, mais mon idéalisme légèrement niaiseux m’a toujours amené à croire que la sagesse et l’expérience finiraient par compenser le poids des années et de ses déceptions. Qu’anyway, je deviendrais jamais un vrai monsieur avec un haut-de-forme pis des REER.

Que les jokes de pet pis mon amour du Kraft Dinner me suivraient jusqu’à ma mort lointaine.

J’avais espoir. Jusqu’à tout récemment.

Parce que, dites-moi, à quel âge exactement on devient plate ?

Ça va faire maintenant près d’un an que je suis sorti de l’école, que j’ai une job à temps plein pis un char neuf (partez pas en peur, ça reste quand même une Kia). Pis même si j’ai pas encore de REER pis que je continue à triper ironiquement sur Nicolas Cage, j’ai l’impression que je suis en train de devenir le monsieur que j’ai jamais voulu être.

Mon sujet de discussion de l’heure ? Mon esti de rapport d’impôt. C’est pas drôle. Avoir encore une âme, je verserais bien une larme.

En fait, ça m’a sauté au visage quand j’ai dit à mon coloc un peu plus tôt cette semaine à quel point j’avais hâte de recevoir mon T4. Que j’allais enfin pouvoir remplir mes papiers pis compiler mes factures de gaz. Fun stuff. Le greatest hits de Kenny G arrive pas loin derrière.

J’ai dit ça pis soudainement, j’ai comme eu peur. À la façon d’un personnage secondaire de Walking Dead qui se fait mordre par un zombie. Moi, c’était l’âge adulte qui m’arrachait un morceau de biceps avec ses canines effilées. Le quotidien du travailleur qui m’avait peut-être rattrapé. J’étais foutu.

On va se le dire, en fin de compte, ce qui est vraiment angoissant, c’est pas de vieillir, mais bien de t’assagir au point de considérer un souper au Normandin comme ta grosse sortie du mois. C’est rien de collectionner peu à peu les rides quand t’as encore le goût de musher dans un show de punk avec des poils blancs dans ta barbe.

C’est correct d’avoir de grandes responsabilités, parce que si t’inverses la fameuse phrase d’oncle Ben dans le premier Spider-Man, ça veut dire que t’as de grands pouvoirs. Mais moi, tout ce que je veux, c’est de pouvoir mettre mon masque de gars professionnel la semaine tout en restant un peu niaiseux pis puéril les soirs et les week-ends. Je m’en fous de me péter une hanche à 70 ans, tant que c’est à cause d’une descente un peu trop raide en bungee.

Anyway, je dois avouer qu’après toute cette réflexion, mon rapport d’impôt est devenu un peu moins attrayant. Pas nécessairement par déni soudain de mes responsabilités de monsieur, mais bien par crainte de prendre goût à être un jeune adulte sérieux. Pis de délaver encore plus avec le temps.

Est-ce qu’on naît terne et désabusé ou on le devient à force de lire le Reader’s Digest sur les toilettes pendant 30 ans ?

Ça, je suis peut-être mieux de pas le savoir.

Photo : Pacdog

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