Pluie

Colette Provencher l’a prédit sur le canal TVA il y a quelques jours : il fera pas beau de la semaine. En ce mercredi maussade, alors que les nimbostratus se frottent entre eux pour produire ce que les professionnels appellent un « temps de pisse », j’ai décidé de vous offrir une trame sonore adéquate pour passer (ou pas) au travers de votre journée grise.

Je sais pas pour vous, mais si je roule sur la 20 et qu’il mouille à en camoufler toutes les larmes du corps de Mario Pelchat, je veux quelque chose de lourd dans mes haut-parleurs.

Ça fait que, juste pour vous, j’ai épluché ma liste de lecture « mélancolie » et j’y ai cueilli dix titres bien appropriés pour les jours de pluie.

Rope – Attack in Black
Tirée de l’album The Curve of the Earth (2007)

Quoi de mieux qu’un bon café pour démarrer une journée grise du bon pied ? Je vais vous le dire : un doux jeu de fingerpicking accompagné d’un gars qui se pose différentes questions pratiques sur la pendaison. « Where’d you learn to tie that rope man? And is it done the best that you can? » On est loin du romantisme d’un Maxime Landry, mais, en contrepartie, ça donne de beaux sing-along dans l’auto.

Lost Cause – Beck
Tirée de l’album Sea Change (2002)

Bien avant de se faire chier allègrement sur la tête par Kanye West lors des derniers Grammy Awards, Beck Hansen écrivait de la musique triste, pis pas à peu près. Album post-rupture par excellence, Sea Change est doté d’une belle croute d’amertume frite dans l’impuissance et l’abandon de tout espoir. Lost Cause ne fait pas exception à la recette et on le croit notre pauvre petit Beck quand il nous dit qu’il y a rien à faire avec son ex.

Transatlanticism – Death Cab for Cutie
Tirée de l’album Transatlanticism (2003)

7 minutes 55 de feelz, de soupirs et de fixage de vide. Transatlanticism ne tourne pas autour du pot avec ses 12 « I need you so much closer », ses sirènes, ses accords mineurs et son crescendo qui semble durer trois heures en fin de chanson. Un bel hymne pour les relations à distance pis avoir de la peine, tout simplement. Bravo. Clap clap clap.

Dead of Winter – Eels
Tirée de l’album Electro-Shock Blues (1998)

En quelques mois seulement, Mark Oliver Everett, l’homme derrière Eels, perd sa soeur d’un suicide à la suite d’une longue dépression, puis sa mère d’un cancer. Les deux épreuves servent par la suite à la création d’Electro-Shock Blues, un opus infiniment triste qui fait passer n’importe quel breakup album pour une marche tranquille dans un parc de Longueuil. Dead of Winter raconte plus spécifiquement les traitements de radiothérapie de la mère d’Everett. Rien de réjouissant.

Reading in Bed – Emily Haines & The Soft Skeleton
Tiré de l’album Knives Don’t Have Your Back (2006)

Ne vous laissez pas berner par la belle pochette dorée, Emily Haines ne fait pas de reprise de Dancing Queen sur Knives Don’t Have Your Back. La chanteuse de Metric a plutôt bourré son deuxième album solo de piano larmoyant, de tempos lents et de cordes sournoises. Ici, elle lit au lit tout en étant visiblement pas mal down.

Long Goodnight – The Get Up Kids
Tirée de l’album Something to Write Home About (1999)

« De la pluie + les Get Up Kids = une journée parfaite », je suis pas mal certain que c’est le genre de truc qu’on apprend dans des cours avancés de mathématiques. En tout cas, avec Long Goodnight, on reçoit la totale : une intro en fade-in qui semble crier « sera pas long, je m’en viens, c’est pas facile », des guitares et un beat de drum délicicieux, de même qu’un sentiment généralisé de ah, pis de la marde. Si vous passez par Québec, je vous la recommande en roulant sur le boulevard Champlain en bordure du fleuve. C’est un combo gagnant.

Start a War – The National
Tirée de l’album Boxer (2007)

Manquer d’enthousiasme n’a jamais sonné aussi triste, merci Matt Berninger (c’est le chanteur ça). « Whatever went away, I’ll get it over now. I’ll get money, I’ll get funny again », chante-t-il de la façon la moins convaincante possible. Classique The National.

Options – Pedro the Lion
Tirée de l’album Control (2002)

« On s’aime pas tant que ça, mais c’est mieux que rien écoute. » Ajoutez à ça un tempo aussi lent qu’une Ford Fiesta 1989 pognée en deuxième vitesse, un riff de guitare qui mélancole à fond et l’âme complètement scrap de David Bazan, ce roi du sadcore, et vous obtenez la délicieuse Options. Le band peut bien avoir un nom digne d’un film pour enfant. Pffff.

Pierrot the Clown – Placebo
Tirée de l’album Meds (2006)

Je savais que Pierrot feelait pas trop avec son maquillage pseudo-gothique pis toute, mais à ce point-là… Sérieusement, je ne suis pas le plus grand fan de Placebo au monde, mais celle-ci est particulièrement douce.

New Slang – The Shins
Tirée de l’album Oh, Inverted World (2001)

Impossible de faire fausse route avec des grelots et une introduction/conclusion parsemées de « ouuuh-ouuuh-ouuuh ». Ça, James Mercer et le reste des Shins l’ont bien compris. Pour avoir pu écouter New Slang bien tassé à Osheaga sous la pluie battante il y a quelques années, je peux vous le confirmer.

Mention spéciale : le répertoire complet de Yann Tiersen

Scénario de vie parfaite : écouter du Yann Tiersen tout en reniflant une bouche d’aération de sécheuse en été, la bouche pleine d’Häagen-Dazs. Simple, joli, efficace, c’est ma musique instrumentale de choix (avec Chilly Gonzales) pour essayer de survivre les jours de pluie. (Et impressionner sournoisement des gens en jouant au piano la seule pièce que je connais de lui. Voilà, mon secret est brisé.)

 


raph0001À propos de l’auteur :
Journaliste dans la belle région de Québec, mais pas pour TVA, Raphaël est donc un illustre inconnu du grand public. Après de dures journées à appâter la nouvelle, il aime bien manger des aliments à base de gras et de sucre, écrire des chansons à propos de ses ex et prendre des photos de bâtisses. Sa couleur préférée est le vert, mais il trouve ça laid sur des murs. Son appartement est donc blanc. C’est plus épuré, tsé.

Photo : DeShaun Craddock

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