dépendante_affective

Ouais, j’ai officialisé ça dans ma tête depuis peu. C’est quelque chose de ben ben tough à s’avouer.

Être une blonde rushante, ou une amie insécure c’est pas la chose la plus glorieuse de la planète. Pis, je sais pas pourquoi mais, aujourd’hui, dire de quelqu’un qu’il est dépendant affectif, c’est super péjoratif. Personnellement, je préfère dire (lire ici nier) que j’ai trop d’amour à donner.

Mais là où ça devient un problème c’est lorsqu’on souffre démesurément du manque d’amour. Et quand je dis démesurément, c’est genre, se remettre en question parce qu’un gars Tinder que tu connais fuckall te répond pas (histoire vraie).

 

Fait que j’ai décidé d’aller m’asseoir dans un sous-sol d’église avec 12 inconnus.

Ouin, je suis allée dans ce genre de meeting où tout le monde mastiquent leurs galettes gratuites en silence. Ce genre de rencontre n’existe pas juste pour les alcooliques, ça existe aussi pour les alcooliques de l’amour. Ça s’appelle les DAA : les Dépendants Affectifs Anonymes.

J’aurais bien voulu vous dire que c’était juste pour une joke, mais non. Je m’y suis tellement plue que j’y suis retournée. Offre-moi des galettes à volonté pis j’vais être là, man!

 

Oui, c’est exactement comme tu t’imagines, mais en plus malaisant.

Durant les tours de table, je n’ai pas parlé une seule fois. J’étais pétrifiée par la honte et la peur. J’avais l’air de quelqu’un qui vient de devenir végétarien et qui retourne dans un méchouis pour la première fois. J’aurais aimé participer, mais finalement j’ai juste pu regarder en ayant des petites sueurs froides.

 

Alors c’est comme ça, entre Gilles, 55 ans, Laval et Martine, 34 ans, Rosemont que j’ai réalisé que je suis dépendante affective. Allô, fuck ma vie!

 

Parce que oui, ça fuck ma vie.

 

Comme je veux que tout le monde m’aime, je m’arrange pour donner le plus d’attention possible à un max de gens en espérant recevoir des tsunamis d’affection.

Ça marche! L’humain aime parler de lui et se faire écouter.

Fait que je suis la meilleure personne pour te conseiller sur ta dernière rupture entre deux shooters un mercredi soir. À une condition : promets-moi qu’après tu vas avoir besoin de moi, à tout jamais.

Je vais te soigner jusqu’à m’oublier si tu me payes en amour.

 

Quand t’es en constant besoin d’amour, tu penses que plus t’as d’amis que t’es capable de satisfaire, plus tu vas t’aimer toi-même. Pis là, tu penses que ton coeur va devenir un genre de gros Beach Club où il fait soleil à l’année, mais ça marche pas toujours comme ça….

 

Si tu choisis de faire la courte échelle à trop de gens en même temps, ça se peut qu’ils finissent par te péter le dos pis monter sans toi parce que t’es trop blessé.

 

Quand tu choisis tes amis au lieu de toi, tout le temps, tu finis par jamais te choisir et oublier la personne la plus importante au monde : toi-même. C’t’en tête-à-tête avec moi que je me ramasse les vendredis soirs quand tout le monde ont dequoi de prévu pis que personne m’invite.

Moi, pis un peu les chansons tristes de Louis-Jean Cormier. Merci d’être là, mon gars.

 

Être dépendante affective c’est mettre dans tes poches toute l’affection qu’on t’a distribuée dans la journée et la border amoureusement à chaque soir sans jamais vouloir t’en départir.

 

Parmi cette attention-là, il y a celle qui nous réchauffe le coeur ces matins d’automne où on se trouve moche. Celle-là, elle est bonne, garde-la précieusement!

Sinon, y a celle qui est vide, vide comme la rue St-Lau un lundi férié à 5h du matin. Elle, elle est dangereuse. Elle fait mal et te laisse tomber de trop haut sans raison.

 

C’est elle qui me pousse à devenir rapidement dépendante à quelqu’un dont je devrais normalement me crisser. Genre, un gars à qui j’ai parlé juste une fois, et sur qui je fonde des espoirs de maison en campagne pis d’enfants qui courent partout.

 

J’ai déjà fait des pieds et des mains pour aller dormir avec un gars que je connaissais pas tant parce que je trouvais mon lit trop grand ce soir-là.

 

Je suis déjà allée m’asseoir toute seule dans un bar, comme une vieille alcoolique. Je me sentais bien, entourée de ces gens qui avaient comme principale qualité d’être présents.

Trop souvent j’ai noyé ma peine à coups de présence de monde que je ne connaissais pas.

 

Rencontrer quelqu’un, c’est super compliqué quand t’es dépendant, aussi. T’as juste à regarder mes 670 dernières relations pour comprendre que moi et la souffrance on est des best.

 

Souvent, j’ai peur de moi-même. Ça me fait capoter de voir que je peux être aussi intense, et que la plupart du temps, je suis toute seule à l’être de mon côté. Des fois, j’angoisse à l’idée de me faire un nouveau chum ou de faire la connaissance de quelqu’un de le fun de peur de devenir trop rushante.

Je veux pas infliger ça à personne, fait que je fais juste me retirer.

Après, je tough la solitude environ une semaine, je réinstalle Tinder par un froid soir de cuillère avec mon oreiller et je carbure à l’attention très très vide pour un bout.

 

Je rencontre des gars, je pense qu’ils sont les hommes de ma vie parce qu’ils ont une barbe et je deviens accro.

 

Pis évidement, il s’avère ne pas être parfait pantoute. C’est sûr que le fait qu’il réponde pas à mes messages Facebook ne fera pas de lui le père de mes enfants de sitôt.

 

Garde, j’t’e l’donne le truc, si tu veux que je porte tes bébés, réponds à mes wizz. #MSN

 

Pour un dépendant affectif, les médias sociaux sont les meilleurs endroits pour récolter de l’amour presque facilement. Un cellulaire, c’est avoir du love à portée de main, en tout temps. Des amis qui veulent me voir, des gars qui me swipent right, des likes sur Facebook, des followers sur Snapchat (vickgf8, en passant).

 

Merci d’être là tout le monde, je suis tellement bien entourée, mais si tu savais à quel point je me sens seule.

 

Dans mes pires moments de solitude, attendre après un texto ou un like est probablement le pire supplice que je peux endurer.

 

Je regarde mon cellulaire : toujours rien. Fuck, j’ai publié un statut pourtant…

 

Habituellement, c’est à ce moment précis que mon cerveau décroche, il prend ses vacances payées pis y décalisse au Mexique. Moi, je reste là devant un vide inexpliqué en remettant en question ma face, ma personnalité, mes choix.

 

Je recevrais des douches de pouces bleus que mon coeur flotterait quand même autant dans un océan de calme plat.

 

Tout ça est pathétique et malsain, mais je sais que je suis pas toute seule.

 

Si jamais tu te reconnais dans chacun de ces paragraphes, écris-moi. On ira être pathétiques dans un sous-sol d’église ensemble, pis après on ira souper en se regardant dans les yeux et en s’aimant, question d’être correct pour 2-3 jours encore…

 


vickyÀ propos de l’auteure :
Vicky est une fille un peu drôle. Elle aime marcher avec confiance sur des chansons de S Club 7 et s’ennuie du temps où elle passait des heures à éditer son Skyblog avec des quotes emos. Des fois, elle drop des mots-poubelles, genre pas des «sapréstis», et tantôt elle écrit des poèmes avec les mots «fleur» et «anus» dedans. Elle a développé sa créativité en pimpant les nicknames MSN de ses amis. De temps en temps, elle fait des blagues debout sur une scène, rarement assise à cause c’est moins dynamique, hein!

Photo source : ☽louise vance☾

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