baby

Je ne m’en cacherai pas : nous sommes un 10 décembre et j’écoute déjà tout mon répertoire de vieilles chansons de Noël depuis un bon deux semaines.

C’est kitsch, ça griche, ça effraie les jeunes femmes, mais bon, je m’en fous un peu. I’ll Be Home for Christmas est, et restera pour toujours, la pièce la plus triste jamais composée et je ne peux m’en passer.

Voilà, c’est dit.

Sauf que cette année, en m’attardant aux paroles de ma compilation rouge et verte du Rat Pack, j’ai comme eu un malaise.

 

La chanson Baby It’s Cold Outside, vous connaissez?

Enregistrée en 1949 pour la comédie musicale Neptune’s Daughter, elle a été reprise depuis par des dizaines et des dizaines d’artistes, parce que, bon, c’est payant la musique de Noël.

(Sinon, ça ferait longtemps que Michael Bublé serait mort de faim. Excuse-moi, Michael.)

Bref, si ça ne vous dit toujours rien, je vous invite à vous y plonger sans attendre :

 

 

Grosso modo, c’est un duo simili-cute dans lequel l’homme essaie de retenir la femme chez lui parce qu’il fait froid dehors.

Pis la madame veut pas rester.

Pis lui, il insiste.

 

Mais vraiment là.

 

 

Elle : I really can’t stay. (Je peux vraiment pas rester.)

Lui : Baby, it’s cold outside! (Bébé, fait frette dehors!)

 

Elle : My mother will start to worry. (Ma mère va commencer à s’en faire.)

Lui : Beautiful, what’s your hurry? (Ma belle, pourquoi t’es pressée?)

 

Elle : I ought to say no, no, no. (Je dois dire non, non, non.)

Lui : Mind if I move in closer? (Ça te dérange si je me rapproche?)

 

 

Calvaire!

 

Je chantais ça à tue-tête dans mon auto pis, soudainement, j’ai comme eu l’impression d’assister à une tentative de séquestration.

Flabbergasté sur l’autoroute 20, déçu par mon Dean Martin.

 

Peut-être qu’à la fin des années 40, ça semblait politically correct pis toute, mais mettons qu’aujourd’hui, avec une dénonciation croissante de la culture du viol, ça sonne un peu faux.

Pas mal même.

 

Pourquoi est-ce qu’on continue joyeusement de reprendre ce texte année après année? C’est tout de même assez particulier (et, par le fait même, assez décevant).

Peut-être que j’y vois un problème où il n’y a qu’une brisure culturelle entre deux époques. Ce serait un peu rétrograde comme perception, mais c’est peut-être le cas. Je ne suis pas sociologue et je ne prétends pas l’être.

 

Cela dit, je vais quand même m’abstenir de l’inclure sur mon éventuel mix du temps des Fêtes. Parce que finalement, c’est peut-être pas toujours charmant-charmant, la musique de Noël.

De votre côté, vous ferez bien ce que vous voulez.

Mais s’il vous plaît, n’utilisez juste pas le fait qu’il fasse -30 dehors pour garder votre date à coucher.

 

Vous pouvez juste y demander. Y parait que ça fonctionne bien aussi.

 


raph0001À propos de l’auteur :
Journaliste dans la belle région de Québec, mais pas pour TVA, Raphaël est donc un illustre inconnu du grand public. Après de dures journées à appâter la nouvelle, il aime bien manger des aliments à base de gras et de sucre, écrire des chansons à propos de ses ex et prendre des photos de bâtisses. Sa couleur préférée est le vert, mais il trouve ça laid sur des murs. Son appartement est donc blanc. C’est plus épuré, tsé.

Photo tirée de la comédie musicale Neptune’s Daughter (1949)

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