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Je suis pas ce qu’on pourrait appeler « un acheteur compulsif ». Habituellement, mes achats sont justifiables.

 

Je dépense pas mes émotions.

Jamais ça m’est arrivé de me faire aller la carte de crédit en mode YOLO pour me remonter le moral.

Je préfère de loin m’apitoyer sur mon sort; ça coûte moins cher.

 

C’est pas non plus dans mes habitudes de sursauter en regardant mon relevé en ligne.

« Des mags fuchsia à 400$??? Ah oui, ils étaient en spécial… »

Je suis jamais revenu chaudaille d’une soirée entre amis en pensant à ce que j’allais drunk acheter sur le site de La Baie une fois rendu à la maison.

Je me suis surtout jamais masturbé en pensant à la vente de feu de Target.

 

Tout ça pour dire que vous risquez pas de me croiser au quartier DIX30 le jour du Black Friday en train de me battre avec un quinquagénaire pour des tapis sauve-pantalon.

 

Ça m’empêche pas de me gâter de temps à autre en faisant des achats compulsifs, souvent aucunement justifiables.

Et à chaque fois que je m’achète une gogosse quelconque (presque toujours un accessoire au Apple Store), ma conscience réussit la plupart du temps à s’en sortir intacte.

 

Quand je me sens coupable de dépenser sur un truc que je sais consciemment ne pas être essentiel, je réussis à me déculpabiliser pour une raison des fois passable, souvent excessivement tirée par les cheveux.

 

Je m’explique :

Supposons que je m’achète des vêtements.

Habituellement, c’est parce que j’en ai réellement besoin. Dans ce cas-là, c’est assez simple de justifier la facture à ma conscience : ça fait 6 mois que je me suis pas acheté de bobettes; les miennes commencent à être transparentes tellement le tissu est mince. VAS-Y, lâche-toi lousse!

 

Autre situation : Je m’achète un nouveau snowboard.

Débat avec ma conscience, que j’imagine être une juge, plus précisément Anne-France Goldwater :

— Salut, ça va me prendre une bonne argument mon grand.

— Ben, premièrement, c’est ma fête. Deuxièmement, ça fait 15 ans que j’ai le mien. Et troisièmement, je l’ai acheté sur kijiji.

— Ok, c’est beau. See you soon!

 

Pour des situations comme celles-là, pas de trouble, ça passe.

 

Voici des situations plus délicates :

— Ouin, fait que c’est ça. Je viens d’acheter le nouveau iPhone.

— QUOI?!?

— …Ben j’étais dû.

— Tu étais dû? T’avais le dernier modèle! What’s the problem with the one you had?

— Avec le nouveau, tu peux faire des Live Photos.

— DE QUESSÉ ÇA?

— C’est comme une photo, mais que tu gardes ton doigt dessus pis elle s’anime.

— Un vidéo, you mean?

— Non, non, c’est ça. C’est comme un vidéo, mais pas de son, pis au début, c’est une image arrêtée, un vidéo, c’est pas une image arrêtée. Ben… en fait, oui c’est une image arrêtée, mais y a comme un gros bouton Play dans le milieu de l’écran, ça fait pas ben beau…

— YOU GOTTA BE FUCKING KIDDING ME. Va falloir que tu sortes des meilleures argumentations que ça mon beau.

— Pour vrai, ça fait vraiment longtemps que j’ai pas eu de ticket de vitesse… Si j’en avais pogné un ou deux, mettons un à très grande vitesse, c’est une affaire d’au moins 1000$. Je rentre clairement dans mon argent en ayant acheté mon iPhone plutôt que d’avoir pogné la contravention.

— That’s not how it works my dear…

— Je veux voir mon avocat.

— Tu vas m’pousser à boutte là. Ok, bye. I don’t wanna see your face anymore.

— Ah oui, une dernière affaire…

— Quoi…?

— En quittant le magasin, je me suis rappelé que j’étais quand même dû pour un nouveau laptop.

— No… No… Dear God, no…

— Y a rien là. Il m’a juste coûté 2000$.

— You BASTARD…

— Avant que tu finisses de péter ta coche, tu le sais que ça coûte cher des cigarettes…

— C’est quoi la rapport? T’as jamais fumé!

— Justement, pense à tout le cash que j’ai économisé en ne fumant pas.

— …

— Mettons que j’aurais commencé à fumer à 18 ans, ce qui est très tard en passant, et que je passais un paquet par jour, disons des cigarettes cheap de Kahnawake à 6$ pour être fin : 12 ans X 365,25 jours X 5$ = 21 915$! Je suis presque 20 000$ au-dessus de mes affaires.

— GET THE FUCK OUTTA HERE.

 

Je vais attendre un peu avant de lui parler de ma nouvelle rôtissoire.

 


Philippe95À propos de l’auteur :
Philippe Côté-Giguère est un homme simple. Il aime les petits plaisirs de la vie tels que manger un bagel frais, s’endormir au son de la pluie et observer un enfant tomber dans un lieu public. Il n’aime pas manger un bagel sec, s’endormir au son du soleil et circuler dans la voie du milieu simple-double-pas claire du boulevard René-Lévesque. Il est exaspéré par les « reply all » impertinents ainsi que par les gens qui parlent d’eux-mêmes à la 3e personne.

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