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Cette semaine, j’ai osé demander à ma mère comment elle le prendrait si je décidais de devenir travailleuse du sexe. De même, un mardi soir, devant 30 vies.

– Franchement, tu veux pas faire ça pour vrai, Vicky?

 

Je voulais avoir son avis à cause d’une pensée que j’ai eue récemment et qui m’a fait un peu capoter.

 

Mon ami et moi jasions ensemble de Simon, un homme handicapé que nous connaissons. Mon ami exprimait à quel point il trouvait ça triste pour Simon qui, à cause de son handicap, ne doit pas avoir de sexe autant qu’il voudrait.

 

À ça j’ai répondu : «Je le sais, c’est si triste.»

 

Et dans ma tête j’ai pensé que je pourrais très bien faire une fellation à Simon, s’il avait la graine propre et qu’il me payait.

 

À ce moment précis de ma vie, j’ai pensé comme une prostituée, et je me suis sentie coupable.

 

Coupable à cause de toutes ces filles qui sont pimpées, manipulées, droguées.

Coupable à cause de ces fillettes de 14 ans dont on entend parler ces temps-ci dans les médias.

Coupable à cause de toutes ces filles qui font ce job pour les mauvaises raisons et qui ont de la difficulté à s’en sortir.

 

Ensuite, je me suis sentie coupable de m’être sentie coupable, parce que c’est pas vrai que la prostitution n’est que violence et abus.

 

On ne doit pas mettre toutes les putes dans le même panier.

 

Certes, il faut s’occuper de celles qui se prostituent contre leur gré pour quelques raisons qu’il soit, parce que c’est horrible, et ça doit cesser, mais il est important de faire la distinction entre une prostituée libre et indépendante et une fille qui est esclave de son pimp.

 

Parenthèse: je sais que beaucoup de gens ne seront pas d’accord avec ce qui va suivre, et sachez que je n’essaie pas de «relate» avec vous, c’est mon opinion.

 

Je vois la prostitution (indépendante et libre, on se rappelle) comme un service offert au même type qu’une aide aux bénéficiaires.

Pourquoi manger des culs au lieu de les torcher serait moins noble?

 

Pourquoi ces personnes-là sont beaucoup plus valorisées qu’une prostituée qui oui, suce des graines, mais qui des fois suce la graine d’une personne handicapée qui n’aura peut-être jamais de relations sexuelles autrement.

 

Parenthèse #2: si t’es une préposée aux bénéficiaires et que tu capotes un peu que je compare ta job à celle d’une fille de joie, sache que j’aurais pu le faire avec n’importe quel emploi, c’est un exemple. Mais quand même, lorsque je vous écoute parler de votre travail, j’y vois au moins une ressemblance: l’amour des gens.

 

Y’en a des mauvaises journées à l’usine. Des journées où ça te tente pas de te lever, des journées où t’es malade, où les clients te font chier. C’est pas pire ou moins pire quand t’es prostituée.

Y’en a des gens qui n’aiment pas leur emploi et qui y restent parce qu’ils ont besoin d’argent, mais que tu sois une pute ou non, c’est pas la bonne raison pour rester. Décalisse!

 

Ce que je veux dire, c’est que pour quelqu’un qui se sent pas bien, se prostituer est certainement le pire métier du monde, et avec raison.

Mais je te dirais que personnellement, je serais malheureuse en crisse si j’étais comptable.

 

Ça existe des prostituées fortes et maîtres de leurs décisions qui sont capables d’exercer le métier et je crois pas qu’on ait à leur dicter qu’elles doivent avoir honte de le faire, et de bien le faire.

 

Je trouve que certains mouvements féministes abandonnent trop souvent les prostituées.

On dit vouloir défendre le droit des femmes, mais quelques fois, on omet de défendre ces femmes qui ont choisi de faire un métier que peu de gens respectent.

 

Ne criez pas vouloir défendre LES femmes alors que vous ne comptez pas celles qui ne font pas votre affaire dans le même panier.

 

Dans une société où le travail du sexe reste le plus jugé d’entre tous, choisir de se prostituer et être bien avec sa décision est pour moi le plus beau pied de nez qu’on peut faire à tous ceux qui pensent que les femmes c’est nono (what’s up Richard), que les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent ou que les femmes sont moins fortes mentalement.

 

À toutes ces prostituées, qui sont des femmes fortes et accomplies: un sommet que j’aimerais bien atteindre un jour.

 

Il faut protéger nos putes, sortir celles qui ne devraient pas être là et soutenir celles qui veulent être là.

 

Faites attention à ces filles qui font une job qui, des fois, peut être aussi plate que celle d’une préposée aux bénéficiaires.

 

Éduquons les hommes et les clients.

 

Que tu la payes ou non, coucher avec une fille droguée, passed out ou de 14 ans, n’est pas un comportement normal.

 

Et rappelle-toi que si tu es violent, irrespectueux ou si tu possèdes un bat plein de fromage, personne ne devrait fourrer avec toi, même pas une pute.

 


vickyÀ propos de l’auteure :
Vicky est une fille un peu drôle. Elle aime marcher avec confiance sur des chansons de S Club 7 et s’ennuie du temps où elle passait des heures à éditer son Skyblog avec des quotes emos. Des fois, elle drop des mots-poubelles, genre pas des «sapréstis», et tantôt elle écrit des poèmes avec les mots «fleur» et «anus» dedans. Elle a développé sa créativité en pimpant les nicknames MSN de ses amis. De temps en temps, elle fait des blagues debout sur une scène, rarement assise à cause c’est moins dynamique, hein!

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