Untitled-1

J’ai toujours eu des préjugés légèrement défavorables en ce qui a trait aux voyages dans le sud.

Et par légèrement défavorables, je veux dire que je croyais fermement que toutes les personnes qui fréquentaient les hôtels tout inclus étaient des êtres exécrables et qu’ils ne méritaient pas de respirer le même air que les autres humains plus évolués.

 

C’est pas que j’avais jamais essayé.

Une fois, mon ancienne boss avait eu une bulle d’air au cerveau et avait décidé d’emmener tout le bureau à Cuba pour un week-end, en guise de party de Noël.

On avait eu du fun. Beaucoup de fun.

Mais j’avais quand même fini à moitié évanouie dans les toilettes de l’aéroport de Varadero, avec une madame qui tenait une seringue en métal à l’allure pas tant stérilisée et qui insistait pour me faire une injection de Gravol dans une fesse.

C’était pas glamour et le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne m’a pas donné la piqure de l’exotisme, sans mauvais jeu de mots…

 

J’avais juré que le sud ne me reverrait plus la face, ou les fesses.

Mais je me trouvai au printemps face à un dilemme.

En pleine overdose de travail, au bord du burn out depuis des mois, je devais planifier mes seules vacances pour l’année à venir.

J’avais deux choix : piler sur mon orgueil et partir dans un endroit où aucune de mes fonctions motrices et intellectuelles ne seraient sollicitées, ou MOURIR. Dites que j’exagère si vous voulez mais vous êtes super de mauvaise foi.

 

Mes voyages habituels ne sont jamais très reposants.

Je finis toujours en Europe à faire la fête à tous les soirs et le temps de le dire je me ramasse avec du monde que je connais pas, dans un party de maison, à faire du Chatroulette en chest avec un lapin dans les bras (que celui à qui c’est jamais arrivé me lance la première pierre).

 

Toujours est-il qu’un beau jour, après avoir engueulé une caissière de chez La Baie plus violemment qu’à l’habitude, j’appelai une agente de voyage et la suppliai de me sauver la vie.

Mes critères pour mon voyage quétaine : pas Cuba (à cause des cicatrices émotionnelles), pas de vieux/vieilles qui se pavanent avec des mineur(e)s dans ma face, pas d’applaudissements quand l’avion atterrit, et pas de jardinier avec une crisse de grosse machette dans les mains qui me suit jusqu’à ma chambre en me disant qu’il veut juste « m’apprendre à danser ».

 

Elle m’a suggéré Roatan, au Honduras.

J’ai tapé ça dans Google Images et je lui ai donné mon numéro de carte de crédit comme si j’étais Bill fucking Gates. YOLO esti !

 

J’ai convaincu une amie d’abandonner son bébé pendant une semaine pour venir avec moi. Après la bouteille de mousseux dans l’avion, elle se rappelait même plus qu’elle avait déjà été enceinte.

Ce serait un bon voyage. Je le sentais.

 

En arrivant à l’aéroport de Roatan, une des G.O. de l’hôtel nous attendait avec des bracelets de différentes couleurs. Je lui ai demandé si elle en avait avec l’étoile de David tant qu’à faire, parce que ça me donnait des flashbacks de deuxième guerre. Puis je me suis rappelée que je n’étais pas juive, que j’avais juste 29 ans et que j’avais vraiment besoin de relaxer/boire de l’alcool.

 

Difficile à croire, mais le resort était encore plus beau que sur les photos dans Google Images.

Cabanas, plage privée, végétation luxuriante.

C’était comme être au paradis, mais en mieux parce que Mère Teresa pis Gandhi étaient pas là pour faire chier et nous dire d’arrêter de boire et de pas rire de l’Italienne octogénaire qui essayait de dry hump tous les G.O. aussitôt que le party pognait, ou de l’Américain qui a décidé de chanter du Radiohead à la soirée karaoké pour gâcher les vacances de tout le monde.

 

Le premier soir, j’ai appris à danser la Bachata avec un des G.O.

TRÈS MAUVAISE IDÉE.

First, parce que ça se danse tellement collés que j’ai dû faire un test de grossesse après, juste pour être sûre, et aussi parce que deux semaines plus tard, il m’envoie encore des messages sur WhatsApp.

Je sais que j’aurais pas dû lui donner mon numéro, mais apparemment ma technique de rejet habituelle : « No hablo francés », fonctionne pas tant dans les pays hispanophones.

 

Le lendemain, on a assisté à la réunion plate où on nous recommande de faire attention aux puces de sable et aux drinks à l’eau de coco parce que ça active le système digestif sur un méchant temps.

Quand la madame a présenté les excursions en dehors du resort, on a décidé qu’on voulait TOUTES les faire. Finalement, on a opté pour un voyage d’une journée sur le continent (prendre un avion 18 places pour aller se promener dans le trou du cul d’un pays où c’est chill de tirer sur quelqu’un pour prendre son téléphone, on aurait été folles de laisser passer ça) et un tour de l’île de Roatan.

 

Au final, le tour de l’île s’est avéré plus dangereux que le voyage sur le continent.

Pendant la visite d’une réserve faunique, j’ai été victime d’une attaque par un singe capucin sanguinaire, qui m’a mordu le bras parce que j’ai essayé de l’empêcher d’ouvrir mon sac à dos.

J’ai vu ma vie défiler devant mes yeux (beaucoup trop de Netflix et vraiment pas assez de cours d’autodéfense contre les attaques de singes), mais j’ai réussi à repousser la vicieuse créature dans son élan meurtrier, parce que je voulais vivre. Vivre pour apprendre à danser la bachata comme du monde et peut-être même enfin regarder Usual Suspects (DITES MOI PAS LA FIN).

 

Le singe qui a perpétré cette attaque vicieuse. Je ne me rappelle plus c’est lequel des deux. Pas pour être raciste mais les singes se ressemblent tous un peu.

Le singe qui a perpétré cette attaque vicieuse. Je ne me rappelle plus c’est lequel des deux. Pas pour être raciste, mais les singes se ressemblent tous un peu.

Après quelques jours, j’ai réalisé que le truc pour apprécier un tout inclus, c’est d’en sortir le plus souvent possible.

Parce que si tu restes trop longtemps à l’intérieur, tu te mets à connaître les noms et l’historique de santé de tout le monde.

Tu commences à tripper sur la musique latine, et même sur les gars clairement beaucoup trop jeunes pour toi qui sont en vacances AVEC LEURS PARENTS.

C’est comme le syndrome de Stockholm mais dans un décor plus attrayant que la cave d’un pervers autrichien.

 

Donc le voyage fut une réussite. J’ai évité le burn out et j’ai appris que j’avais eu tort de mettre tous les tout inclus dans le même panier.

J’ai aussi appris que les capucins sont des gros enfoirés, qu’il n’y a aucune façon élégante de descendre d’un hamac, et que c’est OK de frencher un gars beaucoup trop jeune pour toi, tant que tu le dis à personne après.

 

DAMN !

 


11759579_10152841431120378_1464747468_nÀ propos de l’auteure :
Iris a quitté le ghetto sur-privilégié de Tremblant quand son rêve de vivre de son groupe de punk féminin s’est éteint. Maintenant costumière, on pense que sa job est glamour, mais ses principales tâches sont de sentir les aisselles de chemises des comédiens, manger dans son char et s’engueuler avec les caissières chez La Baie. Elle apprécie le tricot, le whisky et faire des blagues vulgaires à des inconnus. Incapable de mentir, ne lui demandez jamais si votre pantalon vous fait un gros cul, surtout si vous avez un gros cul.

D'autres beaux textes à lire aussi...