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Faites-vous partie de ces gens qui ont toujours une phrase magique de cachée dans une manche pour un ami en peine d’amour, un ami que ça marche jamais ses affaires de coeur, un ami qui cherche trop la personne de sa vie ou un ami pathétique qui sort à tous les soirs pis qui se fait tout le temps rejeter?

Genre: c’est quand on cherche le moins qu’on trouve, sois plus ouvert, arrête de mettre de l’énergie là-dedans ou ma préférée aime-toi toi-même tout seul avant d’aimer quelqu’un d’autre?

 

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Si oui, je te demanderais d’arrêter.

Prends ton ami dans tes bras, dis-lui que tu comprends, que c’est vrai que c’est plate en tabarnane, pis laisse-le te raconter son dernier échec humiliant en braillant. Parce que la dernière affaire que cette personne-là a le goût d’entendre, c’est que c’est de sa faute si ça marche pas.

Ça l’est peut-être, on s’entend.

Mais t’as juste à regarder un peu autour de toi si t’es moyennement jeune, si t’as un entourage le moindrement libéré des conventions judéo-chrétiennes et si t’es branché à l’internet, qu’on a aussi un problème de société pas pire au niveau des relations amoureuses stables et conventionnelles.

Ça te rend peut-être content de te dire qu’aujourd’hui, on se marie plus pour la vie même si on s’aime plus, qu’on choisit son bonheur à tous les jours, et t’as raison.

Mais tu trouves pas ça triste aussi des fois, de penser qu’on est même plus capables de faire des plans pour demain matin et les tenir, et qu’en chokant tout le temps, on arrive plus vraiment à se connaître nous et connaître les autres surtout?

Que c’est cool maintenant, mais qu’à trente-huit ans, quand tu vas moins pogner, quand tes oeufs seront moins performants pis que t’auras pas encore trouvé quelqu’un qui va te donner le goût qu’il soit encore là quand tu vas te réveiller, ça va être dur de fabriquer une famille avec qui tu vas vieillir longtemps, en santé, en faisant autre chose qu’écouter des Netflix ou sortir au Sporting Club – qui, laisse-moi te dire un secret, existera sûrement plus parce que tes chums de brosse vont avoir arrêté d’y aller éventuellement – ?

 

On arrête pas de dire que le couple c’est plus important, qu’y faut apprendre à faire sa vie tout seul, habiter tout seul manger tout seul voyager tout seul. Les amis c’est mieux. La carrière. Les projets.

C’est beau à vingt-cinq trente trente-cinq ans.

C’est beau tout le temps dans le fond, oui.

Mais as-tu déjà vu à quoi ça ressemble la vie d’une personne de soixante-quinze ans toute seule au monde?

Sinon, t’as jamais travaillé dans le snack-bar le plus crade de la ville à servir la même affaire à la même heure à la même personne à chaque jour trois fois par jour, parce que c’est l’unique chose à laquelle cette personne peut se rattacher dans la vie.

T’as pas déjà projeté que, si tu gardes rien de durable maintenant, ça s’améliorera sûrement pas avec l’âge? Que les gens vont se ranger, s’en aller, changer? Et que toi tu risques d’être TOUT SEUL à la fin dans ton bateau de liberté?

 

Je suis peut-être épaisse de rêver de me commettre, de m’engager, de faire des compromis, des projets qui non, peut-être, me tenteront plus tant en temps et lieu, mais les faire quand même.

Et au bout du compte avoir l’impression d’avoir appris, d’avoir fait des efforts, d’avoir choisi quelqu’un pour le meilleur et pour le pire et d’avoir accompagné, d’avoir été accompagnée, d’avoir formé une équipe dans le temps et l’espace.

Je trouve ça beau moi, une table pour deux, un lit pour deux, un appartement pour deux, un voyage pour deux.

Parce que contons-nous pas de menteries, dans le fond on cherche tous quelque chose qui ressemble à l’amour/le sexe/la tendresse. C’est dans nos gènes comme la faim la soif ou le sommeil, et on est tous encore un peu des animaux sauvages qui veulent trouver un sens à leur vie.

Irais-tu dire à un orignal d’arrêter de courir après les femelles comme un gros con en période de rut. Irais-tu dire à un loup ou un l’éléphant qui pleure son amour disparu qu’y est juste dépendant affectif, insécure pis pathétique.

BON.

 

Pardonnons-nous donc d’y penser souvent, de se laisser marcher sur les pieds des fois, de pas tout le temps être sur la coche de la confiance ou du contrôle.

Le sentiment amoureux, ça se retrouve pas à tous les coins de rue, c’est correct de faire quelques efforts, quelques compromis, de se battre et de pleurer pour que ça marche.

Pis si ça marche pas, c’est correct aussi de partir le chercher ailleurs de notre mieux, même si on est un peu essoufflé au bout du compte.

Ok?

Moi je crois à ça.

 


StefB_95À propos de l’auteure :
On l’appelle “la moitié des soeurs Boulay” mais elle est aussi une personne entière. Sa carrière a débuté à dix ans dans un C.B. de pickup à chanter “My Heart Will Go On” pour des truckers qui voulaient pas l’entendre. Sinon, elle écrivait pour personne des histoires de mermaids en se faisant brailler elle-même. Elle perd toujours aux jeux: de cartes, de sports, de société et tente encore d’apprendre à avoir le dessus sur son utérus en lisant des livres tels que Conversations avec Dieu, Les clés du lâcher prise et le Elle Québec.

Photo : janepaludanus

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