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Cet article contient des trucs malaisants, quelques exagérations mais à peine, et du sang.

 

Je suis du genre, fragile.

Aux affaires à la vie. Pis aux produits.

Du genre que quand je prends deux Robaxacet, je ris pis je pleure en même temps pendant une heure. Du genre que quand je prends un Advil Rhume & Sinus (jour), j’ai des grosses pupilles pis je veux casser des affaires.

Aussi, un jour, une diseuse de bonne aventure m’a dit de ne jamais prendre de drogues fortes sinon j’allais mourir.

 

Je la crois.

 

Faut que je fasse attention à tout ce que je mets dans mon corps. Je supporte pas l’alcool et deux cafés, ça me fait disjoncter. Faque je me soigne aux produits naturels.

 

Mais de nos jours, y faut payer très cher quand on est une fille pour pouvoir faire l’amour.

Pendant des années, j’ai pas pris de contraceptif parce que j’en avais pas vraiment besoin.

Mais quand j’ai eu un amoureux, j’ai voulu me rapprocher de lui pour de vrai, faque je me suis fait poser un stérilet en cuivre (je suis contre les hormones depuis que toutes mes amies qui en prennent ont doublé de brassière, de quantité de poils, et ont pus jamais envie de faire l’amour).

Pire erreur.

Pendant huit mois, j’ai saigné et j’ai eu mal au ventre vingt jours sur trente, j’ai expulsé tellement de sang que ça m’a épuisée et j’ai eu des si gros SPM que mon médecin m’a prescrit des antidépresseurs (auxquels j’ai tellement mal réagi que j’ai passé proche d’appeler l’ambulance, c’est sûr).

 

Faque j’ai voulu changer le stérilet en cuivre pour un en hormones, qui fait moins saigner (les médecins disent que de cette façon-là, les hormones pénètrent à peine le système, pis que c’est donc ben léger et confortable j’espère ça coûte trois cent cinquante piasses).

Je l’ai refilé à un organisme de charité avant qu’on me le mette (sans joke), quand mon amie m’a avertie que ça lui avait donné une vraiment forte envie de s’enlever la vie.

 

Je me suis résignée : y fallait que j’essaie la pilule.

Mon médecin m’a prescrit Lolo en me rassurant qu’elle était toute douce, gentille, et en plus elle porte le nom d’une de mes amies.

Je l’ai donc accueillie dans mon corps.

 

Le premier mois, ça allait. J’étais pas totalement moi-même mais au moins j’étais pas un monstre prémenstruel, au moins j’avais encore envie de faire de la sexualité, aussi je pleurais souvent mais je pleure souvent anyways. J’étais bien, j’avais pas mal au ventre à me rouler à terre. J’avais mal aux seins, j’avais pris cinq livres, mais c’était rien, j’étais capable d’en prendre.

 

Pis j’ai eu mes règles – deux gouttes pis deux jours à peu près -.  Je capotais de bonheur, c’était la révolution.

 

Mais j’ai commencé ma deuxième plaquette.

 

La deuxième journée, j’ai fait une migraine avec aura. Quand tu fais ça, tu perds un peu la vue pendant une demie heure pis t’as tellement mal à la tête après que tu vomis des fois.

J’en faisais déjà, pas souvent, trois ou quatre fois par année.

J’ai fait dodo, j’ai médité, c’était pas grave, je sais comment diminuer la douleur maintenant, avec la pratique.

 

Le lendemain, je me suis réveillée pis j’étais triste. Je savais pas pourquoi. J’avais juste le coeur gros pis je me sentais pas d’énergie.

J’me suis dit que ça allait passer.

J’avais la peau sèche, comme un serpent qui plume vraiment beaucoup.

J’ai mis de la crème. Pis plus tard, fuck, j’ai fait une autre migraine.

J’ai pleuré, j’ai fait une crise, je disais que j’me sentais comme de la marde, que j’étais pas belle, que c’était pas beau en dedans de moi.

J’avais aucune idée de c’qui était en train de se passer, mais quelque chose avait pris le contrôle de mon corps pis de ma tête.

 

Cette nuit-là, j’ai presque pas dormi de la nuit, pis je me suis réveillée super tôt le lendemain.

J’étais encore triste, plus triste, j’étais pleine de peine pis d’insécurités. Je voulais être toute seule. Pis j’ai fait une troisième migraine.

 

La nuit suivante, j’ai pas dormi vraiment non plus. Je me suis réveillée huit fois toute en sueurs avec le coeur qui battait fort.

Après, ça a dégénéré. Le moindre bruit me faisait sursauter, j’avais peur, j’avais des tremblements, j’imaginais que ma maison s’écroulait. Pis j’étais plus triste que triste, j’avais des idées noires.

J’ai fait une quatrième migraine. Pis j’ai finalement décidé d’appeler mon infirmière pour essayer de comprendre pourquoi j’étais rendue ben folle.

 

– ARRÊTE IMMÉDIATEMENT CETTE PILULE TU ES INTOLÉRANTE À L’OESTROGÈNE.
– OK, quelles sont mes options?
– Le stérilet en cuivre.
– Sinon?
– Tu risques l’ACV.

 

Pour vrai, je capote quand je pense qu’y a sûrement des milliers de femmes dans le monde qui souffrent sans faire le lien. Qui se font crisser là par leur chum. Qui meurent de peine ou d’un caillot.

On n’a aucune alternative qui a du bon sens pour pas fabriquer des bébés, c’est trop cruel.

Je sais que je suis plus moumoune que toi, mais sur mes dix amies de filles, y en a pas une qui est OK avec son utérus.

Pis là je viens même d’apprendre que les surplus d’oestrogènes seraient peut-être responsables de cancers du sein, de l’utérus, pis qu’y a plein de ces affaires-là dans le lait, le soya et la viande, en plus de la maudite pilule.

Please, le monde, épargnez-nous au moins un peu.

 

Je réclame une société égalitaire où les hommes pourront partager avec nous le fardeau de la contraception. Merci.

 


StefB_95À propos de l’auteure :
On l’appelle “la moitié des soeurs Boulay” mais elle est aussi une personne entière. Sa carrière a débuté à dix ans dans un C.B. de pickup à chanter “My Heart Will Go On” pour des truckers qui voulaient pas l’entendre. Sinon, elle écrivait pour personne des histoires de mermaids en se faisant brailler elle-même. Elle perd toujours aux jeux: de cartes, de sports, de société et tente encore d’apprendre à avoir le dessus sur son utérus en lisant des livres tels que Conversations avec Dieu, Les clés du lâcher prise et le Elle Québec.

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