jogging08

(Il faudrait préalablement lire J’aurais voulu être sportive, partie une.)

Je suis revenue en phase deux: je cours. (AH AH SAMUEL). Dans ma tête, je suis devenue une athlète. Je dirais même que je cours en peaufinant mon style. J’ai aussi commencé à écouter le tennis à la télé pis j’ai une obsession pour Eugénie Bouchard, genre ça m’intéresse de savoir avec qui elle sort pis toute. La semaine passée, j’ai fait un bon temps, pis en finissant j’ai copié un de ses moves de victoire même si personne me regardait.

(Non c’est pas vrai j’ai pas fait un bon temps.)

Je cours, j’écoute Beyoncé, je m’imagine que je danse vraiment ben pis je souris en même temps. Je cours pis ma couette se balance de gauche à droite, j’essaie que le mouvement soit fluide.

Quand j’étais à la polyvalente Antoine-Bernard de Carleton, on avait une course à la fin de chaque année, trois kilomètres en secondaire trois, quatre en quatre, bla bla. C’était mon cauchemar. Pas juste la journée de la course, toute l’année ostifi, y’avait une noirceur dans mon coeur qui ne s’en allait jamais. J’avais jamais couru longtemps de ma vie, j’étais la dernière choisie dans les équipes en éducation physique même si j’étais pas rejet, le seul panier que j’avais fait au basket c’était pour l’autre équipe (ma mère avait applaudi), dans ma famille on mangeait des Jos Louis pour dessert, etc.

Mes amies étaient à moitié toutes vouées à s’en aller dans le Rouge et Or quand y seraient grandes.

Ça me rendait tellement orgueilleuse que je marchais presque tout le long pis je finissais avec vingt minutes de plus que les autres. Je m’inventais que j’étais SPM ou de quoi. Pis on en reparlait pus jamais de honte. Une fois par année. Pendant trois ans.

(Ça me gêne vraiment de raconter ça…)

Mais là je cours. J’ai commencé en pensant que je pourrais pas faire un kilomètre. J’en ai fait trois. Pis là avant-hier j’ai fait mon premier dix. L’album de Beyoncé, pour une fois, y était pas assez long pis j’ai découvert la toune XO que j’avais jamais entendue parce que je m’étais jamais rendue là. J’ai même eu le temps de la remettre deux fois.

(Non, j’ai toujours pas fait un bon temps.)

En revenant dans ma chambre, je me suis regardée dans le miroir de haut en bas pis j’avais encore les mêmes sacramant de cuisses. Pareilles pareilles comme avant. La même cellulite, le même petit mou en arrière. Je me suis pesée pis j’avais encore le même sacramant de poids. Pis j’ai eu envie de brailler. Après ça j’en ai parlé avec mes amis sportifs pis y m’ont toutes dit:

Ben là!!! Juste courir ça change rien à ta shape, faut aussi que tu fasses des squats, pis des fentes, pis des push-ups, pis des redressements assis, de la musculation pis du yoga!!!

Ostie.

 


stefb01À propos de l’auteure :
On l’appelle “la moitié des soeurs Boulay” mais elle est aussi une personne entière. Sa carrière a débuté à dix ans dans un C.B. de pickup à chanter “My Heart Will Go On” pour des truckers qui voulaient pas l’entendre. Sinon, elle écrivait pour personne des histoires de mermaids en se faisant brailler elle-même. Elle perd toujours aux jeux: de cartes, de sports, de société et tente encore d’apprendre à avoir le dessus sur son utérus en lisant des livres tels que Conversations avec Dieu, Les clés du lâcher prise et le Elle Québec.

Photo : FBellon

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