Smartnomination

Question facile. Jusqu’à maintenant, avez-vous été smartnominé ? Pour ma part, j’ai à ce jour échappé à la vague. Pis ben franchement, ça fait mon affaire.

J’écris ça pis je passe pour un individualiste fini, mais à vrai dire, je m’en fous un peu. Parce qu’on va se le dire tout de suite, selon les standards de charité et d’amour inconditionnel de son prochain, je suis un gros plein de marde. Je suis un monstre.

J’aime pas les téléthons.

J’aime pas Payez au suivant, autant le film avec le petit gars qui est devenu laid que l’émission de Chantal Lacroix qui porte presque le même nom.

J’aime pas Luck Mervil.

J’aime pas qu’on cogne dans ma vitre de char pour me demander mon petit change.

J’aime pas Si fragile.

Et plus récemment, j’aime pas les smartnominations.

Je sais. Remettez-moi tout de suite le prix Nobel du pire humain au monde. Je vais l’accepter pis mettre dans mes remerciements tout le monde pas smatte que j’ai côtoyé dans ma vie. Anyway, pour le commun des mortels, je fais probablement maintenant partie de cette gang-là.

C’est plate à dire, mais personnellement, j’ai jamais été à l’aise avec l’idée de me faire tordre un bras. Autant quand j’étais un piètre judoka boutonneux de douze ans qu’aujourd’hui quand un bénévole me regarde croche après que j’aie refusé de mettre de l’argent dans sa cruche à dons.

Le fameux jugement social quand tu donnes pas, il est lourd celui-là. Est-ce que c’est encore possible en 2014 de choisir ses causes ? Est-ce que c’est encore possible de pas toujours avoir un 2 $ prêt à donner sur soi ? Je sais pas.

Ça arrive qu’il te reste juste un 2 pour 1 chez McDo pis un vieux condom passé date dans ton portefeuille. Ça arrive aussi que tu viennes de donner 50 $ à ta soeur qui s’est faite raser pour Leucan pis que tu te dises que, cette fois-ci, tu vas passer ton tour pour les amputés de guerre. Ça veut pas dire que t’es le fils de Satan non plus.

Pour revenir aux fameuses smartnominations, un ami a récemment comparé ça aux chaînes de lettres du début des années 2000 et, honnêtement, j’ai pas trouvé ça fou.

Vous vous souvenez ? Le genre de spam que si tu brisais la chaîne, on te disait que t’allais jamais rencontrer l’amour de ta vie ou ben que t’allais te faire poignarder par le fantôme d’une célébrité, genre Barberousse ou Joe Dassin. Aujourd’hui, le concept s’est raffiné, mais ça reste assez similaire. Si mettons ça te tente pas de te filmer en train de magasiner du linge chez Winners pour un sans-abri, tu deviens vraiment plate pis égoïste.

Documente ta gentillesse ou crève. Ça ferait un beau titre de film.

Pourtant, ma remise en question des smartnominations n’est pas très compliquée à comprendre. Comme plusieurs, j’aime juste pas qu’on me dise quoi faire. Charité ou pas. Ça a beau sonner comme le titre d’une chanson d’Anik Jean, mais c’est ça pareil.

Pas besoin de pression sociale pour adopter un chat de la SPCA ou pousser le char d’un inconnu pogné dans la gadoue. Juste le thrill d’être un peu altruiste de temps en temps, c’est bien en masse.

(Je profite également de l’occasion pour avertir tous ceux qui comptent me nominer dans les prochains jours. C’est pas une bonne idée. Je vais juste rien faire pis smartnominer à mon tour le Pape, Charmander pis Normand Brathwaite. Faites pas comme si vous étiez pas au courant.)

Photo : Metropolitain Regional Arts Council

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