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La préadolescence. La gangrène de l’évolution du genre humain. Cette période floue entre dix et treize ans, où tu perds tous tes repères parce que t’es pus assez cute pour rentrer dans la catégorie “enfant”, fait que t’as pus d’attention pis d’amour gratis.

Quand ta meilleure tactique pour avoir du style c’est de t’acheter le même linge que la fille la plus cool de ton année. Quand t’écoutes du Simple Plan pis que tu te dis que Pierre Bouvier c’est le seul être qui pourrait te comprendre (si seulement tu pouvais le rencontrer, il verrait à quel point vous êtes pareils !).

Quand tu penses que t’es rendue assez cute pour que les amis de ton grand frère te trouvent de leur goût, mais que dans le fond, t’as jamais été pis tu seras jamais aussi laitte pis pathétique (r’garde, y’en a pas d’exception, même Simba avait l’air loser a c’t’âge-là). Bref, quand tout ton univers tourne autour du désir profond et inconditionnel d’avoir l’air cool pis spécial. L’apogée du wanna-bisme humain.

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Au bout d’une myriade d’échecs sociaux, tu finis par presque te faire à l’idée que t’es peut-être pas si spéciale que ça finalement…

Là-dessus arrive un espoir. Cet espoir-là, c’est Harry Potter. Ce jeune garçon turbo-loser et uber-ordinaire qui du jour au lendemain découvre que non seulement il est un sorcier – ce dont franchement, on se serait tous contentés – mais qu’il avait un destin exceptionnel de tracé avant même de manger son premier Chocogrenouille. Pis là, ton inconscient juvénile te susurre à l’oreille que ça pourrait t’arriver à toi aussi. Oui oui, à toi.

J.K. Rowling, a y’a pensé à son affaire. Elle voulait qu’on s’identifie à son héros. Pis ça a marché. Avant de t’endormir tu te fais des films dans ta tête où un géant aux yeux de scarabée et au visage hirsute vient t’apprendre que tes parents biologiques ont été assassinés brutalement par un mage maléfique pis que toi, tu es la Survivante. L’Élue. La SPÉCIALE.

Tu désespères d’entrer au Chaudron Baveur pis que la femme qui fume une pipe pis qui boit du xérès arrête de tirer sa pipe en te voyant arriver, pis que tous les clients du bar, avec leurs grands yeux de respect pis d’admiration, veuillent te serrer la main. Pis tu te dis que toi aussi, tu irais à Gryffondor pour ton courage et ton grand cœur, que toi aussi, tu virevolterais avec autant de grâce qu’une Vélane sur ton Nimbus 2000, que toi aussi, t’affronterais sans broncher les chiens à trois têtes, acromentules, détraqueurs, magyars à pointe, inferi, cadavres en décomposition de ce monde, avec humilité et altruisme à part de ça. Mais dans le fond, comme t’es en grande partie animée par le désir profond d’avoir de l’attention pis d’être cool, unique pis admirée, t’aurais sûrement fini à Serpentard à lécher le bas de la robe de Malefoy en te disant que le gel qu’il a dans les cheveux lui donne un air badass.

Mais t’as beau rêver tant que tu veux, elle arrive jamais ta maudite lettre où y’est censé avoir l’adresse de ta chambre écrite à l’encre vert émeraude sur du papier parchemin.

Pis au bout du compte, ta seule façon de te sentir un peu spéciale là-dedans, c’est de décréter que tu es incontestablement LA plus grande fan de Harry Potter du monde entier. Fait que tu te mets à avoir des comportements un peu autistes, comme d’inventer des recettes de jus de citrouille pis de bièraubeurre, de négocier avec tes amis – clairement moins fans que toi – l’exclusivité des personnages qui te troupinouchent les ovaires (r’garde, Sirius Black y’est à moi, OKAY?), de faire un répertoire de tous les personnages d’Harry Potter, depuis Florian Fortarôme jusqu’à Hannah Abbot, d’apprendre à lire l’anglais pour pouvoir lire le sixième opus avant tous tes camarades néophytes, de compter le nombre de H dans chacune des pages, chapitres, tomes de Harry Potter parce que tu connais tellement les livres par cœur que la lecture en est devenue monotone…

Pis vers l’âge de 14 ans, tu te rends à l’évidence. Non seulement t’es clairement une fucking Moldue, mais en plus, tout le monde partage ton obsession. T’es sûrement l’adolescente la moins spéciale du monde. Pis là tu tombes de haut. T’es désillusionnée. Amère. Aigrie. Ça fait mal. T’es encore plus loser qu’avant.

Tu boudes J.K. Rowling pis tu te trouves une nouvelle obsession.

« Chaque génération, il y a une élue. Seule elle devra affronter les vampires, les démons, et les forces de l’ombre. Elle s’appelle Buffy. »

Giles, j’attends encore ton coup de téléphone…

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