Au début c’était en Gaspésie. Ça coûtait juste 10$ pis ma coiffeuse s’appelait Nathalie. C’était simple, c’était normal, c’était ben correct. J’avais juste à dire « Comme d’habitude » quand j’arrivais. Des fois y’avait des silences pis j’entendais son ventre gargouiller pis j’avais envie de rire. Des fois on riait ensemble aussi. Nathalie me faisait penser à Céline Dion. Rien de moins.

Après ça c’était sur le campus de l’ULaval. Ça c’était bof. Des fois j’pognais des coiffeuses qui trouvaient ça spécial que j’voulais qu’ce soit « Plus long sur le dessus… Non, plus long. Plus. » Bless their hearts. Mais anyway ça c’était l’époque où y donnaient des bandanas quand t’achetais une paire de jeans dans la section street-skate-moderne/Volcom chez Simons. Une fois j’ai porté un bandana mauve autour de mon cou pour aller à l’université. Ouais. Amuse-toi avec cette image mentale.

Après ça c’était ici à Montréal. J’me disais que j’allais enfin trouver des endroits nice pour me faire couper les cheveux pis que j’allais ressembler à Ryan Gosling en sortant de d’là. J’ai été sur la rue St-Laurent dans un studio trendy. Ça coûtait 40$ pis c’était compliqué. Y fallait que je deale avec la question suivante à chaque fois: « Est-ce qu’on vous sert quelque chose à boire? » … Pffff… Euhh ben peut-être je sais pas… Mais est-ce que vous allez m’le charger? J’ai jamais su parce que j’avais trop peur pis je répondais toujours: « Un verre d’eau s’il vous plaît. »

Le massage pis le shampoing c’était spécial aussi mais au moins j’étais pas mal sûr que ça venait avec le prix. Pas trop de stress de ce côté-là.

Mon coiffeur était un peu excentrique. Y s’appelait Mike pis y me disait toujours comment j’avais un beau cheveu. Merci.

J’lui disais qu’avant j’me faisais couper les cheveux chez Nathalie pis que ça coûtait juste 10$. Y’était un peu bitch pis y me répondait que « Ouais ben ça devait ressembler à 10$ aussi…! »

P’têt bin.

Lui y me faisait des coupes spéciales avec un toupet pas mal long. C’est l’époque de ma vie où je me suis le plus fait comparer à Xavier Dolan. C’est tout ce que ça prenait.

Pour entretenir ma coupe de star par exemple y fallait que je mette de la pommade dans mes cheveux. Ça j’suis pas capable. Premièrement j’suis vraiment poche pis c’était jamais aussi beau que quand c’était Mike qui le faisait. Mais aussi j’suis juste pas capable d’endurer d’la pommade dans mes cheveux. Aussi matte et légère soit-elle. J’ai chaud au cuir chevelu moi. Les pores de ma tête peuvent pas respirer quand y’a quoi que ce soit d’appliqué sur mon cheveu. Ça pis mes poignets, y’a rien à faire avec ça. J’peux pas porter de montre j’ai juste envie d’me l’arracher tu comprends-tu? « IT’S GETTING HOT IN HERE, SO TAKE OFF ALL YOUR MONTRES », se disent mes poignets.

Après ça j’ai décidé que ça allait faire les 40$ chez le coiffeur pis j’ai downgradé. J’ai été sur la rue Parc où y’avait une pancarte qui disait « Homme 15$ ». Si tu fais le calcul, c’est 5$ de plus que chez Nathalie, mais en tout cas, c’pas grave.

C’est un monsieur anglophone qui me coupe les cheveux. Il met la radio pis il chante toutes les chansons par coeur. Justin Bieber, Taylor Swift, Selena Gomez. Il les connaît toutes. Pis après il les dénigre. « It’s all the same thing, all the songs are the same these days, it’s incredible. » Pis moi je dis « Yeah. »

Je suis presque certain que je suis son seul client. J’ai jamais vu personne d’autre là. Genre si le narrateur de ma vie disait quelque chose comme « ~ Samuel ne se doutait pas que son coiffeur était en fait un fantôme. Ce salon de coiffure était fermé depuis maintenant 20 ans. ~ », j’trouverais ça logique.

Mais non c’est pas vrai. L’autre fois je l’ai vu interagir avec d’autres personnes. Y’a une madame qui est entrée pis y’a dit « Sorry, no women. » Pis après ça y’a une autre madame qui est entrée avec son petit garçon, pis y’a dit « Sorry, no kids. » J’me sentais fucking privilégié.

La semaine passée j’ai voulu y retourner mais c’était fermé. Y’était sûrement parti faire quelque chose d’illégal pour trouver de l’argent dans le but de soutenir son commerce vide et discriminatoire.

Ça fait que j’ai descendu Parc jusqu’à ce que je voie une pancarte qui disait « Homme 17$ ». C’était des dames soit russes, polonaises ou roumaines qui tenaient ce salon-là. Celle à l’entrée m’a pointé une chaise où m’asseoir. La coiffeuse était pas vraiment expérimentée j’pense parce que ça y’a pris une heure pour me couper les cheveux. Elle était pas bonne pis ses mains étaient remplies de mes cheveux collés dessus. Elle utilisait d’la poudre à bébé pour enlever les cheveux sur ma nuque. La poudre sentait la chiasse comme si le pot avait pas été ouvert depuis 1988.

Sans trop le savoir, elle était en train de me coiffer pareil comme sur ma photo de classe des années 90. Elle plaçait mon toupet pareil pareil pis elle voulait mettre du gel dedans. J’avais vraiment chaud. C’en était assez. J’ai décrissé de d’là.

C’est la fois où j’ai passé le plus proche de me raser la tête en revenant de chez la coiffeuse. J’étais à veille à veille là. J’te l’dis. Mais je l’ai pas fait. J’suis sûr que j’ai pas une belle forme de crâne anyway.

Crédit photo: jasonawhite