S’habiller… Quand on est jeune, c’est un maudit bon moyen de montrer qu’on est différent de nos parents, mais absolument identique à nos camarades de classe. Comme je suis natif de la Gaspésie, ma rébellion à moi s’est passée dans les allées de L’Aubainerie (nous, on appelait ça Croteau), dans les pages du catalogue Sears (nous, on appelait juste ça le catalogue) et au centre d’achats de Campbellton (nous, on appelait ça la grande ville).

Il fut un temps où ma mère était ma styliste personnelle. Elle payait DONC elle décidait ce que j’allais porter. Ça a pris fin le jour où j’étais en 4e année et qu’elle m’avait acheté un coton ouaté des Looney Tunes. Franchement! Je suis ben qu’trop vieux pour ça maintenant! J’ai donc entrepris de magasiner moi-même… En continuant de regarder les Looney Tunes la fin de semaine.

Ce qui était ben important, c’était qu’on voit bien la marque du pantalon-chandail-chemise-casquette-chaussures-salopette-gant-t-shirt-tuque-bonnet-bas-veste-bottes que je portais. Comme ça, si le vêtement était laid, les gens diraient : « Hein, pas grave… C’est quand même du FUBU!!!! » Je veux dire, même LL Cool J porte ça du FUBU. Le gars a pris le soin de mettre « cool » dans son nom, c’est nécessairement parce qu’il est cool!

J’ai d’ailleurs regretté la fois où j’ai acheté un vêtement d’une marque que je ne connaissais pas et dont j’aimais le logo. Je l’ai pris au Mail Sugarloaf de Campbellton. Pour moi, jeune Gaspésien, c’était une place de choix pour le shopping parce qu’il y avait un Zellers ET un Canadian Tire dans le centre d’achats. LES DEUX!!! Les gens de Campbellton savaient définitivement comment magasiner. Malgré tout, je me suis quand même fait avoir et j’ai appris en arrivant à l’école que le logo que j’aimais tant n’était pas qu’un simple logo, mais plutôt le symbole anarchiste… Ai-je besoin de vous rappeler que je regardais les Looney Tunes le samedi matin…

Dès lors, je m’en suis tenu aux vêtements qui avaient fait leurs preuves… Coton ouaté gris chiné, pantalon à snaps, running shoes qui étaient munis d’une pompe, bracelet à slap, t-shirts Humeur Design sur lesquels se trouvaient des blagues ben drôles comme Je suis de mauvais poils! avec comme dessin un chien très poilu, sac à dos Lavoie, veste d’hiver Bad Bones… Bref, que des vêtements qu’on retrouve encore de nos jours.

Mais parce que tout ce beau linge-là coûtait une fortune, je magasinais aussi à L’Aubainerie. Ce qui était hallucinant avec L’Aubainerie de l’époque, c’est à quel point c’était difficile de trouver des vêtements straights. Par exemple, t’avais une paire de jeans ben correcte, mais ils ajoutaient toujours une maudite couture pas rapport en plein milieu du pantalon. C’est comme s’il y avait un gars dans la chaîne de création qui se disait « Comment je pourrais ben faire pour scrapper c’pantalon-là?!? » Même chose avec les chandails… Tu pouvais avoir un t-shirt qui aurait tout gagné à être uni, mais il y avait toujours un imprimé bâtard qui ne veut rien dire du genre Surf Paradise 79 avec des palmiers ou Denim King avec une couronne. Maudit! J’aurais aimé qu’il y ait plus de place pour des gens comme moi qui ne voulaient pas être des Denim Kings, mais juste porter un t-shirt. Par contre, en sauvant de l’argent sur des vêtements comme ça, je pouvais m’acheter un slammer vraiment beau pour mes Pogs  ou un peu de nourriture (pour mon Tamagochi, évidemment)…

Le but n’était pas de partir de mode comme Kevin dans Les années coup de coeur (non, il n’a pas parti de mode, je voulais juste parler des Années coup de coeur). On voulait juste faire partie d’un groupe qui nous ressemble. C’est encore vrai aujourd’hui. Quand je regarde des groupes de jeunes, je me dis que simplement par leurs vêtements, je pourrais deviner qui est ami avec qui. En ce sens, les vêtements sont aussi une manière de communiquer ou pour reprendre une expression de l’époque… For Us By Us!

La photo est tirée de la page Flickr de rutlo.

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