Plus je vais voir des shows, plus je réalise que j’haïs ça.

En fait, la dernière fois que j’ai vraiment été excitée par l’idée, j’étais en 4e année, j’étais au Colisée de Rimouski et je chantais à tue-tête Get Down en symbiose avec Nick Carter.

Mais avec les années, ma fibre de groupie hystérique s’est déteinte. Aujourd’hui, quand je suis dans une salle remplie de monde, que mon corps veut fendre en deux parce que ça fait 4h que je suis debout, tout ce à quoi je rêve, c’est qu’un grand lit king avec extra oreillers apparaisse dans la place.

Il serait juste pour moi et je pourrais m’y vautrer pour boire de l’alcool et crier YEAAAHHHHH!!! au moment opportun, comme lorsqu’il y a des effets pyrotechniques sur scène, du air guitar ou lorsque Wayne Coyne des Flaming Lips marche sur la foule dans une bulle en plastique. J’aurais même le droit de l’accompagner en « bed surfing ». On deviendrait bff et il pourrait me présenter à Kei$ha. Ça serait FOU.

Mais on jase là, est-ce que je suis la seule à me sentir comme ça dans un show? Parce que j’ai l’impression qu’à chaque fois que quelqu’un me convainc d’acheter un billet pour aller voir « tel band, vient donc, ça va être malade!!! », je ressors de là en me disant « Pu jamais ». Et ce n’est pas tant à cause de la musique, mais du niveau d’inconfort qui me terrasse à la fin de l’expérience.

Parce que c’est pas mal tout le temps le même pattern qui se reproduit:

18h30 – On est vraiment pressé. Sur le billet ça dit que le show commence à 20h. Mais collectivement, on se dit qu’il faut arriver au moins une heure à l’avance pour être le plus proche de la scène « pour vraiment sentir la vibe et être proche du band ». Tout ça, même si on sait pertinemment que ça ne commencera pas avant 21h30, après la première partie. De toute façon, c’est qui la première partie?

18h35 – On fait la file dehors avec 200 autres personnes. Il fait frette. La ruelle où on se trouve pue la marde et y’a des déchets humides partout autour de nous. Ça avance pas et j’ai une goutte d’eau qui tombe continuellement sur ma tête parce qu’on est juste en dessous d’un balcon d’un appart louche (sérieux, qui habite là?!).

19h – On rentre finalement dans la place. L’entrée est minuscule et un gars nous fait un signe du menton qui veut dire « sort ton billet qu’on t’étampe la main ». À chaque fois, je regarde l’étampe et je me dis : « Avoir su, je l’aurais acheté au Dollarama pis j’aurais pu rentrer gratis ».

19h30 – Il n’y a pas encore trop de monde, mais on dirait que tout le monde est habillé pareil. Les filles ont l’air d’avoir 10 ans de moins que moi. Elles ont des cheveux longs avec des headbands pis des Converse. J’ai l’air d’une matante avec mon linge de bureau 9 à 5. Je vais me chercher une bière pour oublier que je suis rendue vieille, pis que les shows, c’est peut-être pu pour moi.

20h00 – Après une demi-heure d’attente pour ma bière, je tente de retourner à ma place initiale. Malheur, la place est maintenant bondée et les gens me dévisagent quand je passe devant eux et que je leur sert l’excuse « J’vais retrouver mes amis…».

20h15 – Je retrouve enfin mon clan. Du haut de mes 5pi2, je ne vois plus vraiment la scène et on est tellement entassé que les longs cheveux de la fille avec un headband en avant de moi me colle aux narines à chaque inspiration.

20h30 – La première partie commence. Au moins, on dirait que je suis pas la seule à pas savoir c’est qui. La moitié de la salle continue de parler. J’ai déjà fini ma bière et je sais pas quoi faire avec. J’opte pour l’échapper subtilement par terre.

21h40 – Le band arrive sur la scène. Les gens dansent. Y’a un gars déchaîné à ma droite qui est beaucoup trop dans sa bulle (et dans la mienne). Je me concentre sur les effets lumineux et les projections vidéos qui sont quand même impressionnantes. Pis un moment donné, je reconnais deux ou trois tounes que j’aime. Je sors de ma torpeur et fais quelques « wouhou » de circonstance.

23h – C’est fini. Le groupe quitte la scène. Mes jambes sont en compote. Les gens hurlent, applaudissent, font vrombir leur désir de revoir les musiciens le temps de deux autres chansons. À ce stade-là, j’ai surtout envie d’hurler qu’on en veut pas de rappel. Mais évidemment, y’a un rappel. Je prie pour que mon lit se matérialise.

Quand tout ça est terminé, que les gens retombent sur terre et que les lumières s’allument, je jette un coup d’oeil à la scène désertée et je me dis que dans le fond, la meilleure place où être dans un show, c’est là, sur la scène, derrière un micro, une guit’, une basse, name it.

Et avant de partir, j’achète le CD, question de l’écouter et de rêver chez nous, dans mon lit.

Photo par Kmeron.

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