Moi je suis une fille vraiment fine pis toute. En général.

Sauf une fois. La fois où j’suis tombée sur Olivier Lavigne. C’est pas vraiment ça son nom, c’est parce qu’il faut rester professionnel dans le monde du blog.

J’étais dans un party de sous-sol pis je venais de me chipper une molaire en tentant d’ouvrir une bouteille de Smirnoff aux pommes vertes. 2004 style.

Olivier est arrivé avec un hotdog, hotdog que la mère du gars qui faisait le party lui avait donné. Le genre de mère qui portait du linge de chez GARAGE.

Y m’a dit que lui y’aimait ça avec une tranche de fromage Kraft dedans. J’ai toujours détesté le fromage Kraft, du fromage de pauvre, mais à cet instant précis, j’en aurais mangé pour le reste de ma vie.

Olivier c’était un gars trois ans plus vieux que moi. Y jouait au hockey avec mon frère. Quand je le voyais passer, une toune de Savage Garden jouait automatiquement dans ma tête. Tu sais pas c’est qui Savage Garden? Revois tes priorités.

Après ce party là je l’ai pu jamais revu, sauf les fois où j’allais me planter à l’aréna comme une dinde. Une grosse dinde invisible.

Trois ans plus tard, j’ai dix-sept ans, je me trouve hot. J’ai des mèches blondes. Ou rouges. Des fois les deux. Mon apparence est tout ce à quoi j’accorde de l’importance, probablement à défaut d’avoir une personnalité de marde.

Personne n’avait semblé m’impressionner jusqu’au jour où, dans la classe de géographie, un grand bum était entré et s’était installé dans le fond de la classe : Olivier Lavigne.

Silencieux, beau, inatteignable. Le genre de gars indifférent à tout ce qui l’entoure…ce fut le sentiment inverse qui se développa chez moi à son égard.

Y’était à un cheveu de décrocher, il prenait ce cours parce qu’il lui manquait un crédit pour avoir son diplôme d’études secondaires. Le genre de gars que j’avais l’habitude de dénigrer, mais là, j’étais trop occupée à avoir mes premières pulsions sexuelles.

Après le cours, je suis allée me présenter parce que j’avais trop de confiance.

-Allo Olivier.

-T’es la fille qui fait de l’impro?

-Oui…

-Tu dois être drôle. Conte moi une joke.

-Euh…c’est une fois un crocodile qui dit à un chien : Salut sac à puces! Pis le chien lui répond : Salut sac à mains!

T’sais quand ta répartie décide de s’enfuir sans t’en parler : La seule chose qui m’est venue en tête, c’est une joke du livre Histoires drôles. Tu sais pas c’est quoi les livres Histoires drôles? T’as les priorités à bonne place.

Ce fut notre dernière conversation à vie pis y s’est moqué de moi le reste de la session. Y s’est pas vraiment moqué de moi mais il m’a ignorée. C’est pire.

Pour le projet final dans le cours, on devait faire une carte topographique. Fallait tracer un énorme grillage sur une feuille quadrillée. C’était long comme travail. Moi, j’avais pas commencé, je passais mon temps à fixer Olivier Lavigne avec des yeux de hyène.

Un soir que j’avais une rencontre du conseil des élèves : j’étais la présidente de l’école, on m’avait élue par crainte. Je m’étais faufilée dans le local de géo, j’avais pris la carte d’Olivier, très réussie, pis là, j’avais effacé son nom pour y mettre le mien à la place.

Le lendemain, quand vint le temps de poursuivre le devoir, tout le monde avait sa carte sauf Olivier : son travail manquait à l’appel.

«Ben oui mais monsieur je l’ai faite le travail! C’est pas des jokes, fuck, man, pour une fois que je l’ai vraiment faite!»

Mais Olivier, garçon turbulent à la réputation de délinquant sans scrupules, ne put convaincre le professeur.

Il abandonna le cours et n’obtint pas son diplôme. Par ma faute. Il travaille depuis au Tim Hortons sur la maine à Hawkesbury et sa blonde est enceinte de leur troisième bébé. Je me sens toujours un peu mal quand je vais me pogner une boite de dix Timbits au miel.

À part ça, j’suis une fille vraiment fine pis toute.