
J’ai choké, je l’avoue. J’y ai pensé longtemps, j’ai reviré la question dans tous les sens. Qu’est-ce que tu veux : j‘ai de la misère à prendre des décisions. Je pèse le pour et le contre pendant des heures et finalement je choisis l’inaction. Rester chez moi. D’un côté, c’est sûr que ça me tente de voir du monde, boire un verre, danser si la musique est satisfaisante. D’un autre côté, j’ai pas envie d’affronter les gens, dire des banalités, sortir dehors. Moins je sors et moins j’ai envie de sortir. Moins je sors et moins j’ai de choses à dire aux gens. Expliquer en 5 minutes ‘ce que je fais ces temps-ci?’ Ça me tente moyen, mettons. Tsé, je vis des choses, je découvre des nouveaux intérêts, des affaires qui s’expliquent pas en criant par dessus la musique. Je deviens vieille. J’ai envie d’avoir des vraies conversations, pas juste de commenter les outfits au dessus d’un drink à l’eau qui coûte 7$.
Pour chaque bar j’ai un souvenir, ma ville c’est mon terrain de jeu. Ça commence par ‘te souviens-tu d’la fois…’ ou encore ‘y’a pas de compteur sur les bouteilles de fort dans ce bar là!’ Ça continue comme ça au fur et à mesure qu’on monte St-Laurent, qu’on traverse Mont-Royal. Ça devient plus flou si on parle des afters : j’ai un répertoire à moitié effacé de lofts sales, d’apparts d’inconnus soudainement amicaux quand sonne 3 heures du matin. J’ai des flashbacks de ride de taxi-van, de coins de rues traversés avec un dude dans le coffre du char, d’escaliers montés sans souliers. J’ai perdu des clés, des cartes, des porte-feuilles. J’ai caché de l’alcool dans des cans de liqueur, dans des flasques, dans des bouteilles d’eau, dans ma sacoche grosse comme une poche de hockey.
Pis là toi, tu me demandes comment ça j’étais pas là hier. Écoute, c’est pas que j’ai oublié. C’est pas que j’y ai pas pensé. J’ai eu le temps de m’habiller, me changer, me maquiller, aller au dépanneur chercher une bière, tester la bière voir si j’ai envie de boire, me coiffer, me re-changer. J’ai checké l’heure des bus. J’ai joué une game de Bubble Mania sur mon iPhone. Oups, y’était rendu tard.
Quoi, tu dis que j’ai couru après? Que j’ai pas ben de la volonté? Check, quand je pense à toutes mes sorties, à la ville qui soir après soir se saoule, à chaque génération qui prend la relève du party, ça me donne le droit de choker. JE me donne amplement le droit de choker.

1 commentaire
Sylvie says:
9 Feb 2013
Je te comprend, plus on vieillis, plus on est bien dans son petit confort douillet. Le samedi soir, ce n’est plus Saturday Night Fever, mais un petit souper pépère avec mon mec, on écoute En direct de l’univers, on écoute un p’tit film et puis voilà, on est rendu dimanche, et le travail le lundi et c’a recommence…