Des fois, j’ai des fixations sur des trucs qui pourraient peut-être inquiéter mon psy, s’il était du genre à s’inquiéter.

Y’a déjà plein de choses importantes qui me préoccupent beaucoup, dans la vie, comme la justice, l’égalité, les cups à café en styrofoam. Mais y’a aussi des choses qui devraient pas me préoccuper, mettons, qui me préoccupent.

 

Comme ces temps-ci, je suis inquiète pour Rihanna.

Je sais que ça a pas de bon sens.

Mais j’ai peur que Rihanna trouve pas l’amour véritable.

 

Des fois, le soir dans mon lit, je m’imagine que je suis Rihanna pis je me demande comment je ferais pour dater si j’étais elle.

ATTENDS.

Je veux dire, oui elle peut avoir n’importe, N’IMPORTE quel gars sur n’importe quel continent, mais pour rencontrer quelqu’un qui lui plaît vraiment, quelqu’un qui va l’aimer pour les bonnes raisons et prendre soin d’elle quand elle a la gastro, elle fait comment, pour vrai?

 

Elle peut pas se mettre sur Tinder.

Elle peut pas aller prendre un verre à l’improviste à la taverne au coin de sa rue.

Elle peut pas aller au cinéma toute seule, pour laisser toutes les possibilités ouvertes.

Elle peut pas aller au musée, au restaurant, à un cours de cuisine portugaise.

Pis même si elle peut le faire, à cause de ses gardes du corps mettons, pis même si y’a un gars qui veut lui parler, pour lui dire qu’il la trouve intrigante, pour lui demander si elle vient souvent ici, comment tu veux qu’il réussisse à se rendre à elle?

 

J’y pense pis ça m’angoisse. Rihanna, avec qui ça sort?

Ça sort pas avec un laitier, avec un gérant de magasin de linge, avec un ressortissant pas gagnant de La Voix certain.

Pas parce que ce sont de mauvais métiers, non, mais c’est juste qu’elle est comme trop big, tout le monde veut lui parler, pas parce qu’elle a une bonne vibe, juste parce qu’elle est Rihanna.

 

Ça lui prend quelqu’un de déjà bien placé, quelqu’un que ça va pas impressionner qu’elle soit Rihanna, quelqu’un qui va avoir le droit de lui parler s’il la croise dans un cocktail dinatoire, pas quelqu’un qui va juste la gosser parce qu’il veut un contrat ou un autographe – comme je le ferais sûrement moi-même si je la voyais en vrai.

 

Pourquoi vous pensez que les stars sortent juste avec des stars?

N’importe qui d’autre qu’une star qui essaie de faire du small talk avec une star va se faire revirer de bord poliment (ou pas) en trois secondes. (Et dater une personnalité publique, pour vrai, tu souhaites pas ça à personne. Pire espèce d’humain, à part quelques exceptions. Obsédé par sa carrière, jamais à la maison, jamais satisfait de rien, pas très stable, toujours en train de se regarder, toujours besoin d’attention et incapable de penser à autre chose qu’à lui-même).

C’est pour ça que les stars qui sortent ensemble se chicanent tout le temps: elles ne connaissent pas le concept de don de soi ou de compromis.

Ça leur prendrait juste quelqu’un de ben fin, de compréhensif, quelqu’un qui a pas besoin d’être le roi de quelque chose pour être safe. Pourquoi je sais ça? Parce que je suis exactement de même, pis je suis même pas encore une star, imagine.

 

Ça m’amène à me souvenir de ma seule blind date Tinder que j’ai eue de toute ma vie. Si je dis blind, c’est bel et bien parce que j’avais pas mis de photo de moi sur mon profil, j’avais beaucoup trop honte voyons. J’ai déjà reçu des screenshots Tinder de monde pas mal plus hasbeen que moi de mes amis qui riaient d’eux. Ça me tentait pas que ça arrive pour moi avec quelqu’un d’aussi méchant et moqueur que mes amis pis moi.

Bref, la date, c’était désastreux.

Le gars a compris que j’étais dans un projet de musique trop vite, pis même si je suis pas Rihanna, y’a rien que ça qui l’intéressait à partir de là. J’étais-tu belle, laide, conne, vierge, axée sur la religion, il s’en sacrait. Il voulait juste savoir comment le bébé à Marie-Mai s’appellerait pis avec qui Étienne Drapeau avait couché, en plus d’être zéro intéressant, parce que: qui accepte d’aller à une date avec quelqu’un qu’il a jamais vu même pas en photo.

J’avais juste envie de retourner en position fœtale dans les bras de mes ex-artistes-stars fucking égocentriques, même ceux qui arrêtaient pas de nier mon existence live on TV.

 

C’est tannant, parce que quand je sors, les seuls deux-trois inconnus qui viennent me parler, c’est du monde qui veulent une photo avec moi pour leur nièce de huit ans.

C’est fin, mais c’est pas ça qui te garde au chaud la nuit.

D’ailleurs, j’ai déjà demandé à un gars que je connaissais semi, saoule dans un bar, pourquoi aucun homme m’approchait jamais; s’il pensait que ça avait rapport avec le fait que j’étais pas assez belle pour quelqu’un qui sait pas que je fais de la musique, mais trop intimidante pour quelqu’un qui sait que j’en fais.

 

Je me souviens plus ce qu’il a répondu, mais je sais que j’avais honte après, parce que je trouvais ma question narcissique pis j’avais raison.

 

Mais bref, Rihanna, je veux juste que tu saches que moi, ici au Québec, du haut de ma non-célébrité semi-populaire, j’imagine ce que ça doit être pour toi et j’ai mal.

Je pense fort à toi (et à moi aussi, un tout petit peu) xx

Stéphanie

 


StefB_95À propos de l’auteure :
On l’appelle “la moitié des soeurs Boulay” mais elle est aussi une personne entière. Sa carrière a débuté à dix ans dans un C.B. de pickup à chanter “My Heart Will Go On” pour des truckers qui voulaient pas l’entendre. Sinon, elle écrivait pour personne des histoires de mermaids en se faisant brailler elle-même. Elle perd toujours aux jeux: de cartes, de sports, de société et tente encore d’apprendre à avoir le dessus sur son utérus en lisant des livres tels que Conversations avec Dieu, Les clés du lâcher prise et le Elle Québec.

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