«Outrage porn : find something mildly offensive, broadcast it to a wide audience, generate outrage, then, broadcast that outrage back across the population in a way that outrages yet another part of the population.»

Ryan Holiday (cité par Mark Manson, dans The Subtle Art of Not Giving a Fuck)

 

Ouff. Gros automne, hein guys ?

 

Rien pour maintenir une santé mentale optimale, hein ? Tout pour avoir envie de disparaître dans une grande cape d’invisibilité, ou une volute de fumée. (Le mot volute, c’est rare qu’on s’en sert. Je fais juste dire ça.)

 

Ces dernières suggestions ne sont malheureusement pas pour les Moldus.

Le vrai monde, face à l’actualité de septembre à décembre 2016, a oscillé entre déni et envie de crisser le feu dans une poubelle. (Ça sert à rien mais c’est tellement badass.)

 

On se fera pas de cachettes : l’automne politique nous a downé un peu … non ?

À part Marie-Michèle, la fille beaucoup trop de bonne humeur qui lit pas le journal mais fait des vraiment bons cupcakes, l’humain moyen en a eu plein sa calotte.

Je sais pas pour vous, mais moi, j’étais constamment à broil … à chaque fois que mes yeux croisaient une mauvaise nouvelle … les fondues parmesanes ont cramé, 10-4 over, mission abort.

 

(Une chance qu’on peut faire des métaphores de fondues parmesanes et de cupcakes. Il nous restera toujours ben ça.)

 

J’ai cru remarquer que c’est quand tu es dans cet état-là … de plaie ouverte suintante … que tu ne fais plus que voir les affaires plates.

‘Heille, pis le prix de la viande en plus … ç’a pas de sain bon sang … pis comble de la marde … mon chat a vomi dans le portique. Ma vie est un enfer.’

 

Avec les rebondissements de l’automne, j’ai observé dans mon entourage le grand retour de personnages pas du tout heureux, j’ai nommé nos adolescents dépressifs intérieurs.

 

Ces êtres douteux – grandes victimes de la vie aux prises avec un manque d’assurance aussi vaste que le champ de boutons d’acné qui leur fleurit dans le dos – sont de retour dans nos vies.

 

Tiens, le mien … appelons-le Karl.

Je suis une fille, mais j’aime à penser que mon dark side s’appelle Karl pis qu’il fume trop de bats, fait des petits fuck you aux automobilistes stressés et écrit des poèmes sombres pas trop bons mais-que-lui-pense-que-c’est-bon.

Bref, c’est moi à 14 ans plus un pénis : il écoute de la musique à deux pouces du système de son, en braillant … et tout peut éveiller sa sensibilité : le regard étrange d’une fille de secondaire 5 (A M’HAÏT PIS J’Y AI RIEN FAITE) … les enfants du Tiers-Monde (Y MEURENT PIS Y’ONT RIEN FAITE) … une déclaration d’amour (A M’AIME MAIS J’AI RIEN FAITE) … toute communication avec ses parents (J’AI RIEN FAITE PIS JE VEUX RIEN FAIRE, LÂCHE-MOÉ).

 

Une des caractéristiques principales de Karl, c’est son manque d’initiative. Il chiale, il est malheureux. Mais Y’A RIEN FAITE, y fait rien pis des fois, si l’adolescence se prolonge dans son âge adulte, il fera rien. (Des exemples nombreux appuient ma thèse.)

 

De retour en 2016, cette année jalonnée de nouvelles troubles et de constats angoissants : la consternation est au premier plan de toute.

QUOI ? Sklavounos accusé de viol ? Un gala Juste pour rire avec pour thème … L’humour au féminin ? Trump ? Les déclarations sur les patates en poudre de Gaétan Barrette ? QUOI ? Les cougars sont exterminés ? Le ku klux klan est de retour ? Y’a pas assez de diversité à la télévision québécoise ? L’homéopathie c’est une insulte à notre intelligence ? Philippe Couillard a sauvé le Québec ?

 

(Bruit de flammes dans une poubelle. C’est pas moi, c’est Karl.)

 

 

Outrés en permanence d’être nous pouvons être tentés, dirait Yoda.

 

Les réseaux sociaux sont un terrain de jeu parfait pour nos Karl intérieurs.

On est happés par le ping pong des bad news, on se les repitche entre nous … on s’outre mutuellement les uns les autres.

Certains tentent de s’outrer avec pertinence en partageant des articles sur des sujets sérieux (Alep, mon dieu que c’est troublant).

Certains s’outrent en utilisant des capslock et en écrivant des insultes obscènes pleines de fautes d’orthographe à une vedette dans les forums de discussion. Chacun son combat. (Soupirs et facepalm.)

 

Peu importe notre degré d’éducation, nos allégeances politiques, la couleur de notre peau et notre sexe, on a été choqués. Si c’est pas le cas … peut-être qu’on passe beaucoup de temps à fabriquer des cupcakes au déni.

 

On s’entend : on a raison d’être outrés-choqués-consternés.

 

Je souhaiterais l’arrivée d’un nouveau personnage dans l’équation : ne l’appelons pas ‘l’adulte responsable’, il fait déjà chier pis y’a encore RIEN FAITE.

 

Tiens, moi, je la baptise Claudette, la gardienne du gros bon sens.

 

Face à une nouvelle poche … à un dégoût, une colère ou un débordement … Claudette, la gardienne du gros bon sens, prend une grande respiration avant de participer à l’outrage généralisé.

Claudette ressent son Karl intérieur … mais là où Karl ne ferait que rajouter de l’huile sur le feu, Claudette prend sur elle. Elle se demande comment elle peut participer à la solution et non juste propager l’onde du problème.

 

Tiens, mon Karl vient de me signaler qu’il a un début de kick sur Claudette. Poèmes douteux et feux de poubelle à prévoir.

 

Pour 2017, c’est ce que je nous souhaite. D’embrasser notre Karl et notre Claudette. De nous intéresser, oui au problème sans faire l’autruche … mais surtout … de se demander comment on peut faire partie de la solution.

 

Parce qu’être outrés peut nous diviser. Mais cela peut également nous souder.

 

Bon 2017, mes amis.

Tout va être correct. On va figurer de quoi.

 


veronique_pascalÀ propos de l’auteure:
Véronique vient de Longueuil et possède 2 chats obèses, comme 99% des femmes entamant la trentaine et n’ayant pas d’enfants. Véronique s’appelle Véronique et trouve que beaucoup de filles s’appellent Véronique, mais elle n’a pas trouvé de nom d’artiste satisfaisant encore (sauf Abeille et c’était pris). Alors elle prend vos suggestions.

 

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