Presque quotidiennement, ma réalité est celle du clown caché.

Celui qui se costume pour absolument rien.

Celui qui ne confronte pas le public, entre autres parce qu’il n’en a pas ou qu’il ne ressent pas le besoin d’en trouver un (pour le moment), mais aussi celui qui doit tout de même ouvrir son cahier dans le but d’écrire des blagues ou concepts de toutes sortes, idéalement drôles, généralement divertissants.

 

Par contre, certains matins, celui-ci s’assoie au bureau devant cette sérigraphie de Charlie Chaplin lui rappelant que son cirque a bien évolué depuis et rien de joyeux ne germe en lui.

C’est comme si son costume aux couleurs j’ai-trébuché-sur-la-palette-d’un-ami-peintre tombait finalement pour laisser couler un maquillage, autrefois permanent, noircissant ainsi ses feuilles de vives teintes obscures.

 

Même si cette marée d’idées noires a sans doute contribué à forger sa carapace nouvellement fragile, elle exerce sur cette dernière une pression dérangeante.

Une simple pression modérée, mais aussi dangereuse que le pouce courtaud du père indigne et maladroit sur la fontanelle de l’enfant non désiré, fin prêt à la percer.

C’est inhumain, je te l’accorde, mais le cirque en est souvent ainsi…

 

De ta vue, les météorologues n’annoncent que des systèmes dépressionnaires et les compliments des proches laissent pressentir un « mais ».

Le choix d’être seul aujourd’hui est simplement dans le but que personne ne te voie pleurer, alors que ce qui te ferait le plus de bien est la chaleur réconfortante d’un autre corps sur lequel tu te blottirais.

Par-dessus tout, ton téléphone intelligent t’empêche de liker les acrobaties des gens, même de ceux que tu aimes.

Bref, le clown est triste et non médicamenté.

 

Enfin, parfois, en découle ce genre de texte plus littéraire où le rire laisse place aux déceptions du passé, souvent féminines, mais pourtant si loin :

 

Tu m’déçois.

Toi qui oublies toutes ces choses dites que j’redoute,
Avec qui, malgré le temps, ma mémoire s’enlace,
Tu m’déçois.
Ton chemin s’effrite et sépare nos routes,
Même pas le cran d’me décevoir en face,
Tu m’déçois.

L’absence d’une dernière baise où mon membre qui s’enfonce
Provoque l’oubli éphémère de nos corps rivetés,
Tu m’déçois.
Ce vide créé par l’aliénation mutuelle à laquelle tu renonces,
Pour quelque chose d’encore plus vrai, d’encore plus faux,
Tu m’déçois.
Ma perte encourue dans l’ombre créée par ta lumière,
Dans ce bien-être angoissant qu’il me plaît d’appeler hier,
Tu m’déçois.
Amour qui saigne, plus dommageable qu’une plaie infecte
Pour celle qui pique, gratte, daigne derrière une affection à sec.
Encore une fois, tu m’déçois.

La fois où j’ai ressenti ton « j’t’aime bien »,
Mais que 2 pas plus loin, t’as lâché ma main,
Tu m’déçois.
Ladite porte fermée à l’arrivage des nombreux inconnus,
Moi, désireux, dans tout ça je t’ai cru,
J’me déçois.

Enfin, j’me déçois, tu m’déçois.
Elles me décevront encore bien plus,
Mais que serait la vie sans vécu, sans bramer?
Malgré tout, j’suis déçu… de t’avoir aimé.

 

Une version déçue de maf

 


marc-antoine-fortierÀ propos de l’auteur:
Marc-Antoine, surnommé « maf », est né à Québec par un beau 16 mars de 1986, le seul de cette année d’ailleurs. Classe moyenne, physique moyen, performances sportives moyennes, résultats académiques moyens, décidément, il doit vraiment être dû pour faire quelque chose d’excellent… À défaut de vivre un deuil quant à la possibilité de fonder une belle petite famille pour ses 30 ans, il croit encore à certaines valeurs telles que : la générosité, l’intégrité, le respect et 1000 $.  – Twitter et Instagram : @m_a_fortier

Crédit photo : Myriam Frenette Photographe

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