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J’ai une nièce qui, comme bien des enfants, est un peu difficile côté bouffe; elle a de la misère à manger des choses qui ne la font pas tripper.

 

En tant que non-mère, c’est-à-dire quelqu’un avec beaucoup de temps libre, j’essaie de raisonner avec elle.

Je lui explique que c’est normal de ne pas aimer certains aliments, mais qu’on peut manger même les choses que l’on n’aime pas.

Ça ne rend pas malade, ça nourrit, ça fait plaisir à la personne qui a cuisiné et ça dure généralement 15 minutes.

 

C’est principalement ceci que j’essaie de lui transmettre : c’est correct de ne pas tripper pendant 15 minutes de sa vie, surtout pour démontrer de la considération à quelqu’un d’autre.

 

Notre génération, pourtant, semble avoir une peur bleue d’être inconfortable.

On se fait dire quelque chose de blessant et on préfère l’avaler et le laisser pourrir à l’intérieur plutôt que de dire quelque chose et de créer un malaise.

Mais pourquoi c’est si terrible, un malaise? Ou plutôt, pourquoi est-ce la pire chose possible?

 

Nos parents avaient l’amour libre, nous, on a le ghosting.

On est une génération de gens qui préfèrent, de loin, cesser du jour au lendemain de donner des nouvelles à quelqu’un qu’ils fréquentent, quelqu’un qui, si brièvement soit-il, a existé dans leur vie, dans leur intimité, que de s’asseoir 15 minutes avec eux et dire “Ça ne fonctionne pas pour moi. Je ne ressens pas de chimie/je ne suis pas prêt à m’engager/j’ai rencontré quelqu’un d’autre/je veux me concentrer sur mon feed instagram. Je suis désolé de te dire ça, je m’excuse de te faire de la peine.”

 

Je pense qu’une partie du problème vient du concept général qu’on devrait toujours aller bien: toujours être heureux, toujours être de bonne humeur, toujours être easy-going.

Nommer quelque chose d’inconfortable, c’est aussi admettre “Je ne suis pas parfait; tu n’es pas parfait, tout n’est pas parfait”.

 

Mais voilà : c’est tout à fait correct de ne pas être parfait. La Terre ne va pas s’arrêter de tourner parce qu’on le reconnaît.

 

Et puis, accepter de prendre un moment sur cette Terre qui tourne pour s’asseoir avec quelqu’un dans l’inconfort, c’est aussi dire : “Tu as de la valeur. Ton droit au respect et à la considération est plus important que mon besoin d’être confortable.”

C’est un beau geste plein de délicatesse. Dans un monde imparfait, ça fait du bien, la délicatesse.

 

(Faque finis ton curry.)

 


gabriela_arsenaultÀ propos de l’auteure:
Gabriela Arsenault est une cycliste polie, donc protégée par le World Wildlife Fund. Elle se fait croire qu’elle parle 6 langues, mais en fait elle en parle 3 et en baragouine 3 autres. Facilement séduite par les gens qui dansent bien, elle est aussi facilement turn off par les gens qui disent ne pas aimer quelque chose sans y avoir goûté. Come on!

 

Photo : Kato

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