kuyk3

Seigneur que les nouvelles sont sombres ces derniers jours.

Évidemment, c’est rare que les nouvelles parlent de choses si joyeuses : «Aujourd’hui, au TVA 18h, personne n’est mort à Trois-Pistoles. C’était même une journée plutôt ordinaire. Aussi, trafic à Montréal : ça s’est bien passé et les gens se sont rendus rapidement au travail dans la bonne humeur.»
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Je comprends ça. Les nouvelles c’est toujours : corruption, meurtre, scandale, la météo, vol, ce qui s’est passé à La Voix, meurtre.
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Mais quand on parle d’agressions sexuelles, il y a de quoi qui vient plus me chercher.
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Il y a de quoi de plus humain, une souffrance que je ne peux pas réellement imaginer. Parce que j’ai la chance d’être un gars, ce qui fait que statistiquement, j’ai moins de chances de vivre des comportements sexuels inappropriés, de harcèlement sexuel, d’agressions. Que je n’ai pas besoin de marcher dans la rue les clés entre mes doigts en faisant semblant de parler au téléphone.

 

Mais la raison pour laquelle les événements des derniers jours viennent tellement me chercher, c’est que j’ai une vilaine habitude : je passe mon temps à lire les commentaires sur Facebook.

Je sais pas pourquoi je fais ça.

Avant, je commentais en croyant naïvement que je pourrais éduquer des gens qui disent des sottises.

 

J’ai depuis compris que c’est aussi vain que si j’essayais d’éduquer mes courgettes au consentement sexuel. Ce sont des courgettes, elles n’ont pas la capacité de comprendre.

 

Mais cette fois, c’est trop on dirait.

Des dizaines de cas d’agressions sexuelles, et les gens dans les commentaires ne font que se battre pour nier l’évidence.

 

Des centaines d’idiots qui nient l’existence de la culture du viol en y participant joyeusement.

 

Bref, j’ai essayé d’éviter de leur répondre directement sous les commentaires Facebook du journal, parce que c’est un endroit où il n’arrive jamais rien de bon.

Mais j’ai l’impression que ce blog regroupe une communauté de gens capables d’écrire leur nom sans se tromper, alors je vais vous répondre à vous, si vous êtes d’accord.

 

Il y a ce commentaire qui revient toujours :

Pourquoi elle est allée prendre un verre avec si elle voulait pas coucher avec?

Parce qu’on peut prendre des verres avec des gens sans vouloir se faire sodomiser (je ne le dis pas pour le côté choc; c’est ce qui se serait passé).

Ça t’est tu déjà arrivé, Gilles (nom fictif mais pas tant que ça), de te faire inviter par un de tes collègues de la shop à aller prendre une bière chez eux après la job, écouter la game peut-être. S’il t’avait couché sur la table et qu’il t’avait pris de force, te serais-tu dit, «Ouin, mais je suis allé prendre un verre chez eux, c’est de ma faute. Maudite agace Gilles.»

Non, tu te serais sûrement pas dit ça.

 

Pourquoi elle est retournée le voir une deuxième fois si elle s’était fait agresser?

Évidemment, je ne peux pas parler pour la victime. Je ne sais pas ce qu’elle se disait.

Mais de ce que j’en comprends, gens qui commentez ce genre d’inepties, vous faites partie du problème. Parce qu’à force de nier les viols, de toujours mettre la faute sur les victimes et de leur dire que dans le fond leurs agresseurs leur voulaient sûrement pas de mal, ben des fois les victimes elles se font à croire elles-mêmes qu’elles n’ont pas été victimes de viol.

Alors elles retournent voir l’agresseur en se disant «je vais lui dire que j’ai pas aimé ça, sûrement qu’il m’agressera pas, c’était peut-être dans ma tête et peut-être pas un viol après tout», et l’horreur se répète, parce qu’on passe notre temps à dire aux victimes qu’elles sont plutôt des coupables.

 

Voyons, pourquoi tout le monde la croit sans attendre les preuves?

J’ai envie de poser la question inverse. Pourquoi est-ce que les crimes de nature sexuelle sont les seuls qu’on remet constamment en doute?

Si Gerry Sklavounos s’était fait accuser de collusion avec des entrepreneurs en construction, personne ne douterait. Personne ne dirait «attendons d’avoir les deux côtés de la médaille, peut-être qu’il voulait juste coucher avec l’entrepreneur en construction.»

 

Évidemment, je ne dis pas qu’on ne devrait pas respecter la présomption d’innocence. Il est innocent jusqu’à preuve du contraire, bien sûr. Mais quand, à la suite d’une dénonciation, les témoignages de gens dans l’entourage du présumé coupable se mettent à pleuvoir pour dire qu’il avait un comportement inacceptable, le minimum de décence serait de ne pas faire le procès de la victime en premier.

 

Tu vois ben que c’est rien qu’une petite menteuse. Pourquoi elle l’a pas dénoncé avant?

Pourquoi, hein?

PEUT-ÊTRE À CAUSE DE TOI, MADAME.

 

Oh oui, les nouvelles sont sombres ces temps-ci. Mais peut-être que l’horreur de tout ça nous poussera enfin à avoir ces discussions qu’on aurait dû avoir il y a de cela trop longtemps.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

Photo: cmureadme

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