poke

Oui, je vais faire un texte qui parle de jeux vidéos. Je sais, mesdames, j’entends déjà vos libidos s’assécher comme le désert du Sahara.

Et vous, messieurs qui aimez les sports et qui trouvez donc ça loser les ”Nintendo”, je vous vois déjà fermer cette page à toute vitesse comme si vous étiez tombés accidentellement sur de la porno gaie et que votre mère venait de rentrer dans la pièce avec un air confus.

 

Mais ça ne me dérange pas.

Parce que les jeux vidéos m’ont donné un sacré coup de main.

Je ne veux pas dire qu’ils m’ont sauvé la vie, parce que ce n’est pas vrai (et aussi parce que c’est un peu un cliché, dit le gars qui fait des textes sur ses émotions sur un blog), mais je crois que je serais moins sain d’esprit (quoi que ça aussi c’est débattable).

 

J’ai toujours aimé les jeux vidéos. Parmi mes premiers souvenirs confus, je me souviens d’avoir joué à Duck Hunt sur le NES récupéré d’un cousin.

Je parlais plus ou moins, mais je tuais des canards (et j’essayais de tuer le fucking chien narquois).

 

Je me souviens aussi de m’être réveillé de ma sieste pour découvrir mon SNES offert par mes parents. Il allait devenir mon meilleur ami pour les années qui suivraient.

 

J’aimais l’évasion que m’offraient les jeux vidéos.

J’avais une imagination débordante, et les jeux m’offraient une fenêtre vers des mondes fantastiques, où les tortues volaient, où on courait dans les nuages et où les filles s’intéressaient à moi.

De la fantaisie.

 

Mais si je suis autant reconnaissant à ces amas de code et de pixels, c’est que les jeux ont été ma porte de sortie quand le monde était trop dur à supporter.

 

J’ai eu une enfance particulière. Pas nécessairement malheureuse, j’ai de bons souvenirs. Mais particulière, et parfois difficile.

 

Mes parents ne s’aimaient pas beaucoup. En fait, permettez-moi de corriger cet euphémisme. Ils se détestaient.

 

Mais ils faisaient aussi de bons salaires. Alors, pour tenter de raccommoder les choses, on passait BEAUCOUP de temps au restaurant.

Ça donnait l’impression qu’on passait des moments de qualité ensemble alors que rien n’était plus faux. Et le fait d’être entourés d’étrangers, ça nous fait oublier qu’on n’a rien à se dire. On juge l’accoutrement du voisin et c’est aussi bien qu’une conversation.

 

Mais c’était froid. Alors j’emmenais mon Game Boy, et je jouais à Pokémon.

Si l’ambiance pouvait être glaciale autour de la table, je n’avais qu’à ouvrir ma petite machine, et je retrouvais mon équipe de petits amis virtuels toujours contents de me voir, et on partait dans un monde merveilleux où un enfant pouvait renverser le crime organisé à lui seul et où tout allait toujours bien (sauf que Ash n’avait mystérieusement pas de père, et une mère très à l’aise avec l’idée que son fils parte de la maison à 11 ans).

 

Et finalement, ce qui devait arriver arriva. Mes parents se sont divorcés.

 

Le divorce en tant que tel, c’était bien. Ça ne prenait pas un fin psychologue pour voir que c’était le couple le moins bien assorti depuis Éric Duhaime et Bernard Drainville.

 

C’était les deux semaines avant, où mes parents passaient leurs journées à s’envoyer promener dans le salon et à pleurer, en succession.

Pour l’enfant que j’étais, ça, c’était insupportable.

Tu veux consoler tes parents, mais tu as peur de te retrouver pris dans une autre de leurs explosions.

 

Alors je me suis réfugié dans mon sous-sol. Avec mon N64 et le ninja Goemon qui affrontait des hordes de… choses? (Les graphismes au 64 étaient pas ben beaux.)

Ça, au moins, c’était une guerre que je pouvais gagner.

 

Ça permettait d’étouffer un peu les cris et les larmes. Ça me donnait la chance de vivre quelques triomphes malgré tout.

 

Je ne dis pas que la fuite doit être la solution à toute chose. Un moment donné, il faut vivre la vraie vie et faire face à ses défis.

 

Mais, quand j’en avais besoin, ces jeux tout simples m’ont permis de me réfugier, le temps que l’orage passe, dans un monde un peu plus ensoleillé.

 

Ce qui est ironique, compte tenu de la rareté des fois où je vais dehors.

 


Pier_Luc95

À propos de l’auteur :
Pier-Luc n’a pas l’air de ce qu’il est vraiment. Il donne l’impression d’un gars jovial et calme. Il est toujours en criss et crissement angoissé. Les gens pensent qu’il est un garçon poli, aussi. Dans ses temps libres, il s’intéresse à la politique, à la lutte professionnelle et à Pokémon. Faut pas chercher à comprendre.

 

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